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© Khaula Jamil pour Action contre la Faim

Une alimentation durable pour lutter contre la faim dans le monde

La faim sévit toujours dans le monde. Selon le rapport mondial 2026 sur l’insécurité alimentaire publié par l’agence des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture FAO, jusqu’à 645 millions de personnes dans le monde souffrent de la faim.

En 2025, les conflits ont été la principale cause de la faim pour 140 millions de
personnes réparties dans 20 pays1. La plupart de ces pays sont en conflit ou souffrent encore des conséquences d’un conflit passé. La crise climatique et la crise sanitaire du Covid-19 ont également accentué la précarité de populations déjà vulnérables menaçant ainsi leur sécurité alimentaire. A travers le monde, des milliers de personnes ont perdu leur source de revenu et rencontrent des difficultés pour se nourrir. Ce constat est autant valable dans les pays du Nord que dans les pays du Sud.

Face à cette situation, l’alimentation durable est l’une des solutions pour garantir une sécurité alimentaire et nutritionnelle au plus grand nombre.

Qu’est-ce que l’alimentation durable ? Comment lutter contre la crise climatique et rendre notre système alimentaire durable ? Nous vous expliquons tout dans cet article.

Définition de l’alimentation durable 

Qu’est-ce qu’une alimentation saine, durable et responsable ?

Selon l’Agence de la Transition Ecologique (ADEME), l’alimentation durable, est
l’ensemble des pratiques alimentaires qui visent à nourrir les êtres humains en qualité et en
quantité suffisante sur le long terme. C’est une alimentation qui respecte l’environnement
tout en étant accessible financièrement aux consommateurs et rémunératrice pour les
producteurs.

Quel est le lien entre développement durable et alimentation ?

Selon la FAO, les régimes alimentaires conformes à l’alimentation durable ont « de faibles
conséquences sur l’environnement » et « contribuent à la sécurité alimentaire et nutritionnelle
ainsi qu’à une vie saine pour les générations actuelles et futures ». Les régimes alimentaires
durables contribuent à protéger et à respecter la biodiversité et les écosystèmes. En
privilégiant par exemple des cultures sans pesticides et engrais chimiques, ils favorisent la
biodiversité.

Qu’est-ce qu’un aliment durable ?

Un produit alimentaire durable signifie que le produit n’a pas contribué à la détérioration de
l’environnement en respectant des normes environnementales lors de sa conception jusqu’à
sa consommation finale.

Manger durable : quels enjeux sur la planète ? Quels sont les piliers de l’alimentation durable ?

Réduire les effets de la crise climatique

 
L’une des principales causes de la faim dans le monde est la crise climatique. Les catastrophes naturelles comme les cyclones, les inondations et les sécheresses se produisent plus régulièrement et plus longuement et font basculer des milliers de personnes dans une précarité économique et nutritionnelle. Ces phénomènes privent les populations de leurs terres, de leurs revenus, de leurs habitations. Le lien entre la crise climatique et les émissions de gaz à effet de serre, issus des activités humaines telles que la déforestation, l’agriculture industrielle, etc. est démontré par les chercheurs du GIEC.


Le dérèglement climatique et ses phénomènes diminuent les récoltes des paysans et
paysannes et pèsent comme une menace sur le fonctionnement des systèmes de production
agricoles. Il détruit les cultures, dégrade les sols et augmente le prix des denrées alimentaires. Certaines populations sont obligées de se déplacer pour survivre, 216 millions de personnes pourraient être contraintes de migrer en raison du changement climatique d’ici 2050 selon la Banque Mondiale.2

La consommation de viande

L’alimentation durable, en promouvant une réduction de la consommation de viande dans les pays riches, vise aussi à lutter contre la déforestation. L’alimentation utilisée pour nourrir le bétail européen dans les élevages industriels est souvent importée de pays qui déforestent massivement pour faire pousser du soja destiné aux animaux européens par exemple.

Les animaux génèrent aussi en quantité du méthane, un autre gaz à effet de serre. Le fait de diminuer notre consommation de viande surtout dans les pays industrialisés, peut donc baisser la pression sur le climat.

La production de viande implique aussi d’importantes émissions de gaz à effet de serre. Au 
niveau mondial, la production de viande est en forte évolution et dépasse déjà 364 millions
de tonnes3. A titre d’exemple, la production d’un seul kilogramme de bœuf génère 32,5 kg 
de CO2. Concrètement, l’élevage industriel pousse l’agriculture à émettre plus de gaz à effet
de serre, car les animaux doivent consommer beaucoup d’aliments très impactants pour le
climat. De plus, l’élevage se fait sur des terres agricoles qu’on pourrait utiliser pour plus de
production alimentaire. Une alimentation durable passe donc également par la réduction de
notre consommation de viande.

