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Apporter des soins et des conseils dans les villages isolés
Pour améliorer l’accès aux services de santé dans la région du Tchologo, au nord de la Côte d’Ivoire, les équipes d’Action contre la Faim ont lancé des activités décentralisées, en dehors des centres de soins. Cette initiative, menée en collaboration avec les autorités sanitaires, permet d’atteindre certaines communautés éloignées du système de santé que ce soit par manque d’informations, à cause de difficultés financières ou isolées.
« Quand le projet a débuté, dans certains villages, j’ai rencontré des patients qui n’avaient jamais fréquentés un centre de santé, des femmes sans carnet de santé voire certaines personnes qui n’avaient même jamais entendu parler de l’existence d’un centre de santé à proximité. Certains infirmiers ou sages-femmes ne se sont pas déplacées à plus de 5km auparavant », confie Yao Marie Cécile Victoire, sage-femme et responsable adjointe du volet santé maternelle et infantile sur le projet ACT-Femmes.
Depuis 2021, dans trois départements du Nord de la Côte d’Ivoire – Ferkessédougou, Kong et Ouangolodougou – les équipes d’Action contre la Faim mettent en œuvre le projet d’Autonomisation des Femmes et Adolescentes des Communautés du Tchologo (ACT-Femmes) financé par Affaires mondiales Canada. Même si la Côte d’Ivoire est aujourd’hui un pays qui affiche de bons résultats économiques, les disparités régionales persistent et le Nord concentre l’essentiel des besoins humanitaires. Les inégalités entre les hommes et les femmes restent fortes et les indicateurs en santé et droits sexuels et reproductifs témoignent de défis majeurs pour les Ivoiriennes. Selon l’Etude démographique sanitaire (EDS-CI) le taux de mortalité maternelle est de 385 décès sur 100 000 naissances vivantes. On estime également que 37% des femmes de 15 à 49 ans ont subi des mutilations génitales et qu’une femme sur deux utilise un moyen de contraception moderne.

« Deux fois par mois, nous déplaçons le centre de santé dans un village pour apporter des soins de qualité. La nouveauté avec le projet ACT-Femmes est d’avoir intégré, et donc de pouvoir offrir à ces populations, des conseils juridiques avec notre partenaire l’association des Femmes Juristes de Côte d’Ivoire et également des soins en santé mentale » précise Yao Marie Cécile Victoire.
En pratique, en l’espace d’une demi-journée, plusieurs stands sont mis en place pour accueillir gratuitement et conjointement les habitants du village et des environs. En collaboration avec le Centre Social du département, ces moments de rassemblement où certaines personnes peuvent venir de villages à des dizaines de kilomètres pour profiter de ces services voire de pays voisins sont l’occasion d’organiser des séances de sensibilisation collectives en parallèle des consultations de santé.
Par exemple, dans le village de Korodiala, dans le département de Kong, les équipes ont organisé une séance de sensibilisation et de discussion sur les mariages forcés avec des mineurs. Même si ces pratiques sont interdites par la loi tout comme les mutilations génitales, elles restent encore largement pratiquées dans la région, où de nombreuses communautés qu’elles soient sédentaires ou nomades continuent d’y avoir recours. Ces séances sont l’occasion d’expliquer les conséquences pour les femmes et les filles de telles pratiques, qu’elles soient médicales ou légales.
Au stand de la santé materno-infantile, les soignants fournissent des informations et des conseils aux femmes sur l’accouchement, l’importance des consultations prénatales et de la planification familiale pour mieux planifier les grossesses. Les discussions entre les mères et les filles sont encouragées pour qu’elles puissent parler ensemble des grossesses non-désirées et ainsi mieux les éviter. Les femmes enceintes qui ne sont pas allées à leur rendez-vous de contrôle peuvent également consulter.
« J’avais un rendez-vous ce mois-ci à l’hôpital pour ma grossesse. Hier soir, mon mari et moi en avons encore parlé. Aujourd’hui, nous sommes venus écouter les échanges avec les agents de santé et participer aux consultations s’il y en a. Quand ils viennent, nous en profitons pour écouter leurs conseils, consulter ou parler d’un problème de santé si nous en avons. Ce matin, je me suis heureusement levée en bonne santé » témoigne Ouattara Adja, une jeune mère de famille.
Pour les enfants de 0 à 5 ans, un grand rattrapage vaccinal est proposé – BCG, hépatite A, DT polio, rougeole, fièvre jaune, supplémentation en vitamine A, pneumonie… soit 11 pathologies couvertes dont le nouveau vaccin contre le paludisme. Au stand nutrition, les mamans reçoivent des informations et conseils pour cuisiner trois groupes d’aliment afin de bien nourrir son enfant pour qu’il soit en bonne santé. Des consultations généralistes sont aussi disponibles et pour ceux qui présentent certains symptômes du paludisme, le patient sera testé et traité gratuitement. Pour les autres pathologies, le patient sera référé au centre de santé le plus proche. Enfin, des séances d’écoute individuelle sont également offertes pour les personnes qui ont besoin de soins en santé mentale.
« Nous avons déjà mené ces activités dans une centaine de localités. Je suis très fière de ce travail accompli. Les diagnostics que nous avons posés ont permis de prendre précocement en charge certains pathologies et de les traiter. Les activités de vaccination permettent de protéger les plus jeunes. Ce sont des vies que nous sauvons grâce à notre présence » conclut Yao Marie Cécile Victoire.
Le projet ACT-Femmes, financé par le gouvernement du Canada, a pour ambition de permettre aux femmes et aux adolescentes de s’émanciper et de gagner en autonomie en améliorant leur accès aux services de santé, en garantissant leurs droits et en encourageant leur implication dans la prise de décisions familiales et collectives. Il promeut également l’indépendance financière des femmes en soutenant notamment la mise en place d’activités génératrice de revenus et de cours d’alphabétisation. Pour lutter contre les violences basées sur le genre, des séances de sensibilisation sont organisées régulièrement avec l’Association des Femmes juristes qui soutient également les victimes de ces violences.
Le projet ACT-Femmes a pour ambition de permettre aux femmes et aux adolescentes de s’émanciper et de gagner en autonomie en améliorant leur accès aux services de santé, en garantissant leurs droits et en encourageant leur implication dans la prise de décisions familiales et collectives. L’indépendance financière est un des leviers pour y parvenir.
55 groupes AVEC dont 33 créés avec l’appui direct d’Action contre la Faim et 22 groupes spontanément initiés par les communautés sont soutenus et suivi dans le cadre de ce projet. L’organisation de séances de sensibilisation communautaires a permis de toucher plus de 90 000 personnes.