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Ouganda sécurité alimentaire
© Action contre la Faim

Une élève de 17 ans transforme la sécurité alimentaire

Alimentation et nutrition dans les écoles d’Ouganda : les élèves, moteur du changement 

À seulement 17 ans, Patience Namuju change déjà des vies dans sa communauté. Elle vit dans la région du Karamoja, en Ouganda, qui se caractérise par des conditions climatiques difficiles et imprévisibles et par une insécurité alimentaire généralisée. Les personnes qui y vivent sont confrontées à une dure réalité : 45 % de la population fait face à une crise d’insécurité alimentaire, et plus de 112 000 enfants de moins de cinq ans souffraient de sous-nutrition l’année dernière, selon un rapport du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC). Mais Patience, qui ne voulait pas rester les bras croisés, a lancé un mouvement pour changer les choses. 

Patience est la présidente du club de santé et de nutrition de son école, Lolachat Seed. Le club a créé un potager scolaire dans lequel les élèves cultivent des légumes, du manioc et des aubergines. Dans une région où la nourriture peut être rare, il s’agit d’une véritable bouée de sauvetage. Le club permet aux élèves d’accéder à des produits frais, les aide à comprendre l’importance d’une alimentation variée et nutritive et leur apprend à faire des choix alimentaires plus sains. « Le potager complète nos repas scolaires », déclare Patience avec fierté. « Cela fait une réelle différence. » 

Dans des régions comme Karamoja, le déjeuner scolaire est parfois le seul repas de la journée d’un enfant. Il s’agit donc d’une occasion cruciale d’aider les enfants à bien se nourrir et à adopter de bonnes habitudes alimentaires. Une étude récente a montré que les programmes d’alimentation scolaire améliorent la taille et le poids des élèves dans les pays à revenu faible et intermédiaire (Wang et al., 2021). Ces programmes améliorent également la fréquentation scolaire. Grâce à un repas sain et nourrissant, les enfants peuvent se concentrer sur leur travail scolaire et tirer pleinement parti de leur journée, sans être distraits par la faim. 

Le club de Patience ne fait pas que fournir des aliments nutritifs à l’école : il apprend également aux élèves à prendre des décisions alimentaires plus saines par eux-mêmes. L’éducation à la nutrition est particulièrement importante dans des régions comme le Karamoja, où la nourriture est rare et les familles sont confrontées à des choix difficiles concernant leur alimentation. Faute de connaissances suffisantes, beaucoup peinent à satisfaire leurs besoins alimentaires, même lorsqu’elles ont accès à de la nourriture. Des recherches menées dans l’est de l’Ouganda ont d’ailleurs révélé que le manque de connaissances en nutrition était l’une des principales causes de sous-nutrition (Filipponi et al., 2024). 

Ouganda classe sécurité alimentaire
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Patience Namuju forme les membres du club de santé et de nutrition de l’école aux choix alimentaires. 

Une fois formés, les membres du club peuvent faire office d’agents du changement dans leurs systèmes alimentaires locaux, aidant leurs amis et leurs familles à prendre des décisions alimentaires en toute confiance. Le partage d’informations nutritionnelles peut bénéficier à toute la communauté sur le long terme, au-delà de l’année scolaire. Les clubs de santé et de nutrition « créent une nouvelle culture qui améliorera les résultats nutritionnels dans la région tout en renforçant la sécurité alimentaire à long terme », déclare Michael Ngiro, responsable de la vulgarisation de la sécurité alimentaire et des moyens d’existence chez Action contre la Faim. 

La résilience au changement climatique au Karamoja : lutter contre la faim dans un environnement en évolution constante 

Comme l’a déclaré la FAO, l’école constitue une occasion unique d’enseigner aux enfants les principes d’une bonne nutrition et de leur inculquer des habitudes alimentaires plus saines. Les clubs de santé et nutrition mis en place par Action contre la Faim vont encore plus loin, en enseignant aux élèves non seulement ce que sont les aliments sains, mais aussi comment les cultiver. 