Toutefois, l’élevage joue un rôle essentiel dans de nombreuses régions touchées par 
l’insécurité alimentaire, notamment du Sud global, où il fournit des protéines, des micronutriments et des revenus indispensables. Une alimentation durable ne passe donc pas partout par les mêmes solutions : dans les pays du Nord, elle peut impliquer une réduction de la consommation de viande, tandis que dans les pays du Sud, l’enjeu est souvent d’améliorer l’accès à une alimentation diversifiée et nutritive.
Les habitudes alimentaires ont des impacts environnementaux non négligeables.

L’impact de l’agro-industrie 

Le système d’agriculture industrielle largement répandu dans les pays développés représente un autre mal pour la planète et a été mis en cause par le GIEC. Les experts avancent qu’il sera “impossible de maintenir les températures mondiales à des niveaux sûrs sans changer notre façon de gérer les terres et la manière de produire de la nourriture“.

Les monocultures, l’utilisation d’intrants chimiques comme les pesticides et engrais ont un impact sur le climat et la biodiversité.

En effet, l’industrie des engrais est liée à celle des énergies fossiles. Or, l’agrochimie utilise
de grandes quantités d’hydrogène dans les procédés de fabrication des engrais azotés.
Aujourd’hui, 95 % de l’hydrogène est encore produit à partir d’énergies fossiles,
principalement à partir de gaz mais aussi de charbon. Alors qu’il est impératif d’arrêter
l’exploitation des énergies fossiles pour lutter contre la crise climatique.

De même, l’utilisation d’engrais augmente le gaz à effet de serre, appauvrit et dégrade les
sols qui ne sont plus du tout productifs sur le long terme. L’utilisation immodérée d’engrais et
de pesticides conduisent à la pollution de l’environnement (air, nappes d’eau potable, cours
d’eau de manière générale etc.).

La grande distribution et l’agro-industrie sont moins soucieuses d’adopter des
démarches d’alimentation durable.

Réduire le gaspillage alimentaire

Un système alimentaire durable implique d’abord la maitrise de notre production agricole.
Chaque année dans le monde, 1.3 millions 4 de tonnes soit environ un tiers de la nourriture est perdue ou gaspillée le long de la chaîne alimentaire, depuis la production jusqu’à la consommation selon la FAO.

Dans les pays du sud, le gaspillage se fait au niveau de la production. C’est ce qu’on appelle
les pertes alimentaires. C’est le contraire au niveau des pays du nord, qui enregistrent plus de gaspillage au niveau de la consommation. La plus grande partie du gaspillage vient des ménages qui jettent 11%5 de la nourriture.

Selon la FAO, “une réduction du gaspillage alimentaire à l’échelle mondiale, régionale et
nationale aurait un effet positif substantiel sur les ressources naturelles et sociétales. La
réduction des pertes alimentaires évite la pression sur les ressources naturelles.” Si on peut
réduire le gaspillage alimentaire de moitié, il sera plus facile de nourrir la population humaine de façon durable.

La lutte contre le gaspillage alimentaire est un élément majeur de l’alimentation
durable.

Comment adopter une alimentation durable ? Quelles sont les solutions pour une alimentation durable ?

Pour rendre l’alimentation durable accessible, il faut privilégier une agriculture durable qui
favorise les écosystèmes et une gestion durable de la terre et des ressources naturelles.
Contrairement à l’agriculture industrielle actuellement dominante, l’agriculture durable
garantit une production sans engrais chimiques ni pesticides. La production et l’utilisation
abusive d’engrais et de pesticides polluent l’environnement. La production passe par un
processus industriel lourd, entraînant de nombreux dommages environnementaux.

Produisons et consommons durable

Une alimentation durable implique également que le consommateur priorise les produits
locaux et de saison qui proviennent d’un système de production responsable comme
l’agriculture biologique ou l’agroécologie. L’alimentation de proximité exige moins de
dépense d’énergie (transport, conservation…) qu’une autre venant de loin, notamment pour
minimiser l’empreinte carbone liée à la production et au transport des aliments.
L’alimentation durable passe donc de préférence par des circuits courts.

L’agroécologie, une alternative à l’agriculture industrielle


L’agroécologie paysanne concerne des pratiques agricoles qui respectent les saisons et les territoires, permettent de cultiver sans produits phytosanitaires, en travaillant avec les processus naturels et en tirant bénéfice des interactions entre les plantes, les animaux et les sols.

