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Frida, a Village Health Team member for Action Against Hunger, conducts Ebola Virus Disease screening at Kikagati point of entry.
© Andrew Kasekende pour Action contre la Faim

Intervenir face à Ebola en Ouganda : interview de Margaret Nagawa

Lorsque l’épidémie d’Ebola a traversé la frontière de la République démocratique du Congo (RDC) et atteint l’Ouganda en mai, les autorités sanitaires ont eu peu de temps pour réagir. Il s’agit d’un virus extrêmement très dangereux et contagieux qui se propage rapidement d’une région à l’autre, à moins que des mesures intensives ne soient prises.

La semaine dernière, l’Organisation mondiale de la Santé a déclaré la fin de l’épidémie d’Ebola en Ouganda après 42 jours sans nouveaux cas depuis la sortie de l’hôpital du dernier patient. Comment l’Ouganda est-il parvenu à se mobiliser aussi rapidement et à empêcher l’épidémie d’Ebola de progresser ? Margaret Nagawa, coordinatrice santé et nutrition pour Action contre la Faim Ouganda, explique comment la coordination, la préparation et l’intervention rapide des services de santé publique ont contribué à contenir l’épidémie.

L’Ouganda fait-il toujours face à une épidémie d’Ebola ?

Non. Dans les 72 heures qui ont suivi le signalement du premier cas à Kampala, les structures de coordination nationales et locales ont été activées. Des agents de santé formés ont été déployés, des équipes de surveillance ont été mobilisées et un laboratoire temporaire a été mis en place à Bwera afin de tester les cas suspects sur place. L’Ouganda a également fermé temporairement certaines sections de sa frontière afin de ralentir les mouvements transfrontaliers associés aux premiers cas. Les cas identifiés ont été pris en charge de manière appropriée, de la mise en quarantaine au traitement en passant par la recherche des contacts, et le 16 juillet, le dernier patient est sorti de l’hôpital. Aucun nouveau cas n’a été identifié depuis. Au total, sur 20 cas confirmés, 18 guérisons et deux décès ont été enregistrés.

Comment l’Ouganda est-il parvenu à réagir aussi rapidement ?

La capacité à mobiliser des équipes, des systèmes de surveillance, des ressources de laboratoire et des réseaux communautaires avant et immédiatement après l’arrivée d’Ebola a joué un rôle déterminant pour limiter la propagation de l’épidémie en Ouganda. Cela a été rendu possible par des années d’investissement dans la préparation aux épidémies : formation, surveillance, préparation de laboratoires, amélioration des structures de coordination et mobilisation des communautés. Tout cela a permis à l’Ouganda de réagir rapidement lorsque l’épidémie d’Ebola a franchi la frontière.

Ebola représente-t-il toujours une menace pour l’Ouganda ?

Oui. L’Ouganda partage l’une de ses frontières avec la RDC, où l’épidémie continue de se propager, tant en nombre de cas que sur le plan géographique. Il existe donc toujours un risque important de transmission transfrontalière. Il est primordial de poursuivre le dépistage aux postes-frontières et de préparer les communautés à une éventuelle nouvelle épidémie. Ainsi, si Ebola venait à resurgir en Ouganda, nous serions prêts à le contenir dans les meilleurs délais.

Comment les cas d’Ebola sont-ils détectés ?

Les contrôles aux postes-frontières sont essentiels pour détecter d’éventuels cas en provenance de la RDC. Le personnel est formé à reconnaître les signes et les symptômes de la maladie d’Ebola. Des équipes surveillent les mouvements transfrontaliers, et les voyageurs font l’objet de contrôles quotidiens aux principaux points d’entrée, notamment par l’utilisation de thermomètres. Les informations qui en résultent sont enregistrées dans les systèmes de données nationaux afin de permettre une prise de décision basée sur des données probantes.

À ce jour, Action contre la Faim Ouganda a examiné environ 7 000 personnes aux postes-frontières, formé 110 agents de santé communautaires à l’identification des cas et encadré 37 membres du personnel de laboratoire sur la gestion des échantillons.

Quel est le rôle des communautés dans la réponse à Ebola ?

Les communautés jouent un rôle majeur dans la réussite de la réponse à Ebola. Porter un masque, consulter un médecin en cas de besoin et adopter de bonnes pratiques d’hygiène, comme se laver les mains, sont autant de mesures qui permettent de limiter considérablement la propagation des maladies.

Après l’annonce de l’épidémie d’Ebola en mai, les communautés de l’Ouganda se sont appuyées sur les leçons tirées de la COVID-19 et des précédentes épidémies d’Ebola pour prendre des mesures préventives. Les émissions de radio locales, les séances de dialogue communautaire et les dirigeants locaux ont joué un rôle important dans la diffusion d’informations sur la prévention d’Ebola.

