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Pakistan inondations 2026
© Zaynab Anees pour Action contre la Faim

Après les inondations, l’hiver expose une nouvelle fois les familles de Buner

Au Pakistan, alors que les inondations dévastatrices de 2025, aggravées par les effets du dérèglement climatique, ont dévasté des milliers de foyers dans la vallée de Buner, les populations sinistrées ont dû affronter un autre défi majeur : l’arrivée d’un hiver particulièrement rude. En complément des actions d’urgence mises en œuvre au Pakistan, Action contre la Faim déploie un soutien hivernal, offrant aux familles les moyens de traverser la saison froide dans des conditions plus sûres.

Située dans le Khyber Pakhtunkhwa, la vallée de Buner est habituellement connue pour ses montagnes boisées, son climat tempéré et sa relative protection face aux aléas extrêmes. Depuis des générations, la chaîne d’Ilam, dominée par le mont Elum Ghar culminant à 2 800 mètres, a servi de barrière naturelle à ses habitants. 

Mais le 15 août 2025, un épisode de pluie d’une intensité exceptionnelle, suivi d’inondations destructrices, a rappelé que même les régions historiquement préservées ne sont plus épargnées par les effets du dérèglement climatique. 

Un événement météorologique inhabituel 

À Deewana Pir Baba, où vivent notamment 120 familles sikhes, pour la plupart des marchands tenant des magasins de tissus dans le bazar animé, les pluies se sont transformées en crues soudaines en quelques minutes. 

Pakistan inondations 2026
© Zaynab Anees pour Action contre la Faim
Kelash Kumari, membre de la communauté sikhe, lors de la distribution à Pir Baba, dans le district de Gadezai 

Kelash Kumari, résidente de longue date, se souvient de la rapidité du phénomène : des torrents d’eau charriant des pierres et de la boue ont envahi les maisons, endommageant sévèrement les modestes maisons et les commerces, y compris le magasin de tissus familiale qui constituait l’unique revenu de son foyer.  

À 10 heures du matin, raconte-elle, ce qui avait commencé par une fine pluie s’est transformé en une averse torrentielle. En quelques minutes, les nuages se sont déchirés au-dessus des montagnes d’Ilam, entrainant par la suite des inondations jusqu’alors jamais connues à Deewana Pir Baba : « Ce bruit… Je ne l’oublierai jamais. C’était comme si la terre se déchirait. » témoigne-t-elle. 

Poussée par l’urgence, elle s’est précipitée chez un voisin dont la maison commençait à s’emplir d’eau, pour l’aider. Quelques minutes plus tard, sa propre maison était submergée. Trois mètres d’eau ont envahi les pièces, détruisant tout sur leurs passages. En un instant, tout avait disparu. La boutique de vêtements de son mari, située à Peer Baba Bazaar, à elle aussi été emportée : « Tout ce que nous avions a été emporté : la maison, le magasin, nos biens. Ce jour-là a changé notre vie à jamais. » confie-t-elle. 

Comme la famille de Kelash, des milliers d’habitants ont perdu leur foyer et leurs moyens de subsistance. A Buner, 504 personnes ont perdu la vie et plus de 3 200 habitations ont été détruites*. À l’échelle de la province, 1,57 million de personnes ont été affectées.1 

En réponse à cette catastrophe, en étroite coordination avec le Département des secours en cas de catastrophe KPK et avec le soutien financier de l’Agence suédoise de coopération internationale au développement (SIDA) Action contre la Faim a déployé une réponse d’urgence visant à :  garantir l’accès aux services de santé essentiels grâce à des camps médicaux mobiles ; distribuer des kits de santé et d’hygiène ; réhabiliter des sources d’eau pour rétablir l’approvisionnement en eau potable et construire des latrines résistantes au climat afin de promouvoir des pratiques d’assainissement plus sûres.  

En partenariat avec l’organisation locale Initiative for Development & Empowerment Axis (IDEA), nos équipes ont mis en œuvre une réponse plus réactive, plus durable et plus axée sur la communauté, ne s’arrêtant pas uniquement à l’urgence.  

Aux côtés des communautés, Action contre la Faim a ainsi pu travailler à restaurer l’accès aux services essentiels, à reconstruire les moyens de subsistance et à réduire la vulnérabilité face aux chocs futurs. Cette vision globale a permis non seulement d’apporter une réponse immédiate, mais aussi de préparer les familles à affronter des risques climatiques croissants : comme l’arrivée de l’hiver particulièrement rude dans les zones montagneuses du Khyber Pakhtunkhwa.  

L’hiver, une nouvelle menace pour les sinistrés de Deewana Pir Baba

Alors que les familles de Deewana Pir Baba, comme celle de Kelash, n’ont pas encore pu se remettre entièrement de la catastrophe, l’hiver, saison traditionnellement rude et difficile dans cette partie montagneuse du Pakistan, devient une menace supplémentaire.  

Pour des ménages déjà profondément fragilisés par les inondations, ces conditions représentent un risque majeur et aggrave une situation déjà critique. Ayant perdu leurs habitations ou vivant encore dans des structures endommagées, et privés de la plupart de leurs biens essentiels (vêtements chauds, couvertures, literie) les familles se retrouvent aujourd’hui extrêmement vulnérables.  

Pour faire face au froid, les équipes d’Action contre la Faim ont distribué 240 kits d’hiver à 2 040 personnes dans le cadre de leur intervention dans le Khyber Pakhtunkhwa.  

Parmi elles, Kelash et sa famille ont ainsi pu recevoir ces kits contenant des couvertures, des pulls, des chaussettes et d’autres articles essentiels. Ce soutien leur a permis de maintenir un minimum de confort thermique durant les semaines les plus froides de l’année. « Ces kits sont essentiels pour nous permettre de survivre aux hivers rigoureux de Buner. Tout ce que nous possédions auparavant a été emporté par les inondations. Grâce à cette aide, nous pouvons garder nos enfants au chaud et en sécurité. » témoigne Kelash. 

Aujourd’hui, Kelash rêve de reconstruire sa vie. Son optimisme reflète la résilience d’une communauté qui refuse de se laisser briser par la tragédie. « Nous nous relèverons », dit-elle avec une détermination tranquille : « Ce n’est pas la fin pour nous. » déclare-t-elle. 

Le parcours de Kelash Kumari est plus qu’une histoire de survie, c’est un rappel de la façon dont le dérèglement climatique bouleverse les équilibres naturels, déclenche des catastrophes dans des régions jusque‑là épargnées et expose les communautés à des hivers plus rudes, des saisons de plus en plus imprévisibles et une vulnérabilité accrue aux aléas climatiques extrêmes. 

Le Pakistan reste parmi les 10 pays les plus exposés aux impacts du dérèglement climatique. L’ampleur des défis à relever est immense.  

La fonte accélérée des glaciers, combinée à la déforestation et l’érosion des sols augmentent considérablement le risque d’événements extrêmes, y compris dans des zones longtemps considérées comme protégées.  

En 2022 la banque mondiale avertissait déjà que le Pakistan aura besoin de 348 milliards de dollars d’ici 2030 pour s’adapter, investir dans des systèmes d’alerte précoce, des infrastructures intelligentes sur le plan climatique et la restauration des écosystèmes. Sans une action urgente, des catastrophes comme celle qui a frappé la vallée de Buner, autrefois considérée comme à l’abri de tels extrêmes, deviendront la nouvelle norme.