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Améliorer l’accès aux soins de santé au Baloutchistan
Avec une population de 260 millions d’habitants, le Pakistan figure parmi les pays les plus vulnérables au changement climatique au monde.
Les chocs climatiques et les difficultés économiques, notamment l’insécurité alimentaire, la faible diversité alimentaire et l’inflation des prix des denrées, ont plongé 7,5 millions de personnes dans des niveaux élevés d’insécurité alimentaire aiguë, avec de nombreuses familles qui peinent à se nourrir correctement. Le Baloutchistan, qui comprend à la fois des zones urbaines et rurales, figure parmi les provinces les plus touchées. Les conflits, la pauvreté chronique, le manque d’infrastructures de santé fonctionnelles et les sécheresses récurrentes exercent une pression croissante sur les communautés. Au cours des dernières décennies, ces défis se sont multipliés et aggravés, fragilisant davantage les moyens de subsistance et l’accès aux services essentiels.
Une région aux réalités complexes
Situé dans le sud-ouest du Pakistan, à la frontière avec l’Afghanistan et l’Iran, le Baloutchistan est la plus vaste province du pays et abrite près de 15 millions d’habitants. Environ 69 % de la population vit dans des zones rurales, tandis que l’activité économique est principalement concentrée dans la capitale provinciale, Quetta. De vastes étendues de territoire s’étendant jusqu’à la mer d’Arabie demeurent faiblement peuplées. Bien que le Baloutchistan soit la plus grande province du Pakistan et qu’il dispose d’importantes ressources naturelles, de nombreuses communautés continuent de faire face à la pauvreté importante et à un accès limité aux services de base. Cette situation en fait l’une des régions les plus marginalisées et les moins desservies du pays.
Au cours des dernières années, le Baloutchistan a été confronté à une succession de chocs climatiques. En avril 2025, des précipitations exceptionnellement intenses ont provoqué de graves crues soudaines dans plusieurs districts de la province. En 2022, des pluies de mousson sans précédent ont entraîné des inondations dévastatrices à travers le Pakistan, touchant plus de 33 millions de personnes et détruisant des habitations, des infrastructures, des cultures et des moyens de subsistance dans l’ensemble du pays.
Le Baloutchistan accueille depuis longtemps une importante communauté afghane. Depuis le lancement du plan de rapatriement par le gouvernement pakistanais en 2023, de nombreuses familles sont retournées en Afghanistan, tandis que les mouvements de population se poursuivent. Associées à un accès limité aux soins de santé et à une insécurité persistante, ces dynamiques exercent une pression supplémentaire sur des services de santé et de nutrition déjà fortement sollicités dans le nord du Baloutchistan.
Situation sanitaire et nutritionnelle au Baloutchistan
Dans les zones rurales reculées du Baloutchistan, les établissements de santé sont souvent rares et peuvent se trouver à plusieurs heures de route du domicile des habitants. La pénurie de professionnels de santé qualifiés, dont la plupart sont concentrés dans les centres urbains, limite encore davantage l’accès aux soins. Pour les femmes, les normes sociales et les restrictions de mobilité constituent des obstacles supplémentaires, rendant plus difficile le suivi régulier des consultations médicales pendant la grossesse et après l’accouchement.
Afin de mieux comprendre la situation nutritionnelle dans des zones spécifiques, Action contre la Faim mène des enquêtes SMART, une méthodologie reconnue pour mesurer l’état nutritionnel et la mortalité dans les contextes d’urgence et de transition.
Des enquêtes récentes menées au Baloutchistan entre mai et juillet 2026 ont révélé une situation nutritionnelle critique à Quetta, Killa Saifullah et Pishin. Les taux de malnutrition aiguë chez les enfants de moins de cinq ans ont dépassé les seuils d’urgence internationalement reconnus dans ces trois districts et ont atteint des niveaux particulièrement alarmants à Quetta et Killa Saifullah. La malnutrition chronique est également très répandue : jusqu’à quatre enfants sur dix souffrent d’un retard de croissance dû à une sous-alimentation prolongée. De nombreux enfants présentent également une insuffisance pondérale, ce qui reflète les effets conjugués d’une alimentation inadéquate, de la maladie et d’un accès limité aux services de santé et de nutrition. Plus préoccupant encore, plus de neuf enfants malnutris sur dix n’étaient pas inscrits à un programme de prise en charge nutritionnelle.
