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Nigeria
© Guy Calaf pour Action contre la Faim
  • Protection des travailleurs humanitaires

Not a Target : stop aux crimes contre les humanitaires

Aujourd’hui c’est la journée mondiale de l’aide humanitaire, journée d’hommage aux travailleurs et travailleuses humanitaires qui risquent leur vie sur le terrain. Ces personnes sont de plus en plus prises pour cible. Il est plus que jamais nécessaire d’alerter sur l’augmentation des attaques contre les humanitaires.

Les humanitaires sont de plus en plus la cible d’attaques délibérées. Les données collectées sur la sécurité de nos collègues montrent une hausse des attaques sérieuses, c’est-à-dire de travailleurs ou travailleuses humanitaires blessé.es, kidnappé.es, menacé.es ou tué.es. Ces attaques se concentrent majoritairement au sein d’un petit nombre de zones touchées par des conflits violents et prolongés (Palestine, Soudan du Sud, Soudan, Syrie, Ukraine, Myanmar, République Démocratique du Congo). 

Pour dénoncer ces attaques, la communauté humanitaire mondiale se mobilise à travers le hashtag #NotATarget depuis 2017 afin de sensibiliser à la situation des civils et des humanitaires présents dans les zones de conflit et exige que les dirigeants fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour protéger les civils, conformément à leurs obligations dans le cadre du droit international humanitaire.

Depuis 2011, on dénombre plus de 10 000 incidents dont 636 travailleurs humanitaires tués, 1577 blessés et 1603 enlevés dans le cadre de leurs . L’écrasante majorité des cas concernent des travailleurs nationaux, c’est-à-dire des personnes qui sont nées dans le pays dans lequel elles travaillent. 

Le 18 juillet 2019, 7 membres de notre équipe sont attaqués sur la route au Nigeria. Un chauffeur est tué sur le coup. Les six autres sont enlevés. Cinq seront exécutés les mois suivants alors qu’une de nos collègue sera elle retenue en otage pendant plusieurs années.   

En 2024, on dénombre 331 travailleur humanitaire tués¹, 251 blessés, 71 kidnappés et 207 arrêtés, soit les chiffres les plus élevés depuis près d’une trentaine d’années. 

Soixante-quinze ans après la signature des Conventions de Genève, le Conseil de sécurité des Nations Unies a pourtant adopté en 2024 la résolution 2730 qui enjoint les Etats à respecter et protéger les personnels humanitaires, en accord avec leurs obligations en matière de droit international. A noter, un mécanisme Protect Aid Workers (PAW) a été lancé en 2024 avec le soutien de l’Union Européenne qui permet un soutien aux humanitaires victimes d’incident dans le cadre de leur travail ou à leur famille.

Pourquoi les humanitaires sont-ils pris pour cible ? 

Dans certains pays en guerre, ils sont soupçonnés par les parties au conflit de soutenir un des camps lorsqu’ils viennent en aide aux victimes. Chaque camp remet en cause leur neutralité et les accuse de prendre parti pour l’adversaire.  

Ils sont aussi victimes d’actes politiques. La situation géopolitique et diplomatique entre deux pays peut influencer la sécurité des travailleurs humanitaires.  Les travailleurs humanitaires locaux ou expatriés peuvent aussi être catégorisés et identifiés uniquement par la nationalité de l’ONG pour laquelle ils travaillent et donc pris à partie. 

Ces attaques qui ciblent directement les humanitaires représentent 24% des incidents de sûreté. Pour le reste, il s’agit d’incidents liés à la criminalité. Les humanitaires subissent également des attaques, tout comme la population civile, quand ils sont en dehors du cadre professionnel. En 2018, une collaboratrice d’Action contre la Faim a par exemple été tuée au Yémen chez elle lors d’un bombardement

Des populations privées d’aides

Le 4 août 2006, dix-sept de nos collègues étaient exécutés à Muttur au Sri Lanka. Surpris dans leurs bureaux, les dix-sept salariés d’Action contre la Faim furent assassinés alors même qu’ils tentaient de venir en aide aux populations. Après avoir soutenu plus de 100 000 personnes au Sri Lanka depuis 2005, nous avons finalement décidé de quitter le territoire national deux ans après le massacre. En plus des victimes, de leurs proches et collègues, c’est toute une population qui fut laissée pour compte.

Ces attaques délibérées s’ajoutent à des obstacles d’ordre administratifs (ex. obtention d’autorisation de mouvements) ou physiques (ex. absence d’infrastructures routières) pour accéder aux populations le plus dans le besoin. Elles compliquent la tâche des ONG et privent des millions de personnes de l’assistance humanitaire dont elles ont besoin. Chaque attaque porte préjudice à une population déjà vulnérable et en besoin d’assistance humanitaire.

Stop à l’impunité

La majorité de ces crimes restent impunis et leurs auteurs ne font que rarement l’objet de poursuites pénales.

Dix-neuf ans après le massacre de Muttur où 17 travailleurs humanitaires d’Action contre la faim ont été assassinés, aucun suspect n’a été arrêté et justice n’a toujours pas été rendue.  Plus récemment, en 2020 ce sont 7 collègues français et nigérien de l’ONG ACTED qui ont été assassinés au Niger.

Face à la vulnérabilité des organisations locales et de leurs membres, Action contre la faim appelle l’ensemble de la communauté internationale à s’assurer que tout personnel humanitaire soit protégé et à s’engager à poursuivre pénalement tout auteur d’attaques envers ces derniers.

Nous dénonçons vivement l’impunité concernant les attaques contre le personnel et les biens humanitaires. Ces crimes de guerre constituent une atteinte inacceptable au droit international humanitaire. Conformément à leurs obligations légales, nous appelons les parties de chaque conflit à respecter et faciliter la provision d’une aide humanitaire neutre et respectueuse des principes d’humanité, de neutralité, d’impartialité et de non-discrimination. Action contre la faim appelle l’ensemble des Etats et la communauté internationale à se mobiliser de toute urgence et au plus haut niveau afin de trouver des solutions opérationnelles pour protéger tous les personnels humanitaires, en respect des obligations légales existantes.


[1] Aid Worker KIKA – Insecurity Insight