Communiqué de presse

Madagascar : El Niño va aggraver la crise alimentaire dans le Grand Sud
Plus de 2,5 millions de personnes sont aujourd’hui confrontées à une insécurité alimentaire aiguë dans le Grand Sud de Madagascar. Alors que la région subit déjà les conséquences d’une sécheresse sévère et de l’effondrement de la campagne agricole 2025-2026, les prévisions liées au phénomène El Niño font craindre d’importants déficits pluviométriques dans les prochains mois et une hausse globale des températures. Action contre la Faim alerte sur le risque d’une nouvelle détérioration de la situation alimentaire et nutritionnelle à partir d’octobre 2026 et appelle à une mobilisation urgente de financements.
6 districts en situation d’insécurité alimentaire d’urgence
Dans le Grand Sud de Madagascar, les populations font face aux conséquences d’une sécheresse sévère et persistante, à laquelle s’ajoute l’effondrement quasi total de la campagne agricole 2025-2026. Cette situation a entraîné une entrée précoce et prolongée dans la période de soudure, durant laquelle les réserves alimentaires des ménages s’amenuisent avant les prochaines récoltes.
Les dernières analyses du Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire (IPC) font état d’un risque élevé de détérioration rapide de la situation à partir d’octobre 2026, avec des niveaux d’urgence correspondant à la phase 4 de l’IPC, projetés dans six districts du Grand Sud.1
« On s’attend à traverser la pire crise depuis la période de ‘kéré’ de 2021. Les chiffres et estimations sont extrêmement préoccupants : plus de 500 000 enfants de moins de cinq ans devraient souffrir de malnutrition aiguë d’ici avril 2027», s’inquiète Grégoire Brou, Directeur pays d’Action contre la Faim à Madagascar. « Dans un contexte de baisse de financement généralisé de la solidarité internationale, nous sommes particulièrement inquiets de l’évolution des besoins humanitaires dans le pays et de notre capacité à y faire face ».
El Niño pourrait accentuer la pression sur les populations
À cette situation déjà fragile s’ajoutent des perspectives climatiques défavorables. Les prévisions associées au phénomène El Niño font craindre d’importants déficits de précipitations, susceptibles d’affecter une nouvelle fois les récoltes, les moyens de subsistance des populations ainsi que leur accès à l’eau potable.
Selon les prévisions climatiques, le phénomène El Niño devrait s’intensifier au cours des prochains mois, avec des effets susceptibles de se prolonger jusqu’en 2028. Dans le Grand Sud de Madagascar, cette situation pourrait entraîner plusieurs campagnes agricoles déficitaires consécutives, fragiliser davantage les moyens de subsistance des ménages et prolonger la crise alimentaire et nutritionnelle bien au-delà de la prochaine période de soudure.
« La période de soudure de fin 2027 risque d’être plus précoce et plus sévère, avec un risque de poches en IPC5, ce qui correspond à un niveau de malnutrition extrêmement critique ».
« Nous sommes face à des familles dont les capacités à absorber de nouveaux chocs sont aujourd’hui extrêmement limitées. Agir avant que la situation ne se détériore davantage permettra non seulement de protéger des vies, mais aussi d’éviter que des ménages déjà très vulnérables ne perdent leurs derniers moyens de subsistance », explique Grégoire Brou.
Face à ces prévisions, Action contre la Faim a déjà activé plusieurs mécanismes de financement anticipatoire, notamment avec le soutien d’ECHO, IFSAN, et de Start Ready. Ces interventions permettront d’atteindre près de 20 000 personnes parmi les ménages les plus vulnérables, en particulier les femmes enceintes et allaitantes ainsi que les enfants de moins de cinq ans. Les activités visent notamment à renforcer les capacités des ménages à faire face à la période de soudure à venir à travers un appui précoce leur permettant de constituer des réserves alimentaires et de réduire leur exposition aux chocs annoncés.
Action contre la Faim appelle à plus de financements
Face au risque d’aggravation de la situation, Action contre la Faim appelle les bailleurs et partenaires à débloquer des financements anticipés, flexibles et à la hauteur des besoins.
« Il est encore temps d’agir. Des financements doivent être mobilisés dès maintenant afin de mettre en œuvre des actions anticipatoires et de limiter les conséquences des chocs annoncés. A l’aube de cette nouvelle crise, il est essentiel de maintenir les interventions essentielles en nutrition afin de protéger les populations et de préserver au mieux leurs moyens de subsistance ».
Aujourd’hui, selon le Plan de Réponse Humanitaire, seuls 72 % des besoins sont couverts2. Alors que le Grand Sud de Madagascar demeure confronté à une crise humanitaire majeure et sous-financée, une mobilisation rapide peut encore permettre de prévenir une nouvelle dégradation de la situation et d’en limiter les conséquences pour les populations les plus vulnérables.