Patience et les autres membres de son club cultivent des produits frais dans leur potager en utilisant des techniques d’agriculture intelligente face au climat. Ils plantent des variétés de cultures résistantes qui auront plus de chances de survivre aux périodes de sécheresse de plus en plus longues que connaît le Karamoja. Ils apprennent également la rotation culturale et l’utilisation du fumier en tant qu’engrais, deux pratiques agroécologiques qui préservent la santé des sols et augmentent le rendement des cultures. Grâce à cette expérience pratique, les élèves acquièrent des compétences en nutrition, en développement durable et en résilience des systèmes alimentaires. 

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Patience et les autres membres de son club cultivent des produits frais dans leur potager scolaire. 

Améliorer la résilience au changement climatique de l’Ouganda est fondamental. La Banque mondiale a récemment publié son Country Climate and Development Report (CCDR) pour l’Ouganda, dans lequel elle avertit que le changement climatique pourrait réduire la croissance économique de l’Ouganda de jusqu’à 3,1 % d’ici 2050 si des mesures ne sont pas prises rapidement. Si cela se produisait, plus de 613 000 personnes sombreraient dans la pauvreté, et 12 millions d’autres seraient déplacées. En enseignant des pratiques résilientes au changement climatique aux élèves, Action contre la Faim renforce leur capacité d’adaptation et investit dans une génération préparée pour préserver l’avenir de l’Ouganda. 

Le Karamoja est l’une des régions du pays les plus vulnérables au changement climatique. Le pastoralisme est le pilier de la région depuis plusieurs générations, les familles dépendant fortement des régimes de précipitations et des ressources naturelles pour se nourrir et générer des revenus. Mais à une époque de volatilité climatique croissante, cette dépendance devient de plus en plus problématique. Entre 2018 et 2023, la région a subi des sécheresses répétées qui ont décimé ses ressources et alimenté un conflit grandissant. Les chocs climatiques, les conflits et la faim créent un cercle vicieux difficile à interrompre. Il est urgent de renforcer la résilience au changement climatique du Karamoja, avant que le manque de ressources n’engendre des crises encore plus graves dans les années à venir. 

Patience se soucie profondément de la résilience au changement climatique et de son rôle dans l’amélioration de la sécurité alimentaire. En 2024, elle a représenté son école au débat régional sur le changement climatique de la Karamoja Green School, un évènement qui permet aux jeunes de s’engager sur des questions liées au changement climatique. Face à des concurrents de toute la région, Patience et son équipe ont remporté la première place, témoignage de leur passion pour cette cause et de l’impact du potager intelligent face au climat de leur école. 

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Patience et son équipe posent fièrement avec leur trophée du débat de la Karamoja Green School. 

L’avenir de la nutrition en Ouganda 

Créé en 2023, le club de santé et de nutrition de Patience compte plus de 30 membres enthousiastes à l’idée de promouvoir une alimentation saine. Le club se tourne désormais vers l’avenir et prévoit d’agrandir son potager. « Nous aimerions agrandir notre potager pour cultiver plus d’aliments nutritifs pour l’école et vendre le reste pour générer des revenus pour le club », explique Patience. Grâce à cette nouvelle initiative, les étudiants pourront s’initier à la planification commerciale et acquérir des compétences financières et entrepreneuriales qui leur seront utiles toute leur vie. 

Action contre la Faim développe également son programme de potagers. Depuis 2023, nous avons aidé 18 écoles de Karamoja à créer des potagers scolaires et des clubs de santé et nutrition, et 32 autres clubs seront bientôt lancés dans des écoles primaires de la région. À l’échelle nationale, Action contre la Faim s’appuie sur son expertise en matière d’alimentation et de nutrition dans les écoles pour plaider en faveur d’un programme standardisé d’alimentation scolaire. Ce programme vise à lutter contre la sous-nutrition et à améliorer les résultats scolaires des élèves en Ouganda. 

L’histoire de Patience est un témoignage frappant de ce que ces efforts permettent d’accomplir. « Après le lycée, je voudrais suivre une formation en nutrition et sécurité alimentaire et trouver des moyens innovants d’améliorer la sécurité alimentaire dans ma communauté », déclare-t-elle. Son engagement montre que les jeunes leaders ont le pouvoir de changer les choses et de contribuer à un avenir sans faim en Ouganda.