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© Action contre la Faim

La crise alimentaire s’aggrave : la Somalie face au risque de famine

La dernière analyse du Cadre Intégré de Classification de la sécurité alimentaire (IPC), révèle une détérioration rapide des conditions d’insécurité alimentaire et nutritionnelles dans le pays, y compris un risque crédible de famine dans le district de Burhakaba, dans la région de Bay. Action contre la Faim témoigne d’une augmentation du nombre d’admission dans ses centres pour les enfants malnutris sévères.

Selon les projections IPC actualisées pour avril-juin 2026, environ 6 millions de personnes — soit près d’une personne sur trois parmi la population analysée — sont confrontées à une situation de crise alimentaire ou pire encore (phase IPC 3 ou supérieure). 

Près de 1,9 million de personnes se trouvent en situation d’urgence (phase 4 de l’IPC), près du double du chiffre du premier trimestre 2025. Le rapport prévoit également que 1,88 million d’enfants de moins de cinq ans souffriront de malnutrition aiguë en 2026, dont près de 493 000 enfants qui devraient souffrir de malnutrition aiguë sévère (MAS), la forme la plus mortelle de la faim.

Le rapport identifie la zone agropastorale de Bay comme la région où la détérioration de la sécurité alimentaire est la plus alarmante. Au sein de cette zone, le district de Burhakaba a atteint des niveaux extrêmement critiques de malnutrition aiguë (phase 5 de l’IPC), avec un taux de malnutrition aiguë globale (GAM) de 37,1 %. Un mauvaise saison des pluies Gu, la flambée des prix alimentaires et l’aide humanitaire limitée en matière de sécurité alimentaire pourraient aggraver la crise à un moment où au moins un enfant sur trois à Burhakaba devrait déjà souffrir de malnutrition aiguë.

Dans nos centres, jusqu’à 58% d’hausses d’admissions

Les chiffres d’Action contre la Faim confirment l’aggravation de la crise de malnutrition, avec une augmentation moyenne de 35 % des admissions pour malnutrition aiguë sévère (MAS) dans ses centres de stabilisation entre janvier-mars 2025 et janvier-mars 2026 (passant de 1 796 à 2 420 cas). Ces hausses ont été particulièrement marquées au centre de stabilisation de Bayhaw (desservant l’ensemble de la région de Bay), avec une augmentation de 54 %, et au centre de stabilisation de Wajid (desservant la région de Bakool), avec une augmentation de 58 % des admissions sur la même période.

« Ce à quoi nous assistons à Burhakaba et dans toute la région de Bay n’est pas un avertissement pour l’avenir — c’est une urgence actuelle », a déclaré Mohamed Abdi Haji, directeur pays d’Action contre la Faim en Somalie

« Un taux de malnutrition aiguë modérée (GAM) de 37 % signifie que dans certaines communautés, la malnutrition est la norme, et non l’exception. Nos équipes sont déjà sur le terrain ; nous soutenons actuellement cinq des six établissements de santé opérationnels du district de Burhakaba, et nous constatons de nos propres yeux les conséquences de cette crise dans nos centres de stabilisation, où les admissions des cas de malnutrition les plus graves ont bondi de plus de moitié dans certains endroits. » 

L’insécurité alimentaire en Somalie résulte d’une conjonction de facteurs : des pluies insuffisantes et tardives, la flambée des prix des denrées alimentaires exacerbée par le conflit au Moyen-Orient, les conflits internes et l’insécurité, ainsi que les déplacements de population. 

Partout dans le pays, la détérioration des conditions climatiques continue de dévaster les moyens de subsistance. La saison des pluiesde Gu, qui s’étend d’avril à juin, a été nettement inférieure aux prévisions, prolongeant les effets de la sécheresse après l’absence de pluies pendant la saison Deyr 2025 et une saison sèche Jilaal 2026 particulièrement rude. Les pertes de bétail, les mauvaises récoltes, la baisse des revenus et la hausse des prix du carburant et des denrées alimentaires, liées à l’instabilité régionale, plongent les familles dans une crise encore plus profonde. 

Action contre la Faim appelle la communauté internationale à se mobiliser et à empêcher une nouvelle aggravation de la crise d’insécurité alimentaire en Somalie. 

« La Somalie s’est déjà retrouvée au bord de la famine et s’en est sortie — mais uniquement parce que le monde a réagi à temps », a déclaré Haji. « Cette fenêtre d’opportunité est ouverte aujourd’hui, mais elle ne le restera pas indéfiniment. »