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activités de dépistage nutritionnel menées à Ambovombe (Madagascar)
© Action contre la Faim

Anticiper pour mieux prévenir les cas de malnutrition

Mise en place d’un projet-pilote au Mali et à Madagascar

Quand une crise frappe, il est souvent trop tard pour éviter ses conséquences les plus graves. Inondations, sécheresses, cyclones, épidémies, conflits… Ces événements, de plus en plus fréquents et intenses, bouleversent la vie de millions de personnes, détruisent les récoltes, perturbent l’accès à l’eau et aux soins, aggravent la pauvreté et la situation nutritionnelle des communautés. Dans ces situations, la malnutrition n’est pas uniquement un dommage collatéral : elle devient l’une des premières conséquences qui peut être atténuée en mettant en place des actions anticipatoires.

Comment prévenir la malnutrition dans ces contextes de crise ?

Au sein de certains de ses projets, les équipes d’Action contre la Faim ont mis en place des protocoles pour agir avant qu’un choc prévisible ne survienne, en s’appuyant sur des signaux d’alerte et des déclencheurs prédéfinis. L’idée est simple : préparer et protéger les communautés ainsi que renforcer les systèmes de santé plutôt que d’attendre pour intervenir.

Concrètement, les équipes peuvent pré positionner des stocks alimentaires et médicaux au niveau des abris d’urgence, diffuser des messages d’alerte et de risques qui peuvent permettre d’aider les communautés à sécuriser leurs récoltes et leurs bétails, ou encore mettre en place des transferts monétaires pour que les familles puissent protéger leurs biens, renforcer leurs abris et accéder aux soins en amont. Après plusieurs années d’expérimentation et selon une étude récente, les résultats démontrent que cette approche est plus économique avec un ratio de 7$ de dommages évités et bénéfices créés pour chaque 1$ investi[i].

A travers un projet financé par l’agence suédoise de coopération internationale pour le développement (SIDA), les équipes d’Action contre la Faim ont voulu intégrer la problématique de la gestion de la malnutrition dans les mesures anticipatoires à adopter pour éviter les ruptures de prise en charge et ainsi mieux protéger les enfants et les femmes enceintes ou allaitantes. Les principaux objectifs sont de réduire les pics de malnutrition habituellement observés après un événement traumatique, garantir la continuité des soins et des parcours nutritionnels, même en période de crise.

Les activités au Mali et à Madagascar

Avant d’implémenter ce projet, une première phase de recherche et de discussions a d’abord été menée avec la population, les autorités et les acteurs de la santé et de la nutrition, pour cartographier les risques et les besoins, analyser l’impact des aléas sur la nutrition et définir des actions concrètes adaptées à chaque contexte.

Au Mali, à Ségou et Bamako, la population est principalement préoccupée par les difficultés d’accès à des structures de santé lorsque les eaux du fleuve Niger montent. Les participant.e.s ont proposé la mise en place de cliniques mobiles, la relocalisation des centres de santé menacés par les inondations, et la création d’espaces à l’abri pour les femmes et les enfants. Des stocks de produits nutritionnels, des médicaments et des kits d’hygiène peuvent être également déjà entreposés dans des conteneurs étanches, prêts à être déployés en cas d’urgence. Il a aussi été recommandé de renforcer le système de communication en cas d’alertes grâce à des messages diffusés par radio, WhatsApp et même des crieurs publics, pour atteindre le plus grand nombre de personnes.  

À Madagascar, où la sécheresse et les cyclones menacent en permanence, les ateliers à Tananarive et Ambovombe ont permis de définir des actions adaptées : transferts monétaires pour aider les familles à accéder aux soins en amont, distribution de compléments nutritionnelspour les enfants et les femmes enceintes ou allaitantes, et sensibilisation aux bonnes pratiques alimentaires. Des dispositifs d’évacuation et des cliniques mobiles ont été intégrés aux plans ainsi que des activités de dépistage de la malnutrition pour intervenir rapidement auprès des plus vulnérables.

Après ces moments d’échange, les équipes d’Action contre la Faim ont travaillé avec ses partenaires pour renforcer les systèmes d’alerte. Des radios ont été fournies aux comités locaux et des sensibilisations organisées auprès de la population pour mieux anticiper et réagir face à ces crises pour reprendre le contrôle sur ces événements, au lieu de les subir. Au Mali et à Madagascar, ce sont maintenant près de 350 000 personnes qui seront mieux protégées en cas d’alerte et de choc. Les experts d’Action contre la Faim continuent de suivre la mise en œuvre de ces recommandations ainsi que leur utilisation par les populations concernées. Cette approche et ses premières expériences vont être également partagées avec des partenaires d’Action contre la Faim pour que ces mesures puissent être répliquées dans d’autres contextes et que l’anticipation nutritionnelle devienne une norme dans la gestion des risques.


[i] FAO, OCHA and WFP. 2025. Saving lives, time and money – Evidence from anticipatory action, May 2025. Rome. https://doi.org/10.4060/cd5250en