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Quand les inégalités de genre nourrissent la faim : le rôle clé de la justice économique
Le nombre de femmes souffrant d’insécurité alimentaire modérée ou grave est supérieur de 64 millions à celui des hommes. Cette réalité révèle une mécanique structurelle : les inégalités de genre renforcent la faim, et la faim aggrave les inégalités de genre. À Action contre la Faim, nous savons que lutter contre la faim implique de s’attaquer aux systèmes économiques, sociaux et politiques.
Table-ronde du 19 marsGenre et nutrition : un lien prouvé, un enjeu systémique
Les inégalités de genre constituent à la fois une cause et une conséquence de la sous‑nutrition. Plusieurs facteurs de risque sont aujourd’hui bien établis : la surcharge de travail des femmes, la mauvaise santé maternelle et le manque d’accès à un planning familial adéquat, l’accès limité à l’éducation pour les jeunes filles et les femmes, les grossesses précoces et les accouchements prématurés, le faible pouvoir de décision des femmes au sein des ménages, le statut social de la femme et les normes sociales.
Leur moindre accès aux ressources, aux revenus, à l’éducation, à la santé, à la mobilité ou à la prise de décision réduit fortement leur capacité à faire face à la sous‑nutrition.
Des choix politiques et économiques non neutres
Les inégalités vécues par les femmes ne sont pas le produit d’une fatalité culturelle : elles découlent de choix politiques et institutionnels. Les systèmes construits dans des environnements dominés par des structures patriarcales invisibilisent les besoins spécifiques nutritionnels des femmes et renforcent les facteurs de prévalence de la malnutrition liés aux inégalités de genre.
L’injustice économique : un moteur majeur de l’insécurité alimentaire
Un accès inégal aux ressources et aux opportunités
Les femmes subissent une série d’inégalités économiques systémiques dans les pays dans lesquels nous travaillons et en France.
- accès limité à l’éducation et taux d’alphabétisation plus faible ;
- écart salarial tout au long de la vie ;
- surreprésentation dans l’emploi précaire et informel ;
- entraves à l’accès à la terre, au crédit, à l’entrepreneuriat et aux services financiers ;
- faible représentation dans les instances décisionnelles économiques.
Les normes de genre façonnent les rôles économiques en concentrant l’accès aux ressources et aux services financiers entre les mains des hommes, tandis que les femmes se voient reléguées aux sphères domestiques et aux responsabilités de soins, souvent non rémunérées.
La surcharge de travail qui pèse sur les femmes et qui résulte notamment de l’absence de reconnaissance du travail domestique non-rémunéré limite davantage l’autonomisation économique des femmes et amplifie les risques de sous-nutrition. Cela réduit considérablement leur temps libre, y compris le temps nécessaire pour s’engager dans des activités économiques.
De plus, les femmes sont trop souvent cantonnées à travailler dans des secteurs informels. Mal protégées et peu représentées, elles sont particulièrement exposées aux violences économiques : confiscation des revenus, dépendance forcée, absence de droits sociaux. Les femmes sont ainsi piégées dans un cycle où la précarité nourrit les violences, et les violences entretiennent la précarité.
Les violences économiques contribuent au continuum de violence, qui lie et renforce les différentes formes de violences, et créent un environnement où se cumulent inégalités, discriminations et violences envers les femmes.
Femmes et agriculture : un potentiel immense… encore bloqué
Les chaînes de valeurs agricoles constituent également une source majeure d’inégalités. Les femmes représentent près de 40% de la main d’œuvre agricole, mais ne reçoivent qu’une part limitée des revenus de cette production, en raison de multiples facteurs : faible éducation financière, accès inégal au crédit, salaires plus faibles.
L’exclusion des femmes de la propriété́ foncière est un phénomène mondial. En Afrique, la part de biens fonciers appartenant à des femmes varie entre 5 et 30 % alors même que les femmes constituent 80% de la main d’œuvre agricole.
Pourtant, selon une étude de la FAO (2023), assurer l’égalité dans les systèmes agroalimentaires pourrait générer 1 000 milliards de dollars et réduire de 45 millions le nombre de personnes en insécurité alimentaire.
Focus projet : RESILAC, un modèle d’autonomisation économique inclusive
Le projet RESILAC est un programme régional mené au Tchad, Cameroun et Nigéria pour renforcer la résilience économique et sociale des populations du bassin du lac Tchad. Cofinancé par l’Union européenne et l’AFD, il est mis en œuvre par Action contre la Faim, CARE et Groupe URD, avec des partenaires locaux.
Le projet soutient la relance économique, l’emploi et le développement de systèmes de production variés. Les analyses de genre montrent que les femmes ont un accès très limité aux ressources économiques. Pour y répondre, RESILAC encourage leur autonomisation financière via des Activités Génératrices de Revenu et les Associations Villageoises d’Épargne et de Crédit (AVEC), qui facilitent l’épargne et l’accès au crédit.
Enfin, le projet forme les municipalités à la budgétisation sensible au genre, afin que les politiques locales contribuent réellement à l’égalité entre les femmes et les hommes.
Conclusion : l’égalité de genre, un levier indispensable pour mettre fin à la faim
Il est urgent de transformer les structures de pouvoir et les normes discriminatoires qui perpétuent la sous‑nutrition des femmes et des filles. Pour Action contre la Faim, lutter contre la faim exige de combattre les inégalités de genre et économiques, et d’intégrer systématiquement ces engagements dans toutes nos actions.
Sur le terrain, Action contre la Faim agit concrètement : fournit des services de santé sexuelle et reproductive, travaille à l’autonomisation économique des femmes à travers des formations et des transferts monétaires, ou encore renforce le pouvoir d’agir des communautés féminines au sein des instances de décision locales.
Aucune réponse durable à la faim n’est possible tant que la moitié de l’humanité reste privée de ses droits économiques fondamentaux.
Pour en savoir plus je découvre le rapport :
[1] ONU Femmes, Progrès vers la réalisation des objectifs de développement durable gros plan sur l’égalité de genre 2025
