À la une

Le combat d’une mère pour vacciner ses enfants
L’histoire d’Aisho
Aisho Abdi, 25 ans et mère de trois enfants, a toujours voulu que ses enfants soient en sécurité et en bonne santé. Consciente des dangers de la rougeole (« Jadeeco » en somali), elle savait qu’elle devait protéger ses enfants contre cette maladie.
Les maladies comme la rougeole sont particulièrement dangereuses dans les communautés où les taux de sous-nutrition sont élevés, car la sous-nutrition et la maladie vont de pair . Le système immunitaire des enfants souffrant de sous-nutrition étant affaibli, ils font face à des risques accrus lorsqu’ils sont malades. Avec la rougeole, par exemple, la sous-nutrition peut aggraver le manque de vitamines A, qui est l’un des principaux facteurs de la cécité due à la rougeole. Des maladies qui devraient être relativement simples à traiter peuvent ainsi très vite devenir dangereuses ou avoir un impact à vie sur les enfants souffrant de sous-nutrition.
La vaccination est l’une des meilleures mesures de protection pour les enfants souffrant de sous-nutrition, contribuant à prévenir les maladies récurrentes et à améliorer l’état nutritionnel. En Somalie, où l’IPC a estimé que 1,85 million d’enfants de moins de cinq ans souffriraient de sous-nutrition entre juillet 2025 et juin 2026, augmenter l’accès à des mesures préventives telles que la vaccination est essentiel pour protéger la santé des enfants.

Une femme reçoit des informations sur la vaccination dans une clinique d’Action contre la Faim en Somalie.
Aisho avait entendu parler des vaccins et connaissait leur importance, mais y accéder n’était pas chose facile. Comme de nombreuses autres personnes en Somalie, Aisho vivait loin des services de santé, la clinique la plus proche se trouvant à 74 km.
Mais Aisho n’a pas baissé les bras. Elle a réussi à faire vacciner deux de ses fils à Kismayo, et cela n’a pas été facile. Le voyage a été long, et les transports sont si chers que de nombreuses familles ne peuvent pas se les permettre.
Plusieurs années après, des inondations ont ravagé la région dans laquelle vivait Aisho. Elle et sa famille ont décidé de déménager à Kismayo pour des raisons de sécurité et pour accéder à de meilleures opportunités économiques. Mais pour Aisho, cela signifiait bien plus. À Kismayo, Aisho pouvait offrir à ses enfants un meilleur accès à l’éducation, à l’alimentation et, plus important encore, aux soins de santé.
« Ma priorité est de protéger mes enfants », souligne Aisho, tenant sa plus jeune fille, Hawa, dans ses bras au centre de santé de Kismayo. Hawa était là pour recevoir son vaccin contre la rougeole, une mesure de protection cruciale, étant donné que 98,3 % des cas de rougeole en Somalie touchent des individus non vaccinés.

Aisho sourit, soulagée, pendant que sa fille reçoit un vaccin contre la rougeole.
Le centre de santé est dirigé par Action contre la Faim à travers le projet Cross-Border Emergency Relief fondé par l’Ambassade de France en Somalie. Ce projet fournit des soins de santé maternelle et infantile, ainsi que de l’eau potable et des services d’assainissement, aux familles vulnérables.
Aisho a transformé sa détermination à préserver la santé et la sécurité de ses enfants en actions concrètes pour soutenir sa communauté au sens large. Elle est devenue bénévole pour Action contre la Faim, mettant en relation les parents de sa communauté avec des agents de santé. Parfois, elle amène elle-même les enfants à l’établissement de santé. Elle intervient lors de réunions communautaires pour partager son expérience avec d’autres parents et les encourager à faire vacciner leurs enfants. Les efforts d’Aisho ont inspiré de nombreuses personnes, et elle est devenue un véritable exemple à suivre dans son quartier.

Grâce aux bénévoles comme Aisho, de plus en plus de familles ont accès aux services d’Action contre la Faim.
Améliorer les taux de vaccination en Somalie
La Somalie affiche l’un des taux de couverture vaccinale les plus faibles au monde. Cela est dû à différents facteurs, dont l’accès limité aux soins de santé, les croyances culturelles et la désinformation sur les vaccins. Selon une étude récente, la couverture vaccinale de la Somalie n’atteint que 30 à 40 % pour six maladies infantiles majeures (la tuberculose, la diphtérie, la coqueluche, le tétanos, la polio et la rougeole).
L’un des principaux obstacles à l’augmentation des taux de vaccination et au traitement de la sous-nutrition en Somalie est l’accès limité aux soins de santé. Dans le district de Baidoa, par exemple, près de 40 % de la population ne dispose pas d’un accès fiable à un établissement de santé ou n’y a pas accès du tout, selon le Cluster mondial de coordination et de gestion des camps (CCCM).
Action contre la Faim est le deuxième plus grand partenaire du ministère de la Santé en Somalie, soutenant directement 112 unités de santé et 1 500 agents de santé, et œuvrant pour venir en aide aux quartiers les plus ruraux et fournir aux populations vulnérables les services dont elles ont besoin. Pour faire connaître la clinique et les services disponibles, les agents de santé communautaires font du porte-à-porte, à la recherche d’enfants non vaccinés. Ils se rendent principalement dans des zones vulnérables telles que les camps de réfugiés et les quartiers ruraux.
« Ils veillent constamment à ce qu’aucun enfant ne soit laissé pour compte », raconte Aisho.
Grâce au programme d’Action contre la Faim, davantage d’enfants de Kismayo sont désormais vaccinés. La disponibilité des vaccins, le dévouement des agents de santé et l’engagement de mères comme Aisho font une réelle différence. Petit à petit, ces personnes construisent un avenir meilleur pour leurs enfants et leur communauté.