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Bénévole communautaire ouganda
© Diana Sharone Tumuhairwe pour Action contre la Faim

Ouganda : Gravir des montagnes pour sauver des vies 

Une bénévole communautaire apporte soutien et espoir en Ouganda 

Depuis mai 2024, le district de Kasese en Ouganda se remet d’inondations et de glissements de terrain dévastateurs. Des milliers de personnes ont été déplacées, des cultures ont été détruites et la sécurité alimentaire est menacée. Morious apporte un soutien essentiel aux personnes touchées, mais c’est une tâche ardue. Le nombre de foyers dans le besoin est considérable, et elle doit parcourir de longues distances à pied pour leur venir en aide. La plupart des maisons sont situées au sommet d’une chaîne de montagnes qu’il faut gravir pendant 40 minutes avant d’arriver. 

Morious n’est ni infirmière, ni médecin, ni représentante du gouvernement. Elle est agent de santé communautaire : une bénévole formée pour fournir des services de santé et d’éducation à sa communauté. Sa résilience, sa compassion et sa détermination à reconstruire sa communauté sont exemplaires. « Quand j’ai vu à quel point les gens souffraient après les inondations, j’ai tout de suite su que je devais faire quelque chose », explique Morious. « Je voulais redonner espoir à la population, en particulier aux mères et aux enfants qui vivent dans des camps de déplacés internes. » 

Bénévole communautaire ouganda
© Diana Sharone Tumuhairwe pour Action contre la Faim

Les bénévoles communautaires jouent un rôle essentiel dans les situations d’urgence. Ils peuvent intervenir immédiatement et fournir des informations locales à des organisations comme Action contre la Faim, qui coordonnent une intervention à plus grande échelle avec différents acteurs, mobilisent des équipes d’intervention d’urgence et gèrent la logistique. Action contre la Faim offre également des formations et des outils de sensibilisation aux bénévoles communautaires. En travaillant ensemble, les bénévoles et les organisations peuvent aider plus de familles, plus rapidement. 

La passion de Morious pour sa communauté a fait d’elle une force motrice du redressement de son district. Elle était présente dès le lendemain des catastrophes, apportant de la nourriture, de l’eau et un soutien moral aux familles touchées. Aujourd’hui, elle continue de travailler à la reconstruction à long terme de sa communauté, gravissant chaque jour des sentiers de montagne escarpés pour apporter réconfort et espoir à ses voisins. 

Une journée dans la vie de Morious 

6 h 30. Lorsque Morious Walhubere commence sa journée, le soleil pointe à peine au-dessus des monts Rwenzori, illuminant les collines du village de Kyanzabiri, en Ouganda. Elle fait une prière, demandant à Dieu de guider sa journée et sa vie. Ensuite, elle prépare ses deux fils et sa fille pour l’école. 

7 h 30. Morious arrive au centre de santé Kyondo III, un établissement soutenu par Action contre la Faim. Elle travaille avec le projet Integrated Response to Floods and Landslides in Kasese District (IReF), mis en œuvre par Action contre la Faim et une organisation locale appelée Foundation for Urban and Rural Advancement (FURA). Les tâches de la journée commencent. 

Une partie importante du travail de Morious consiste à coordonner le « boda boda talk talk », une moto équipée d’un haut-parleur qui sillonne les artères commerciales et les villages animés, diffusant des messages essentiels en matière de nutrition et d’eau, d’assainissement et d’hygiène (EAH). Pendant cinq heures, le message résonne dans tout le sous-comté, rappelant constamment l’importance de la santé et de la sécurité. « Je surveille tous ses mouvements », explique Morious, qui s’assure que ces messages essentiels atteignent le plus grand nombre de personnes possible. 

