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Des pêcheurs portant leur barque et se dirigeant vers l'océan
© Edlight/lumahee pour action contre la faim

Pêche artisanale : un levier pour la sécurité alimentaire et la résilience des ménages du sud-ouest de Madagascar

La pêche artisanale est un secteur économique majeur à Madagascar, un pays qui vit essentiellement de l’agriculture et de l’élevage. Pourtant, les chocs climatiques mêlant épisodes de sécheresse et cyclones récurrents mettent à mal le secteur et les moyens de subsistance des populations locales. Pour répondre tant à des enjeux écologiques qu’alimentaires, Action contre la Faim mène un projet d’appui aux pêcheurs du littoral dans le Sud-Ouest du pays.

Atsimo-Andrefana, une région parmi les plus vulnérables de Madagascar 

La région côtière d’Atsimo-Andrefana, située dans le Sud-Ouest du pays est ouverte sur le canal du Mozambique. Dans le district d’Ampanihy Ouest, les communes d’Androka et d’Androimpano se trouvent au cœur d’un territoire entre terre et mer. Cette partie de l’île se caractérise par une vulnérabilité structurelle liée à un climat aride, à la récurrence des sécheresses et autres chocs climatiques, à son enclavement et la faiblesse des infrastructures et services publics.  

Les familles rurales font face à une insécurité alimentaire chronique et à de fortes pressions pesant sur leurs moyens de subsistance. Le niveau de pauvreté et de vulnérabilité des ménages y est un des plus élevés de Madagascar. Selon l’analyse IPC publiée le 15 juillet 2026, plus de 290 000 personnes, soit 55 % de la population analysée dans le district d’Ampanihy Ouest, sont en situation d’insécurité alimentaire aiguë élevée (Phase 3 ou plus).1 

Dans les communes d’Androka et d’Androipano, les ménages dépendent principalement de l’agriculture, de l’élevage et, dans les villages du littoral, de la pêche artisanale. Cependant, l’irrégularité des pluies, la dégradation des ressources naturelles, l’isolement de certaines localités et l’accès limité aux équipements et aux marchés fragilisent durablement leurs activités et leurs revenus. 

Le secteur de la pêche joue néanmoins en rôle majeur dans la sécurité alimentaire dans la mesure où 60% de sa production est destinée à la consommation locale et au marché national.

« Le poisson a une forte valeur nutritionnelle et apporte des micronutriments essentiels au bien-être et à l’alimentation des personnes », explique Sergino Andriamitantsoa, responsable de programme sécurité alimentaire et moyens d’existence pour ACF à Madagascar. 

Lever les obstacles à la production et à la commercialisation de la pêche 

Pour répondre aux besoins des populations, Action contre la Faim, avec le soutien financier du ministère Français de l’Europe et des Affaires Etrangères, mène le projet ‘Maharombake’ (sauver des vies) qui accompagne les communautés via des activités de relance agricole (à travers des transferts monétaires et la mise en place d’Associations Villageoises d’Epargne et de Crédit) et d’appui à la pêche. En partenariat avec le Ministère de la pêche et de l’économie bleue, le projet contribue de manière innovante à améliorer durablement les conditions de vie des communautés côtières notamment dans les communes d’Androka et d’Androipano, situées dans le district d’Ampanihy Ouest. 

« C’est la première fois qu’Action contre la Faim à Madagascar intervient dans le secteur de la pêche. Dans les villages côtiers d’Androka et d’Androipano, la pêche représente une source essentielle de nourriture et de revenus pour de nombreux ménages. Cependant, ce secteur se heurte à d’importantes contraintes techniques, économiques et environnementales.  Aujourd’hui, la pression sur les ressources halieutiques est telle que certains pêcheurs sont contraints d’aller très loin pour avoir du poisson. Le manque d’équipements adaptés peut également favoriser le recours à des pratiques peu sélectives, qui accentuent cette pression », déclare Sergino  

Malgré la richesse des eaux côtières d’Ampanihy Ouest en ressources halieutiques comme la langouste ou le poisson, les pêcheurs de la zone sont confrontés à de multiples contraintes : contraintes techniques et environnementales, logistiques et de conservation. Par ailleurs, de nombreux pêcheurs n’ont pas accès à une pirogue et dépendent de tiers pour les équipements nécessaires à la pratique de la pêche par manque de moyens financiers.

