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© Aicha Fall pour Action contre la Faim

Encourager l’autonomie financière des femmes pour renforcer leur indépendance

Dans la région du Tchologo, dans le Nord de la Côte d’Ivoire, l’agriculture demeure la principale source de revenus et les femmes sont le plus souvent en charge des activités agricoles. Cependant, avant la mise en place du projet ACT-Femmes par Action contre la Faim, les femmes cultivaient essentiellement du maïs qui étaient récolté pendant les deux mois d’été. Le reste de l’année était consacré aux autres tâches domestiques sans que cela ne rapporte de revenus pour la famille. Depuis trois ans maintenant, ces femmes, rassemblées dans un groupement agricole, pratiquent le maraîchage à l’année, produisant principalement du riz, gombo et des oignons qui sont ensuite revendus au marché.  

Dans la localité de Tchinlovogo, Coulibaly Drissa, chef du village explique comment ce projet a changé la dynamique entre les habitants« Aujourd’hui, grâce à la mise en place de ce groupement, les femmes participent activement à la vie du village et peuvent aider les hommes, d’égal à égal. On s’assoit ensemble, on discute et on associe les femmes aux prises de décisions qui concernent le village. Grâce à leurs revenus agricoles, les femmes ont financé la construction de l’école, la rénovation du moulin et l’achat d’un tricycle. Avant l’arrivée d’ACF dans notre village, je n’aurais jamais imaginé que les femmes puissent autant nous soutenir mais elles ont réussi à nous convaincre et nos comportements ont aussi changé, en faveur des femmes ». 

Action contre la Faim a soutenu 35 groupements agricoles de femmes comme dans ce village et a fourni un appui en nature (semences) et en fonds de roulement pour l’investissement dans des activités génératrices de revenus. Les équipes ont également accompagné le développement de la vie associative, apporté un support technique en comptabilité simplifié et dans l’élaboration et le suivi de leur plans d’affaires.  

© Aicha Fall pour Action contre la Faim

A Tchinlovogo, soixante femmes font partie de ce groupement et Soro Mariam en est la présidente. « En tant que responsable du groupement, j’ai acquis beaucoup d’expérience et pu être formée. Désormais, j’arrive à mieux appréhender et à gérer les difficultés du quotidien. Je suis également très fière d’avoir participé financièrement à la restauration de notre moulin. Avant, avec les autres femmes, les funérailles étaient quasiment l’unique moment où nous étions réunies alors qu’aujourd’hui, on se voit tous les jours pour parler des récoltes, des bénéfices réalisés et comment les redistribuer. En général, une partie est épargnée pour le village et chaque femme reçoit une partie qu’elle peut utiliser comme elle le souhaite. Pour ma part, cela m’a permis à financer la scolarité de mes enfants ». 

Une fois que les femmes ont pu générer des revenus réguliers, elles peuvent alors épargner et confier leur argent à une Association Villageoise d’Épargne et de Crédit (AVEC). Pratiquement, les membres se réunissent une fois chaque semaine. Chacune peut épargner selon un montant fixé collectivement, en tenant compte des capacités financières de la personne la plus vulnérable. Le montant de la part peut varier entre 200 FCFA, 500 FCFA et 1 000 FCFA selon le choix du groupe. Chacune d’entre elles peut épargner jusqu’à 5 parts maximum par réunion soit un montant pouvant aller de 2 500 FCFA à 5 000 FCFA, en fonction de la valeur de la part. Pour ce cycle, le groupe de Tchinlovogo a choisi 1 000 FCFA par part, adapté aux capacités de ses membres. L’épargne est facultative, mais une cotisation solidaire obligatoire de 100 FCFA est exigée et destinée à l’entraide en cas d’événements heureux ou malheureux, conformément aux règlements intérieurs.

Sinon, les activités des AVEC fonctionnent en « cycle » d’une durée de 9 ou 12 mois, au bout de laquelle les épargnes accumulées et les bénéfices tirés des prêts sont répartis entre les membres proportionnellement au montant qu’ils ont épargné.

© Aicha Fall pour Action contre la Faim

Des classes d’alphabétisation sont également proposées. Serge Kouassi est instituteur à Tchinlovogo. « Je travaille dans ce village depuis octobre 2025 et c’est la première fois que je travaille avec des adultes. Si j’avais quelques appréhensions à mon arrivée, je me rends compte que je fais face à des personnes vraiment volontaires, qui n’avaient pas eu la chance d’aller à l’école mais qui ont des besoins spécifiques comme lire et compter pour mener à bien leurs activités. Je les aide à devenir autonome et ces cours ont tellement de succès que les hommes veulent aussi les suivre ».  


Le projet ACT-Femmes, financé par le gouvernement du Canada, a pour ambition de permettre aux femmes et aux adolescentes de s’émanciper et de gagner en autonomie en améliorant leur accès aux services de santé, en garantissant leurs droits et en encourageant leur implication dans la prise de décisions familiales et collectives. L’indépendance financière est un des leviers pour y parvenir.  

55 groupes AVEC dont 33 créés avec l’appui direct d’Action contre la Faim et 22 groupes spontanément initiés par les communautés sont soutenus et suivi dans le cadre de ce projet. Ce sont près de 1650 femmes et adolescentes et 90 hommes qui ont  contribué à mobiliser une épargne communautaire de 134 millions FCFA (soit environ 204 000 €) avec 1515 crédits  octroyés d’une valeur de 83 millions FCFA (soit 126 000 £) L’organisation de séances de sensibilisation communautaires a permis de toucher plus de 90 000 personnes.