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IQ_Baran_MHCP © Pauline Perret pour Action contre la Faim

Témoignages

Irak

Action contre la Faim aide les victimes d’exactions avec un accompagnement psychologique

Baran est une femme yézidie de 55 ans qui vit dans la région du Sinjar en Irak. Elle et sa famille vivent de petit revenu que ses fils réussissent à obtenir en tant que travailleurs journaliers. La plupart du temps, il n’y a aucune chance de trouver un emploi pérenne dans la région.

En 2014, lorsque l’Etat islamique (EI) a attaqué le Sinjar – qui abrite un certain nombre de minorités irakiennes telles que des musulmans chiites, des Shabaks, des chrétiens et une importante communauté de Yézidis (un groupe indigène des régions kurdes) – Baran, comme des milliers d’autres personnes, n’a eu d’autre choix que de fuir son village.

Baran et ses enfants ont fui vers le mont Sinjar pour se protéger, mais son mari ne les a pas rejoints. Il ne pouvait pas envisager d’abandonner son village. Il a décidé de rester et de protéger leur maison. Quelques jours plus tard, Baran a entendu la nouvelle qu’elle redoutait. On lui a dit que tous les hommes qui étaient restés pour défendre le village avaient été enlevés. Les rumeurs se sont répandues que certains hommes avaient été tués, et que d’autres étaient encore en vie. À ce jour, Baran ne sait toujours pas ce qui est vraiment arrivé à son mari. Elle n’a jamais retrouvé son corps.

"Avant l’EI, la vie ici était simple"
IQ_Baran_MHCP
Baran
Sinjar, Irak

LE RETOUR IMPOSSIBLE

 

Baran et sa famille sont restés dans la montagne pendant huit jours. Les soldats de l’EI ont essayé de les convaincre de retourner au village, mais les combattants kurdes ont repoussé l’EI. Baran a pu reconnaître certains des assaillants.

« La plupart d’entre eux étaient nos voisins », explique Baran. « Nous les connaissions très bien, et maintenant ils étaient avec l’Etat islamique ».

Bientôt, Baran et ses enfants se sont retrouvés à court de nourriture et d’eau, mais heureusement, un berger leur a gentiment donné de quoi manger. Pour avoir de l’eau potable, Baran filtrait l’eau à travers son foulard violet, traditionnellement porté par les femmes Yézidies sur la tête.

La famille a finalement trouvé un refuge au Kurdistan. Près de 50 000 Yézidis sont restés déplacés sur le mont Sinjar pendant toute la durée du conflit – certains y sont toujours à ce jour. La famille de Baran s’est installée dans un camp pour personnes ayant fui leur foyer, où elle est restée pendant plus de cinq ans. L’année dernière, ils ont enfin pu revenir dans leur village, mais leur vie n’est pas redevenue ce qu’elle était auparavant.

« Avant l’EI, la vie ici était simple », explique Baran. « Nous n’avions pas un bon revenu, mais nous étions à l’aise et psychologiquement, nous étions heureux. Maintenant, nous nous focalisons beaucoup sur les problèmes de notre vie. »

 

SURMONTER LES TRAUMATISMES

 

Après les attaques de l’EI, Baran a commencé à présenter des symptômes d’anxiété, de dépression et de traumatisme, ce qui a également eu un impact sur sa santé physique.

« Je pensais beaucoup à mon mari », explique Baran. « Je ne pouvais rien faire pour ma famille. Je sursautais à chaque fois que j’entendais un bruit ».

« Ma tension artérielle était si élevée que j’ai dû aller à l’hôpital pour me faire soigner », poursuit Baran. « J’avais même l’habitude de saigner du nez chaque fois que j’entendais parler de la mort de quelqu’un dans la communauté ».

Lorsque Baran a commencé à avoir du mal à dormir la nuit, elle a demandé l’aide d’un psychiatre.

IQ_Baran_MHCP_Baran's hands showing her tatoos, including a sun, which is a sacred element for Yezidis © Pauline Perret pour Action contre la Faim

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Pauline Perret

IQ_Baran2_MHCP © Pauline Perret pour Action contre la Faim

Irak

Pauline Perret

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Le traitement psychiatrique n’a pas aidé Baran. Elle ne pouvait pas se résoudre à parler de ce qu’elle avait vécu. Elle a été sélectionnée pour participer aux séances de consultation en groupe menées par Action contre la Faim. Ces séances sont conçues pour aider les participants à renforcer leur confiance, puis à rompre avec les comportements d’évitement, ce qui permet à des personnes comme Baran de parler plus facilement de leur passé. La famille et les voisins de Baran l’ont aidée à se sentir plus à l’aise lors des séances, et elle a finalement commencé à s’ouvrir. Depuis qu’elle participe aux séances de groupe, Baran constate une amélioration.

« Je me sens beaucoup plus à l’aise et détendue, et mon sommeil s’est beaucoup amélioré », déclare Baran.

"Le groupe a changé ma façon de penser. J'ai compris que rien ne redeviendrait comme avant, et qu'il fallait donc faire face à la situation"
IQ_Baran_MHCP
Baran
Sinjar, Irak

Depuis 2014, Action contre la Faim a apporté son soutien à des dizaines de milliers de personnes en Irak dont la vie a été bouleversée par l’EI. Beaucoup ont connu des niveaux élevés d’anxiété et de peur. L’aide en matière de santé mentale, comme celle dont a bénéficié Baran est précieuse pour beaucoup.

Aujourd’hui, Baran est capable de gérer sa vie au quotidien et ses tâches habituelles. Elle est moins effrayée lorsqu’elle entend des bruits et sa tension artérielle est revenue à la normale. Parfois, Baran a encore peur, mais elle connaît maintenant des mécanismes et des outils pour calmer ses nerfs. Elle essaie de s’occuper pour se distraire ou de parler avec les membres de sa famille, ce qu’elle ne pouvait pas faire avant. Baran pratique également les exercices de respiration qu’elle a appris lors des sessions de groupe, qu’elle trouve très apaisants.

 

GARDER LES ESPOIRS POUR L’AVENIR

 

Baran a bon espoir que la vie s’améliore pour elle et sa famille. « Un jour, nous vivrons paisiblement et tout ira bien », dit-elle.

Baran se sent toujours anxieuse quant à leurs conditions de vie dans le village Elle aimerait avoir un revenu stable pour pouvoir subvenir aux besoins de ses enfants, et qu’ils jouissent de droits fondamentaux tels que l’accès aux services de santé.

Baran se souvient de la métaphore de l’arbre, un sujet souvent abordé lors des séances. Elle explique que l’arbre frappé par une tempête peut donner l’impression qu’il est sur le point de mourir parce qu’il est cassé. Pourtant, tant que l’arbre a ses racines et qu’on en prend soin, il peut faire pousser de nouvelles branches et grandir.

« Cette métaphore exprime l’idée que lorsque nous perdons quelqu’un ou quelque chose, nous ne devons pas baisser les bras« , dit Baran. « L’arbre représente nos vies. La vie doit continuer, et nous devons continuer à prendre soin de nous pour continuer à avancer ».


Le témoignage recueilli par Pauline Perret, Experte du développement des capacités en Santé mentale et pratiques de soins (SMPS)

Action contre la Faim, en partenariat avec le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), a fourni un soutien psychosocial et en matière de santé mentale à 100 personnes impactées par le conflit à Sinjar entre 2014 et 2015.

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