Communiqué de presse

RDC : 28,8 millions de personnes menacées par la faim, tandis qu’Ebola gagne du terrain
La dernière analyse du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC), réalisée en septembre, révèle une dégradation continue de la situation alimentaire en RDC, particulièrement dans l'est et le nord-est du pays. 28,8 millions de personnes souffrent d'insécurité alimentaire aiguë (Phase 3 ou 4 de l'IPC), contre 26,5 millions sur la période allant de janvier à juin 2026.
Cette détérioration est particulièrement marquée dans les provinces touchées par les conflits armés, où les violences provoquent des déplacements massifs de population, perturbent les activités agricoles et limitent l’accès aux marchés et aux services essentiels.
Dans ce contexte déjà critique, la résurgence de l’épidémie d’Ebola, qui a désormais dépassé les 10 000 cas, aggrave encore la vulnérabilité des populations. Présente dans huit provinces de la RDC et dans trois autres pays africains, l’épidémie perturbe les échanges économiques, restreint la mobilité des personnes et compromet les moyens de subsistance de nombreux ménages.
À Mongbwalu, en Ituri, la crise n’est pas seulement sanitaire, elle est aussi économique. Pour les creuseurs d’or, les commerçantes et les motards, l’arrêt de l’activité signifie bien souvent l’absence de revenus et donc de nourriture.
« Si je ne sors pas travailler avec ma moto aujourd’hui, mes enfants dorment le ventre vide ce soir. Pour nous qui vivons au jour le jour, la faim est une menace bien plus rapide qu’Ebola », témoigne un habitant de la ville, épicentre de l’épidémie.
L’épidémie affecte également l’accès aux soins et la prise en charge de la malnutrition infantile. Dans plusieurs zones de santé soutenues par Action contre la Faim, les équipes ont observé une baisse significative de la fréquentation des structures sanitaires, par crainte de contamination. À Mongbwalu, le nombre de nouvelles consultations pour la prise en charge intégrée des maladies de l’enfant est passé de 3 053 en avril à 1 285 en septembre 2026. Sur la même période, les admissions pour malnutrition aiguë ont chuté de 179 à 90 cas.
« Dans les zones touchées, de plus en plus de familles peinent à se procurer une alimentation suffisante. Or la malnutrition et les maladies sont étroitement liées : la malnutrition affaiblit les défenses immunitaires des enfants et les expose davantage à des maladies telles que la rougeole, le paludisme ou encore Ebola. Il est crucial de maintenir l’accès aux soins de santé primaires et aux programmes de nutrition afin d’éviter une aggravation de la situation », alerte Julie Drouet, Directrice d’Action contre la Faim en République démocratique du Congo.
« Répondre à la crise multidimensionnelle que traverse la RDC nécessite une approche intégrée qui s’attaque aux causes profondes de la vulnérabilité, ainsi qu’un financement prévisible et durable, afin d’aider les familles à faire face aux chocs successifs et à renforcer leur résilience sur le long terme », conclut Julie Drouet.
En République démocratique du Congo, Action contre la Faim déploie une réponse multisectorielle combinant nutrition, santé, eau, hygiène et assainissement, santé mentale et sécurité alimentaire. Face à Ebola, l’organisation soutient la prévention et le contrôle de la maladie tout en maintenant l’accès aux services essentiels de santé et de nutrition.