Action contre la Faim menait déjà à bien des programmes de nutrition dans des zones frontalières à haut risque, telles que Kasese et Kikuube, depuis plusieurs années. Les communautés locales nous faisaient donc déjà confiance lorsque nous avons commencé à diffuser des informations sur Ebola. Cela nous a permis de collaborer directement avec les membres de ces communautés, de répondre à leurs inquiétudes concernant le virus et d’enrayer la propagation de fausses informations.

Comment les informations sur Ebola atteignent-elles les communautés isolées en Ouganda ?

Bien que le risque de propagation soit plus élevé à proximité de la frontière avec la RDC, il est essentiel de préparer les communautés de tout l’Ouganda en leur fournissant les informations et les outils nécessaires pour prévenir Ebola. Action contre la Faim a lancé une campagne radio qui a permis d’informer plus de 240 000 personnes. Les bénévoles des groupes de soutien existants ont également transmis des informations aux foyers auxquels ils venaient déjà en aide. Dans les communautés rurales n’ayant pas accès à la radio, le personnel d’Action contre la Faim a diffusé des messages préenregistrés à moto. Et dans les régions encore plus reculées, notre personnel a fait du porte-à-porte afin de veiller à ce que toutes les familles puissent accéder à des informations sur la prévention d’Ebola.

Quelles mesures sont prises pour protéger les agents de santé ?

Étant donné qu’Ebola se propage par contact avec les fluides corporels des personnes infectées ou décédées des suites de cette maladie, les agents de santé et le personnel chargé des inhumations sont exposés à des risques extrêmement élevés. Action contre la Faim leur vient en aide de trois manières : en les formant, en leur fournissant des équipements et en soutenant les infrastructures. Les agents de santé reçoivent une formation sur la prise en charge des cas d’Ebola et la prévention des infections. Nos équipes ont distribué plus de 1 500 articles destinés à la prévention et au contrôle des infections (PCI), notamment des équipements de protection individuelle (EPI). Les ressources en eau, assainissement et hygiène (EAH) de près de 60 sites de traitement et de dépistage ont également été renforcées.

Comment Action contre la Faim continue-t-elle de soutenir la préparation et les interventions face à Ebola en Ouganda ?

Action contre la Faim a intégré la préparation à Ebola dans ses programmes habituels de santé, de nutrition et d’EAH afin que les services essentiels puissent suivre leur cours en toute sécurité, tout en permettant aux communautés et aux agents de première ligne de rester prêts à réagir aux cas suspects. Nos équipes de sensibilisation communautaire intègrent la communication et la prévention des risques liés à Ebola à l’éducation en santé et nutrition, et nos équipes EAH font la promotion des bonnes pratiques en matière d’hygiène des mains, de nettoyage environnemental et d’eau potable dans les communautés et les établissements de santé.

Nos services de nutrition se poursuivent sans interruption, avec des mesures renforcées de prévention et de contrôle des infections (PCI) lors du dépistage et du traitement afin de protéger à la fois les patients et le personnel. Les agents de première ligne bénéficient d’une formation de perfectionnement sur la détection d’Ebola, la prestation de services en toute sécurité et les procédures de redirection, tandis que des équipes évaluent régulièrement les stocks de fournitures essentielles et les besoins en matière de préparation.

Nos équipes travaillent en étroite collaboration avec le ministère de la Santé et le bureau de santé de district afin de renforcer les pratiques de prévention et de contrôle des infections (PCI) dans les établissements de santé que nous soutenons, en veillant à ce que nos interventions complètent et soutiennent la réponse dirigée par le gouvernement. Le renforcement des pratiques de PCI constitue une priorité absolue afin de consolider les systèmes de surveillance, de détection précoce, de signalement et de redirection dans les établissements de santé que nous soutenons.

Quelle est la principale leçon à tirer de la réponse de l’Ouganda à Ebola ?

La réponse de l’Ouganda à Ebola nous enseigne une leçon importante en matière de préparation aux épidémies : une intervention d’urgence efficace peut débuter bien avant la confirmation du premier cas. La préparation, les infrastructures, les structures de coordination et la confiance des communautés sont autant de facteurs essentiels pour maîtriser les épidémies de maladies infectieuses, et tout cela prend du temps. C’est pourquoi un investissement continu dans les systèmes de santé et la préparation peut faire la différence entre un pays capable de répondre à une épidémie en quelques jours, comme l’Ouganda, et un pays qui peine à mettre en place les capacités nécessaires pendant la crise, comme la RDC.