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Tchad enfant malnutrition
© Christophe Da Silva pour Action contre la Faim

Près de 20 millions de personnes confrontées à une insécurité alimentaire aiguë grave

Le Cadre Intégré de Classification de la sécurité alimentaire (IPC), élaboré par les agences des Nations Unies, indique que près de 20 millions de personnes au Soudan sont confrontées à des niveaux élevés d'insécurité alimentaire aiguë.

On estime que cette année, 825 000 enfants souffriront de malnutrition aiguë sévère, une affection qui comporte un risque réel de décès. Cela représente une augmentation de 7 % par rapport à 2025 et un niveau supérieur de 25 % à celui d’avant le conflit. 

« Au quotidien, d’innombrables familles n’ont rien à manger et survivent tant bien que mal, en se nourrissant de feuilles, d’herbe ou d’aliments pour animaux, en sautant des repas ou en privilégiant certains membres de la famille par rapport à d’autres. » Samy Guessabi, directeur d’Action contre la Faim au Soudan.

Ces faits reflètent un contexte d’insécurité alimentaire chronique exacerbée par plus de trois ans de conflit, des conditions météorologiques défavorables, l’effondrement des services de base (37 % des services de santé ont été détruits) et la plus grande crise de déplacement au monde (13,5 millions de personnes déplacées).

Près de 34 millions de personnes soit les deux tiers de la population auront besoin d’aide humanitaire cette année, le chiffre le plus élevé au monde et une augmentation de 3,3 millions par rapport à 2025.

Engrais et médicaments bloqués en pleine saison des pluies

Les nouvelles données de l’IPC arrivent à un moment particulièrement préoccupant : la saison des pluies – de mai à septembre – qui coïncide également avec la période annuelle de pénurie alimentaire. Il s’agit d’une phase particulièrement critique, marquée par l’insécurité et de fortes précipitations, qui perturbent les marchés, réduisent la production agricole et entravent l’accès à la nourriture et aux services essentiels. 

Cette situation est aggravée par le contexte géopolitique au Moyen-Orient et les tensions dans le détroit d’Ormuz, qui ont déjà un impact sur le Soudan.

Effectivement, le Golfe représente environ 54 % des importations d’engrais du pays, et les perturbations dans le détroit d’Ormuz limitent encore davantage la production de sorgho, un aliment de base du régime alimentaire national

En parallèle, des fournitures vitales sont en suspens : des médicaments essentiels fournis par Action contre la Faim sont bloqués dans des entrepôts logistiques à Dubaï en raison du manque de vols et du coût élevé du carburant résultant des tensions géopolitiques.

L’intervention humanitaire d’Action contre la Faim

Afin de garantir la poursuite de notre intervention pendant la saison des pluies dans un contexte géopolitique complexe, nos équipes ont identifié des itinéraires alternatifs pour continuer à acheminer des produits de première nécessité malgré les tensions dans le détroit d’Ormuz. De plus, nous continuons à fournir de la nourriture, des médicaments et des soins de santé de base grâce à nos cliniques mobiles aux communautés isolées qui n’ont pas accès aux services essentiels. L’année dernière, l’organisation a aidé plus de 600 000 personnes grâce à des programmes de nutrition, d’approvisionnement en eau, de santé et de sécurité alimentaire.

Action contre la Faim met en garde : à moins que des mesures urgentes ne soient prises, les mois à venir pourraient être encore plus difficiles pour la population soudanaise.

« Sans une action diplomatique immédiate et un financement accru, la saison des pluies et les tensions géopolitiques pourraient laisser encore plus de personnes prises entre la faim et la violence », prévient M. Guessabi.

Il est impératif de garantir l’accès humanitaire aux zones touchées et de renforcer la protection de la population civile, du personnel humanitaire et des infrastructures essentielles endommagées par le conflit armé.