9 h 30. Morious et une équipe de personnel soignant commencent à gravir la montagne pour rejoindre la communauté. À Kasese, il peut arriver qu’il pleuve pendant des heures, et grimper un sentier de montagne mouillé et glissant est particulièrement difficile. Mais Morious persévère, armée de deux outils essentiels : sa passion de servir et son esprit résilient. « Je prépare mes visites et je pars suffisamment tôt pour pouvoir parcourir de longues distances et gravir la montagne avant qu’il ne fasse trop chaud », explique Morious. « Je m’équipe d’un parapluie, d’un sac, de vestes imperméables et de bottes en caoutchouc. Cela me permet de me déplacer même lorsqu’il pleut. » 

10 h 30. L’ascension de Morious et du personnel soignant est terminée. Munis de bracelets de mesure du périmètre brachial, de toises de mesure et de balances, Morious et les membres de son équipe évaluent l’état nutritionnel des enfants de moins de cinq ans et des femmes enceintes et allaitantes. Les personnes souffrant de sous-nutrition sont redirigées vers le centre de santé pour une prise en charge plus poussée. « Nous voulons que chaque enfant puisse grandir en bonne santé », déclare Morious, déterminée. 

15 h. Les évaluations nutritionnelles se poursuivent jusqu’à 15 h, heure à laquelle Morious entreprend des visites à domicile, un autre aspect essentiel de son travail. Elle sensibilise les familles à des pratiques d’hygiène essentielles telles que le lavage des mains, l’utilisation des toilettes, la gestion de l’eau potable et l’entretien d’un potager. Elle aide également les familles à construire et à utiliser des installations EAH telles que des étendoirs, des cuisines, des abris pour animaux et des cordes à linge. « Les petits changements peuvent faire une grande différence. J’ai été très touchée par les besoins de la communauté en hygiène et nutrition, et je me suis reconnue dans les missions de FURA et d’Action contre la Faim », raconte-t-elle. 

16 h. L’emploi du temps de Morious du lundi au vendredi est soigneusement planifié. Elle conclut chaque semaine par un rapport qui permet à son équipe de savoir quelles familles ont été prises en charge et à quel moment. « Cette activité m’occupe jusqu’à 17 h, heure à laquelle je rentre pour aller chercher mes enfants à l’école et leur préparer le dîner », explique-t-elle. 

17 h. Sur le chemin du retour, l’impact de Morious sur la communauté se reflète dans les sourires et les signes de la main des mères et des enfants qu’elle croise. 

Un moteur du changement 

Au-delà des visites à domicile et des évaluations nutritionnelles, le rôle de Morious en tant qu’agent de santé communautaire comprend des responsabilités telles que le suivi des redirections et la surveillance d’infrastructures vitales telles que la source d’eau de Kamustope, qui dessert plus de 450 personnes. Et elle s’efforce de constamment d’améliorer sa capacité à aider sa communauté. 

Grâce aux sessions de formation d’Action contre la Faim et à la pratique, Morious a développé des compétences en matière de mobilisation communautaire, d’évaluation nutritionnelle et d’interventions EAH. Elle est très satisfaite des progrès qu’elle a réalisés dans les domaines de la rédaction de rapports, de la communication et de la négociation. « J’ai beaucoup appris », dit-elle. « J’ai gagné confiance en moi et développé mon sens de la responsabilité sociale. Je prévois même de m’inscrire à un cours de développement communautaire l’année prochaine. » 

Si Morious s’implique autant dans son rôle de bénévole, c’est parce qu’elle est motivée par un profond désir de servir. « Je veux aider les gens à prendre soin d’eux », explique-t-elle avec enthousiasme. Pour elle, la plus grande récompense est la joie des familles qui reçoivent des articles non alimentaires de base. « Voir les sourires sur leurs visages et savoir que nous faisons une différence est incroyablement gratifiant », dit-elle. 

Son impact sur la communauté montre que la passion d’une personne peut faire une profonde différence dans la vie de nombreuses autres. Bien plus qu’une simple bénévole, Morious est un symbole de résilience et une véritable héroïne au cœur de Kyondo.