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AFG_2018-04-18_015 © Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

En Immersion

Sounds of Kabul #2

Figés dans la glaise

Au troisième jour de nos entretiens, le malek¹ du camp nous informe d’une triste nouvelle : en raison des fortes pluies, deux abris se sont effondrés dans le camp. Il nous propose de venir voir les dégâts.

A notre arrivée, ce grand homme souriant à la barbe blanche et à la peau bronzée nous conduit aux maisons concernées. Faites de briques, de glaise et sans fondations solides, l’humidité a eu raison d’elles. La pluie a emporté ses murs de torchis, et des briques de boue jonchent le sol. Depuis, le retour du soleil a asséché la structure, mais elle menace de s’effriter encore. Le malek soupire : ses enfants et ses petits-enfants étaient dans la maison quand les pluies torrentielles ont renversé les murs. Heureusement, personne n’a été blessé, mais il ne sait pas comment consolider l’abri.

Il ajoute :

" Si l’on essaie d’économiser de l’argent pour acheter de vraies briques et construire des maisons plus solides, le gouvernement nous demandera de payer pour cela. Cela voudrait aussi dire que nous ne partirons plus jamais "
AFG_2018-04-18_015
Abdul Malek
Camp de Dewan Bigi, Afghanistan

Alors ils reconstruiront l’abri avec la boue du sol, des bâtons et des bâches.

AFG_2018-04-18_020 © Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

Abdul Malek

© Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

AFG_2018-04-18_058 © Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

Abdul Malek

La maison d'Abdul Malek

© Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

AFG_2018-04-18_066 © Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

Abdul Malek

La maison d'Abdul Malek

© Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

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Quitter les camps

L’espoir de partir, ils sont peu à l’avoir. Échoués dans les quelques 50 « campements informels » de la ville après avoir été déplacés en raison des conflits, ils y ont aménagé leur vie faute de mieux, souvent depuis plusieurs dizaines d’années. Certains hommes parlent, avec quelques éclats dans les yeux, de partir. Ils espèrent que si ce n’est pas eux, ce sera peut-être à leurs enfants que le gouvernement accordera enfin des terres. Y croient-ils eux-mêmes ? C’est difficile à dire. Les conflits passés ont amené ces familles dans les camps, et les affrontements actuels embourbent le pays dans une situation telle que les déplacements internes continuent de saturer la ville. Cela a pour effet de gonfler plus que jamais le chômage, rendant actuellement impossible la sortie des camps. En 2017, on comptait 360 000 nouveaux déplacés² à l’intérieur du pays.

Les femmes semblent plus résignées à ce constat. Toorpikai et Fawzia ont toutes les deux vu leurs enfants souffrir de sous-nutrition. Elles n’ont guère de quoi manger autre chose que du riz et des pommes de terre, et il faut nourrir toute la famille. Le manque de diversification crée des carences chez les jeunes enfants. Se nourrir est compliqué : l’insécurité et l’instabilité ne favorisent pas les activités agricoles, mais elles entérinent la pauvreté, et la faim a gagné les camps. En tout, 1,9 million de personnes sont en insécurité alimentaire dans le pays³, soit près de 6% de la population.

AFG_2018-04-19_387 © Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

Quant à aller à l’école, ce n’est pas forcément une priorité. Les enfants vendent des sacs en plastiques et contribuent à avoir quelques maigres revenus ; or les écoles ne les acceptent pas toujours s’ils manquent d’assiduité. Alors ils vont plutôt à la madrasa, apprendre l’islam. En Afghanistan, 3,5 millions d’enfants ne vont pas à l’école4. Pour les filles, c’est encore pire.

Gul Lalay, une autre réfugiée de Dewan Bigi, explique qu’elle n’a pas été à l’école et n’attend pas que que sa fille Zainab – encore un bébé – y aille un jour. Un avenir où on quitte les camps, Gul Lalay n’y croit pas : « notre vie était comme ça dans le passé, elle est comme ça maintenant, et elle restera comme ça. Que voulez-vous qu’on fasse ? Khalas ! » conclut-elle avant de retourner à ses occupations.

Chez Gul Lalay, tout témoigne de cet entre-deux, de cette attente déçue, de cette résignation à la glaise. Son abri est mitoyen de six autres familles, et ces maisons de terre isolées par une porte de tissu forment une allée avec une cour en son centre. Dans un coin, derrière des tentures de vieux tissu, des toilettes sont improvisées. Sur un toit, un panneau solaire cassé a été récupéré et réparé pour avoir un peu d’électricité chaque jour. Plus loin, un petit jardin dans lequel poussent des légumes dont les graines ont été distribuées par des ONG. Contre un mur, une carcasse de vélo rouillé. Oui, ils se sont installés ici, malgré eux, contre leur gré, ils ont organisé leur vie.

Abdullah montre cette cour et dit « c’est ici que nous organisons les mariages. » La vie continue, les générations se succèdent, et à leur tour, selon toutes vraisemblance, elles vivront ici.

Des besoins humanitaires énormes

Cela fait plus de 20 ans qu’Action contre la Faim apporte une aide en termes de nutrition et santé, mais également en eau, assainissement et hygiène (EAH), aux populations déplacées et vulnérables.

Mission historique créée initialement en 1979 – année de naissance d’Action contre la Faim – pour venir en aide aux réfugiés Afghans au Pakistan, Action contre la Faim Afghanistan a une base opérationnelle à Kaboul depuis 1995. Dans les Kabul Informal Settlements (KIS), les populations manquent de services publics ou d’infrastructures de base, tels que l’eau potable, les services de santé ou une gestion adéquate des déchets. Les revenus des ménages sont faibles, car la grande majorité d’entre eux dépendent du travail journalier irrégulier ou du travail informel. Pour répondre à cette situation, ACF a déployé des cliniques mobiles pour dépister et traiter la sous-nutrition chez des enfants de moins de 5 ans, avec des résultats très positifs. Rien qu’entre octobre 2016 et septembre 2017, ACF a fourni un traitement pour la malnutrition aiguë à 1635 enfants et à 1197 femmes enceintes ou allaitantes ; et 8 639 enfants de moins de 5 ans ont bénéficié de consultation pour des maladies de base.

Cependant, en dépit de besoins toujours énormes, notre organisation n’est plus présente dans les KIS depuis septembre 2017, en raison du manque de financement de ces programmes.

A quelques mètres des sirènes de la ville, dans un silence qui les emmure chaque jour un peu plus, des milliers de personnes subissent une double peine : les conséquences d’un conflit qui les a touchés de plein fouet et les a forcés à fuir il y a des années ; et celles d’autres violences aujourd’hui, qui ne les touchent plus d’assez près pour que leur situation intéresse la communauté internationale.


¹ Chef communautaire
² Source Afghanistan : humanitarian response plan 2018-21

Sounds of Kabul

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