« La plupart louait du matériel à d’autres pêcheurs, les pirogues coûtent très cher et il y a peu de fabricants dans la zone. Ils sont souvent contraints d’aller jusqu’à Tuléar pour en avoir, ce qui ce qui représente une distance importante et des coûts supplémentaires », explique Sergino. 

À travers cette intervention, Action contre la Faim accompagne les pêcheurs, les transformateurs.trices et les commerçant.e.s, sur plusieurs aspects : le renforcement des capacités techniques (pratiques de pêche durable, sécurité en mer, transformation et conservation des produits), la diversification des sources de revenus (activités génératrices de revenus), le renforcement de l’accès aux marchés et à la formation. 

 « On agit sur toute la chaîne de valeur de la pêche : on fournit du matériel comme des pirogues, des filets, du matériel de plongée. Puis on aide également au maintien de la chaîne de froid en mettant à disposition des frigos solaires, des fumoirs etc. On facilite la mise en relation des pêcheurs avec des acteurs du marché afin d’améliorer la commercialisation de leurs produits en lien avec des associations de pêcheurs », explique Sergino. “ACF va au-delà d’un simple soutien matériel aux pêcheurs. Nous proposons une approche plus globale qui vise à renforcer l’autonomie des personnes et à lever les freins structurels auxquels le secteur est confronté. » 

« On travaille, entre autre, avec des partenaires comme l’entreprise Copefrito qui assure des formations sur le respect des normes et de la qualité des produits. Copefrito est également un partenaire de commercialisation qui contribue à la vente des produits de pêche.” 

pêcheur d’Andoharano, dans la zone d’intervention du projet en train de recoudre son filet de pêche
© Edlight/lumahee pour action contre la faim

Un impact positif dans le quotidien des communautés 

Félix, pêcheur d’Andoharano, dans la zone d’intervention du projet, a bénéficié d’un ensemble d’équipements allant de la pirogue, palangre, filet au masque avec tuba, gilet de sauvetage et palme. Il raconte :

« Etre pêcheur est un véritable défi au quotidien. Sans le matériel nécessaire, nos captures restent faibles et nos revenus ne suffisent pas à subvenir aux besoins de nos familles. 

Après des années de faibles revenus, notre situation financière s’améliore progressivement. Grâce au matériel reçu, nous pouvons aujourd’hui travailler plus efficacement en mer et augmenter nos captures. » 

Le projet soutient également les activités exercées par les femmes autour de la chaîne de valeur de la pêche, notamment la collecte, la conservation et la commercialisation des produits halieutiques. Lestine habite dans le fokontany (village) de Lanirano où la pêche constitue l’une des principales sources de revenus des ménages. Cependant, les moyens de production restent limités et de nombreuses familles vivent dans une situation de grande précarité. Le manque de matériel de pêche et de ressources financières freinait le développement de ses activités. Avant l’intervention du projet, Lestine achetait de petites quantités de poissons qu’elle revendait ensuite sur le marché. Faute de moyens financiers et d’accès à l’épargne, ses bénéfices restaient faibles et ne lui permettaient pas de couvrir tous les besoins de sa famille.

Lestine au marché qui vend se
© Edlight/lumahee pour action contre la faim

Grâce au projet, Lestine a intégré un groupe AVEC, une Association Villageoise d’Epargne et de Crédit, où elle a appris à épargner régulièrement et à mieux gérer ses revenus. Elle a également bénéficié d’un appui financier dans le cadre de l’Activité Génératrice de Revenus (AGR) Pêche, qui lui a permis de renforcer son activité de commercialisation de poissons. Aujourd’hui, elle peut acheter des quantités plus importantes de poissons pour les revendre, ce qui a augmenté ses bénéfices et amélioré les revenus de son ménage. Elle continue d’épargner au sein de son groupe AVEC et se sent plus confiante pour développer progressivement son commerce.

« Aujourd’hui, je peux acheter plus de poissons à revendre et mes revenus se sont améliorés grâce au projet. L’AVEC m’a appris à épargner et à mieux gérer mon commerce. J’ai maintenant plus d’espoir pour l’avenir de ma famille ». 

Depuis novembre 2025, le projet Maharombake a permis d’accompagner 1 350 pêcheurs de la région d’Atsimo-Andrefana. Une nouvelle phase du projet aura lieu cette fois dans la région voisine d’Androy grâce au soutien continu du ministère français de l’Europe et des Affaires Etrangères (IFSAN).