Elle s’appuie sur de nombreuses techniques respectueuses de l’environnement comme l’utilisation du compost ou la recherche de complémentarité entre les espèces. De plus, l’agroécologie va chercher à intégrer d’autres paramètres de gestion écologique comme une utilisation modérée de l’eau, l’économie d’espace cultivés, le reboisement ou la lutte contre l’érosion. Ce mode de production rend les sols durablement productifs, s’inscrivant ainsi dans un cercle vertueux. L’agroécologie est ainsi une science des écosystèmes, qui met particulièrement en valeur les connaissances du terrain, les savoirs paysans.

C’est aussi un mouvement social, qui remet les paysans, les citoyens au cœur des systèmes
alimentaires : pour qu’ils soient maîtres de décider ce qu’ils cultivent et ce qu’ils
consomment ! C’est à dire que l’agroécologie ne se limite pas à la mise en place de pratiques
agricoles, c’est un modèle social qui cherche à apporter plus de justice dans les systèmes
alimentaires, par exemple en rééquilibrant les relations commerciales entre producteurs,
distributeurs et consommateurs, pour apporter une rémunération juste aux paysans et
paysannes.

L’agroécologie n’emploie pas les techniques de l’agriculture conventionnelle. Elle respecte
les humains et l’environnement.

Également, l’agroforesterie est une alternative pour le reboisement. L’agroforesterie est une méthode de gestion des terres dans laquelle des arbres ou des arbustes sont cultivés aux alentours ou au milieu des cultures et pâturages. L’agroforesterie peut grandement contribuer à l’atténuation  de la crise climatique parce que les arbres permettent de capturer du carbone, et permettent de s’adapter aux effets de la crise climatique. Les arbres plantés dans les champs protègent les cultures contre le vent excessif, le grand froid, la sécheresse, les inondations et les tempêtes.

Les projets d’agriculture durable dans nos pays 
d’intervention

Dans nos pays d’intervention, nous mettons en place des programmes pour améliorer la résilience des populations et adapter les pratiques agricoles aux changements climatiques ou encore pour lutter contre la désertification.

Nous sensibilisons sur les bonnes pratiques agroécologiques et nous luttons contre les facteurs qui entrainent la faim dans le monde.

Au Cameroun, les champs-écoles pour renforcer une alimentation durable 

Au Cameroun, Action contre la Faim met en place des champs-écoles paysans 
maraîchers, où les agriculteurs apprennent collectivement des techniques agricoles adaptées à leur environnement. Ces espaces permettent de tester des pratiques durables, d’améliorer les rendements et de diversifier les cultures, tout en favorisant le partage de connaissances entre producteurs.

En renforçant les compétences locales et en valorisant les savoirs paysans, ces initiatives permettent aux familles d’accéder à une alimentation plus variée et plus nutritive. Elles contribuent également à renforcer l’autonomie des communautés et leur capacité à faire face aux aléas climatiques.

Au Bangladesh, adapter les systèmes alimentaires face aux dérèglements climatiques

Au Bangladesh, les effets du changement climatique (inondations, salinisation des sols et 
événements climatiques extrêmes) perturbent fortement la production alimentaire. Ces
phénomènes affectent directement la disponibilité des aliments et les moyens de
subsistance des populations rurales.

Pour y répondre, Action contre la Faim développe des solutions adaptées, comme la 
diversification des cultures et la promotion de pratiques agricoles résilientes. Ces approches
permettent aux communautés de maintenir leur production, d’améliorer la qualité de leur
alimentation et de renforcer la durabilité de leurs systèmes alimentaires face aux chocs
climatiques.

En France, des initiatives solidaires pour une alimentation durable accessible

En France, Action contre la Faim agit également pour favoriser l’accès à une alimentation 
durable pour toutes et tous. À Marseille, l’association développe des initiatives locales
comme un marché solidaire proposant des produits bio à prix adaptés, tout en créant du lien
social dans les quartiers précaires. En Seine-Saint-Denis, le projet Vital’im permet aux
ménages vulnérables d’accéder à des produits de qualité grâce à un système de chèques
alimentaires durables.
Ces actions s’accompagnent d’ateliers et d’accompagnement pour encourager des pratiques
alimentaires plus saines et responsables.

À travers ces dispositifs, nous contribuons à lutter contre la précarité alimentaire tout 
en promouvant une alimentation durable, respectueuse de la santé, de l’environnement
et des producteurs et des consommateurs.


Sources :

1 WFP, Global Report on Food Crises 2025 
2 Groundswell Report, World Bank 
3 FAO, FAOSTAT Livestock Primary Production 2023 
4 FAO, Pertes et gaspillages de nourriture dans un contexte de systèmes alimentaires
durables
5 Les Echos , Gaspillage alimentaire : dans le monde, près de 20 % de la nourriture est
jetée à la poubelle