Des services de santé au plus près des communautés
Présentes au Baloutchistan depuis 2022, les équipes d’Action contre la Faim ont constaté les difficultés auxquelles les familles sont confrontées pour accéder aux services de santé et de nutrition. Une évaluation des besoins menée en décembre 2024 à Pishin, Quetta et Killa Saifullah a confirmé l’ampleur de ces besoins. Près de neuf enfants sur dix avaient été malades au cours des semaines précédant l’enquête, souffrant le plus souvent de toux, de fièvre, d’infections pulmonaires et de paludisme. L’accès aux soins de santé a un coût élevé et reste un défi majeur, car près de la moitié de la population vit à plus de 10 kilomètres du centre de soins de santé primaire le plus proche.
Pour contribuer à combler cette lacune, Action contre la Faim, grâce à un financement de l’Union européenne, travaille aux côtés des établissements de santé locaux afin de rapprocher les services essentiels de santé, de nutrition et de santé mentale des communautés. L’organisation soutient la prise en charge de la malnutrition aiguë grâce à un réseau de neuf programmes thérapeutiques ambulatoires (PTA) qui opèrent au sein d’établissements de santé et de camps de santé mobiles. Des camps de santé mobiles sont organisés toutes les deux semaines, permettant aux enfants inscrits au programme d’assister à des séances de suivi, d’être suivis par des assistants en nutrition et de recevoir le traitement et les conseils dont ils ont besoin. Pour atteindre les familles vivant dans des zones reculées et difficiles d’accès, des agents de santé communautaires mènent régulièrement des actions de porte-à-porte afin de sensibiliser la population à la malnutrition, d’identifier les enfants nécessitant des soins et de les orienter vers les services appropriés. Rien que cette année, les interventions nutritionnelles ont permis de venir en aide à 27 650 enfants de moins de cinq ans dépistés pour malnutrition aiguë.
Dans ces mêmes établissements, les futures mères peuvent bénéficier de services de soins prénataux et postnataux.
« Lorsqu’une femme enceinte se rend dans notre établissement, nous procédons à un bilan de santé afin de détecter le plus tôt possible d’éventuelles complications »
Abda, agente de santé au Centre de santé rural (RHC) de Samalai, à Quetta
« Dans le cadre des soins de routine, les mères peuvent bénéficier de huit consultations prénatales tout au long de leur grossesse. En cas de problème, elles peuvent être examinées rapidement et orientées vers des soins supplémentaires si nécessaire. Certaines femmes souffrent de complications post-accouchement, tandis que certains nouveau-nés sont confrontés à des problèmes de santé liés à la malnutrition. Nous sommes là pour les accompagner à chaque étape. »

Les services de santé mentale constituent un élément clé du programme, offrant aux personnes un espace sûr pour s’exprimer, chercher du soutien et bénéficier d’un accompagnement psychologique pour faire face aux défis du quotidien. Bien que les croyances culturelles et la stigmatisation demeurent très présentes dans de nombreuses communautés, certains patients choisissent de demander de l’aide et trouvent le courage de franchir le seuil du centre.
« Nous nous sommes traditionnellement concentrés uniquement sur la santé physique ; peu d’efforts ont été consacrés à la santé mentale », explique Kainat Jogezai, psychologue au Centre de santé rural (RHC) de Samlai, à Quetta.
« Dans cette région en particulier, les difficultés financières et les pressions sociales affectent souvent la santé mentale des personnes, notamment chez les femmes qui souffrent d’un manque d’opportunités. » En réponse, les équipes médicales proposent des séances de conseil individuelles et collectives, créant ainsi des espaces sécurisants où les personnes peuvent trouver du soutien et partager leurs expériences. Depuis juin 2026, 9 147 personnes ont bénéficié de services de santé mentale et de soutien psychosocial, qui les ont aidées à surmonter leur détresse émotionnelle et à améliorer leur bien-être.
Les activités en cours visent à venir en aide à un total de 129 000 personnes, parmi lesquelles des femmes, des hommes et des enfants issus tant des communautés d’accueil que des communautés de réfugiés, dans les districts de Quetta, Pishin et Killa Saifullah, au Baloutchistan.