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DHELO Léonard Un agent d'hygiène et de décontamination au Centre De Santé Notre Dame De La Charité Maternelle Mongbwalu
© Patient Kabukulu pour Action contre la Faim

2 mois d’épidémie Ebola : où en est-on ?

la 17e épidémie Ebola en République Démocratique du Congo a été officiellement déclarée. Deux mois après l’apparition des premiers cas dans la province de l’Ituri, le nombre de contaminations et de décès continue d’augmenter. En parallèle, la faim progresse avec plus de 1,15 million de personnes en insécurité alimentaire aiguë dans les provinces touchées. Depuis le début de l’épidémie, les équipes d’Action contre la Faim répondent aux besoins des populations, dans un contexte marqué par de nombreux défis humanitaires et sécuritaires propres à cette région de la RDC.

L’épidémie gagne du terrain

A ce jour, le seuil des 700 décès a été dépassé. Selon l’OMS, il s’agit de l’épidémie d’Ebola la plus virulente observée en Afrique au cours de son premier mois, avec un nombre record de cas confirmés. « Depuis plusieurs semaines, on comptabilise plus de 300 cas hebdomadaires », précise Michele Torti, coordinateur d’urgence pour Action contre la Faim en RDC.

Dans le même temps, le taux d’occupation des lits dans les centres de traitement Ebola (CTE) s’élève à 90% ce qui reflète le manque de moyen malgré les efforts pour contrôler l’épidémie.

« Les centres de santé réfèrent systématiquement les patients symptomatiques aux CTE, générant une surcharge au niveau des CTE, des centres d’isolement et de transit », explique Michele Torti.

L’inquiétude grandit également face à l’extension géographique de l’épidémie. L’épidémie se propage désormais dans les provinces voisines du Haut-Uélé et de la Tshopo.

« Les cas augmentent, la mortalité progresse et les zones affectées se multiplient. La dynamique de propagation ne montre aucun signe de ralentissement », poursuit-il.

Cette évolution est particulièrement préoccupante à Kisangani capitale de la Province de la Tshopo.

« Kisangani est une grande ville située au bord du fleuve Congo, au cœur d’un important réseau fluvial et commercial. Les mouvements de population y sont nombreux, ce qui accroît le risque de propagation du virus et complique les efforts de contrôle de l’épidémie », souligne Michele Torti.

Face à cette situation, les besoins restent considérables.

« Nous sommes engagés dans un combat de longue haleine et les ressources actuellement disponibles ne sont pas suffisantes pour mettre fin à cette épidémie », conclut-il.

Ebola sur fond de crise alimentaire

L’épidémie frappe une région déjà fortement fragilisée. L’insécurité persistante liée à l’activisme de nombreux groupes armés, les déplacements répétés de populations et le recul de l’aide humanitaire ces dernières années ont fragilisé les moyens de subsistance des ménages. Aujourd’hui, selon les Nations unies, plus de 1,15 million de personnes sont en insécurité alimentaire aiguë dans les provinces touchées. Alors qu’approche la période de soudure, période critique entre deux récoltes durant laquelle les stocks alimentaires diminuent et les prix des denrées augmentent souvent, les inquiétudes grandissent quant à une nouvelle dégradation de la situation alimentaire et nutritionnelle.

Si le conflit demeure la principale cause de l’insécurité alimentaire aiguë, l’épidémie d’Ebola constitue un facteur aggravant dans les zones concernées.  Les restrictions frontalières mises en place avec le Rwanda et l’Ouganda ont fortement perturbé les activités de commerce transfrontalier, affectant les revenus des ménages et leur capacité d’achat. Par ailleurs, les mesures de quarantaine appliquées aux personnes ayant été en contact avec des cas confirmés restreignent leurs déplacements et les privent temporairement de leurs sources de revenus. Ces difficultés pourraient s’inscrire dans la durée, en particulier en Ituri, où de nombreux ménages dépendent de la mobilité et du travail transfrontalier pour subvenir à leurs besoins.

« On ne peut pas omettre la prise en charge de la malnutrition et la continuité des soins de santé dans cette région où les besoins sont immenses. Malgré l’épidémie en cours, notre action doit continuer », souligne Michele Torti.

