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RDC © Guillaume Binet / MYOP
pour Action contre la Faim

En Immersion

Carnet de bord #2

L’insécurité alimentaire structurelle : de Tshikapa à Kamako

Le diamant, malédiction silencieuse de la région

A Tshikapa la diamantaire, là où des échoppes de diamants fleurissent à tous les coins de rue, la course à la plus belle devanture fait rage. De gros diamants sont peints sur les murs de torchis. Car toute diamantaire qu’elle soit, Tshikapa n’est pas riche. Dans ses rues de terre battue, un demi-million de personnes vont nu-pieds.

Il est encore très tôt, ce 16 janvier, lorsque notre équipe Action contre la Faim se met en route vers l’aéroport de Tshikapa. 

"Notre prochaine étape est Kamako, à la frontière angolaise, là où plus de 30 000 personnes seraient toujours réfugiées suite aux violences qui ont ravagé la région."
Coline-Aymard
Coline Aymard
Chargée de communication, République Démocratique du Congo

Nous passons au ralenti sur le pont métallique qui relie les deux rives de la rivière Kasaï, de part et d’autre de la ville, la coupant littéralement en deux. Au bord de l’eau, des jeunes gens labourent le sol, à la recherche d’éclats de diamant. Tshikapa se trouve à la confluence de deux cours d’eau : la rivière Kasaï et la rivière Tshikapa. C’est là, dans la terre rouge, que la chasse au précieux minerais bat son plein depuis plus d’un siècle. La découverte du diamant, qui devait faire la fortune de la ville, est aussi sa malédiction. Alors que des dizaines de comptoirs de pierres précieuses se sont développés, notamment sous l’impulsion des entreprises européennes, la frénésie de la quête du diamant a entériné l’un des grands malheurs de la région du Kasaï : l’insécurité alimentaire.

Car, si l’activité minière mobilise la grande majorité des hommes, qui explorent les rivières, l’agriculture s’est très peu développée dans la région. A cette faible activité agricole s’ajoute l’enclavement du territoire, dû aux routes impraticables ou inexistantes, qui créent les conditions d’une pauvreté endémique, rendant la population très vulnérable. La sous-nutrition y est structurelle depuis des années, bien avant que la région ne soit exposée aux conflits. C’est à ce terrain déjà fragile d’une région soumise aux crises alimentaires, qu’une urgence humanitaire d’ampleur s’est superposée, depuis un an et demi, suite à l’éclatement d’un conflit entre le chef coutumier de la milice Kamuina Nsapu et l’Etat central. Le résultat est dramatique : 3,2 millions de personnes sont en insécurité alimentaire au Kasaï, et plus de 750 000 enfants sont en situation de malnutrition aiguë sévère.

Derrière les conflits, la sous-nutrition endémique

Le chauffeur s’arrête : nous sommes à l’aéroport. C’est en hélicoptère que nous rejoindrons la ville de Kamako, précisément car l’accessibilité est réduite en raison de contraintes logistiques. Mais encore faut-il que l’hélicoptère arrive : au Congo, la notion de ponctualité est relative.

Nous voici dans la salle d’attente minuscule de ce petit aéroport. Mes pensées me ramènent à une autre salle d’attente, là où les heures traînent en longueur ; au centre de santé soutenu par Action contre la Faim à Tshikapa, au sein de la zone de santé de Kalonda Ouest.

Dans l’unité nutritionnelle thérapeutique intégrée où Action contre la Faim intervient, la sous-nutrition structurelle transparaît derrière les conséquences directes du conflit, comme une toile de fond aux couleurs du désespoir. Là, ce sont les cas les plus graves qui sont soignés, lorsque la malnutrition aiguë sévère est doublée de complications telles que le paludisme, la typhoïde ou des infections respiratoires, ou lorsque les parents ont voulu soigner leurs enfants à base de traitements traditionnels. La veille, c’était le cas d’un petit garçon orphelin nommé Domba, auquel sa tante a donné une décoction faite de racines, de citronnelle et de noix de coco pour traiter ses symptômes. La peau du bébé est brûlée, couverte de tâches rouges et brunes, et son petit corps gonflé d’œdèmes semblait tout entier crier sa douleur.

 

République Démocratique du Congo © Guillaume Binet / MYOP pour Action contre la Faim

Une voix m’arrache à ces tristes pensées : on nous appelle pour embarquer. Nous sommes six à saisir d’un même geste les casques anti-bruit au décollage de l’hélicoptère.

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Le soleil est haut dans le ciel, lorsque l’hélicoptère se pose à Kamako, en ventilant sans ménagement tout autour de lui. Les herbes hautes plient sous la bourrasque et des dizaines d’enfants se pressent autour de nous, les cheveux et les vêtements soufflés par le vent, joyeux de cette petite tempête artificielle. Alors que l’hélicoptère repart, nous envoyant au visage des griffes de sable, les enfants se mettent à chanter à tue-tête. Je demande autour de moi : « Mais que chantent-ils avec autant d’entrain ? » Mon collègue rit : « Ça veut dire : apportez-nous la farine ! »

C’est donc par un regard espiègle et des sourires enfantins qu’ils expriment tout le drame de la région, de leur réalité : le manque de récolte, et la menace constante de la faim.

 

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Coline-Aymard

Coline aymard
Chargée de Communication

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