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Raphael Oketch Okello
© Diana Sharone Tumuhairwe pour Action contre la Faim

Raphael Oketch Okello : une histoire de changement, de paternité et de leadership communautaire 

Dans le camp de réfugiés de Kiryandongo, la lutte contre la faim reste un défi majeur, en particulier face à la réduction du financement et à l’afflux croissant de réfugiés. Malgré une situation complexe, les taux de malnutrition aiguë globale, qui s’élevaient à 19,3 % mi-2025, sont tombés à 7 % en octobre de la même année. Il ne s’agit pas que d’une simple statistique, mais d’une amélioration des conditions de vie de personnes réelles, comme Raphael Oketch Okello. Un progrès en grande partie attribuable aux structures communautaires, qui ont façonné de véritables leaders. 

Raphael, marié et père de trois enfants, est quelqu’un de très calme. Il s’exprime avec assurance et clarté tout en restant réservé. 

Raphael Oketch Okello
© Diana Sharone Tumuhairwe pour Action contre la Faim

Raphael a commencé à être déplacé dès son plus jeune âge. Originaire du Soudan du Sud, il est arrivé en Ouganda pour la première fois en 1996, alors qu’il n’avait que deux ans, avec sa mère. Bien qu’il soit retourné dans son pays d’origine lors d’une opération de rapatriement en 2008, les conflits incessants l’ont contraint de retourner au camp de réfugiés en 2016, à l’âge de 27 ans. 

Le tableau était sombre. Raphael vivait avec sa mère et dépendait presque entièrement de l’aide humanitaire pour survivre. Et à la souffrance physique s’ajoutait une haine inculquée. 

« La plupart de nos voisins étaient des personnes que nous détestions au Soudan du Sud, donc je me suis isolé », admet Raphael. Hanté par une histoire tribale conflictuelle, il évitait les autres réfugiés, redoutant la haine qu’ils avaient transportée avec eux par-delà la frontière. 

En 2019, un ami de Raphael l’a invité à rejoindre un groupe de soutien local, une initiative communautaire lancée par Action contre la Faim et visant à renforcer les capacités locales de dépistage et de prise en charge de la sous-nutrition. Au départ, les motivations de Raphael étaient simples : il s’ennuyait, se sentait seul et espérait que le groupe lui permettrait de trouver du travail. 

Pour lui, le processus d’intégration a été difficile. Étant donné que le groupe était composé à la fois de réfugiés et de ressortissants ougandais, Raphael a été contraint de faire face à ses préjugés. Mais les fondations sur lesquelles le groupe était construit allaient bien au-delà de la santé et de la nutrition : les premières leçons ont mis l’accent sur le pardon et la coexistence pacifique. 

« Cela n’a pas été facile, mais je devais essayer de m’entendre avec mes voisins », déclare Raphael. 

Quand les membres du groupe ont commencé à prendre de ses nouvelles lorsqu’il manquait une réunion, il a fini par baisser la garde. Le biais tribal s’est peu à peu dissipé. Il a commencé à écouter les conseils du groupe sur la nutrition, l’hygiène et, surtout, la manière d’être un bon mari et un bon père. 

Raphael Oketch Okello
© Diana Sharone Tumuhairwe pour Action contre la Faim

Raphael a rejoint le groupe de soutien alors qu’il venait de se marier. Il y a appris que les hommes devaient participer aux tâches ménagères, notamment aller chercher de l’eau, s’occuper des enfants, jardiner et cuisiner, un concept qui était complètement nouveau pour lui. Il a commencé à mettre ces leçons en pratique chez lui, au grand désarroi de sa communauté. 

Dans sa culture, il s’agissait exclusivement de « tâches de femmes ». Sa mère était désespérée, convaincue que la volonté de son fils d’aider sa femme était le signe d’une malédiction. « Ma mère était très déçue de moi. Elle était convaincue que j’avais été ensorcelé et que ma femme me contrôlait », se souvient Raphael. 

Lorsque Raphael a commencé à aller chercher de l’eau et à jardiner, les autres membres de sa communauté était consternés. Pour eux, seule la sorcellerie pouvait expliquer ce comportement. Malgré les moqueries de ses voisins et le ressentiment de sa mère, Raphael a persévéré. Il a expliqué à sa famille que pour survivre et prospérer, ils devaient s’adapter à la culture de leur nouvelle communauté. 

Les enseignements théoriques du groupe de soutien ont été mis à rude épreuve le jour où la femme de Raphael est partie distribuer de la nourriture aux nouveaux arrivants du camp de réfugiés, le laissant seul avec leur nouveau-né. Lorsque son nourrisson a commencé à pleurer de faim, Raphael a d’abord paniqué. Sa femme ne lui avait laissé aucune instruction. Puis, il s’est souvenu de sa formation. Il est allé acheter du mukene (petits poissons pélagiques argentés) et a préparé une bouillie nutritive pour son enfant. 

« Il s’est calmé et a arrêté de pleurer. Ce moment a tout changé. J’ai réalisé que j’étais capable de m’occuper d’un bébé tout seul », explique-t-il. 

Cela a renforcé sa conviction que les enfants devaient être élevés par leurs deux parents. Depuis, Raphael est un père présent pour ses trois enfants. Il leur donne le bain, leur fait à manger et les nourrit. 

Raphael Oketch Okello
© Diana Sharone Tumuhairwe pour Action contre la Faim

La transformation de Raphael a fini par dépasser les murs de sa maison. Sa persévérance a contribué à déconstruire les rôles de genre pour les autres hommes de la communauté, qui ont commencé à suivre son exemple. Les moqueries se sont rapidement transformées en respect. Il est devenu formateur et conseiller en violence sexiste, aidant notamment les autorités locales à résoudre les cas communautaires. 

Il est devenu un véritable leader, remettant en question l’idée selon laquelle les tâches domestiques sont un signe de faiblesse. Aujourd’hui, Raphael est un père présent pour ses trois enfants, qui sont âgés de sept, cinq et deux ans. Un intervalle sain entre les naissances qu’il doit aux séances de planification familiale, lesquelles l’ont amené à revoir son projet initial d’avoir quinze enfants. 

Son impact s’est étendu de sa famille à l’ensemble de son camp : 

L’un des indicateurs les plus parlants de la transformation de Raphael est son rôle au centre de santé de Panyadoli. Il est passé du statut de réfugié isolé et introverti qui craignait de prendre la parole en public à celui d’agent de santé moderne et averti. Grâce au financement de l’UNICEF, il gère désormais la saisie des données des patients dans le système de dossiers médicaux électroniques de l’hôpital. Il conseille également les parents et les informe sur la nutrition et l’allaitement maternel exclusif. 

Raphael Oketch Okello
© Diana Sharone Tumuhairwe pour Action contre la Faim

Aujourd’hui, Raphael est le coordinateur général du camp pour tous les bénévoles communautaires. Dans le cadre de ce rôle, il veille à ce que tous les enfants soient soumis au dépistage de la sous-nutrition. Grâce à lui, les jeunes hommes de sa communauté ne voient plus les groupes de soutien comme un espace de femmes. Ils y voient un moyen de devenir un homme meilleur. 

Raphael Oketch Okello
© Diana Sharone Tumuhairwe pour Action contre la Faim

« Je suis un père très fier, car je peux désormais subvenir aux besoins de ma famille dans toutes les circonstances », déclare Raphael. « Il est temps de faire confiance aux bénévoles des groupes de soutien, qui sont des membres très utiles de notre communauté. »