A Mongbwalu, Action contre la Faim apporte une aide d’urgence en matière de santé et de nutrition aux femmes enceintes et allaitantes ainsi qu’aux enfants de moins de 5 ans. Les équipes ont mis en place un suivi à domicile des cas de malnutrition aiguë sévère par des agents de santé communautaires. Ce suivi vise à assurer la continuité des soins pour les enfants atteints de malnutrition aiguë sévère, tout en facilitant leur orientation vers les services de santé lorsque cela s’avère nécessaire. A ce jour, 104 enfants souffrant de malnutrition aiguë sévère (MAS), dont 42 filles et 62 garçons ont bénéficié de cet appui. En complément, la fourniture de 15 000 rubans de mesure du périmètre brachial (MUAC) a contribué à renforcer ce dispositif.

A Drodro et Lita, une aide alimentaire sous forme de transferts monétaires a été mise en place pour couvrir les besoins essentiels des communautés les plus vulnérables, pour une durée de trois mois.

Prévenir, protéger et former pour contenir l’épidémie

Dès les premières semaines de l’épidémie, les équipes d’Action contre la Faim ont renforcé les mesures de prévention et de contrôle des infections au sein de 13 établissements de santé de la zone de santé de Mongbwalu. Ainsi, des points de lavage des mains ont été installés afin de réduire les risques de transmission du virus et des kits IPC-WASH ont été distribués aux centres de santé et à l’hôpital général de référence de Mongbwalu. Ces kits visent à renforcer les capacités des établissements de santé en matière de prévention et de contrôle des infections, notamment grâce à la mise à disposition de produits essentiels pour l’hygiène, la désinfection et la protection du personnel de santé et des patients.

Ces dernières semaines, un approvisionnement en eau par camion-citerne a été mis en place dans quatre centres de santé de Mongbwalu, soutenant ainsi les efforts de préparation et d’intervention face à la maladie à virus Ebola. En parallèle, Action contre la Faim a accompagné la mise en place de systèmes de triage et de zones d’isolement temporaires destinés à identifier et prendre en charge plus rapidement les cas suspects et éviter tout risque de contamination À ce jour, onze établissements de santé en sont équipés.

L’organisation investit également dans le renforcement des capacités communautaires. Début juin, des agents de santé communautaires ont été formés à la surveillance épidémiologique, à l’identification des cas suspects, aux mécanismes d’alerte, à la prévention et au contrôle des infections ainsi qu’à la communication des risques et à l’engagement communautaire. Un travail essentiel pour favoriser la détection précoce des cas et renforcer la confiance des populations dans la réponse à l’épidémie.

Une femme se lavant les mains à un point d’eau installé par ACF au centre de santé Notre Dame de la Charité Maternelle 
Mongbwalu
© Patient Kabukulu pour Action contre la Faim

La peur et la méfiance au cœur de la lutte contre l’épidémie

Sur le terrain, les équipes constatent une baisse très importante de la fréquentation des centres de santé, notamment à Mongbwalu. La peur de la maladie pousse de nombreuses personnes à éviter les structures de soins, par crainte d’y contracter le virus et les malades qui présentent les symptômes de la maladie d’Ebola arrivent très tardivement dans les centres de santé. Ces retards dans le diagnostic et la prise en charge des patients favorisent la propagation de l’épidémie et contribuent à maintenir un taux de mortalité élevé. Dans certains centres de santé, le manque de personnel soignant entraîne même une réduction, voire une interruption, des services de soins.

Soeur CHARLOTTE VIVE, Infirmière Titulaire Du Centre De Santé Notre Dame De La Charité Maternelle, devant les latrines construites par ACF - Mongbwalu
© Patient Kabukulu pour Action contre la Faim

Soeur Charlotte Vive, infirmière titulaire du centre de santé Notre-Dame de la Charité Maternelle témoigne de cette situation :

« Il y a une maman qui est arrivée dans notre aire de santé avec tous les signes d’Ebola. On a commencé avec le lavage des mains, après la température, là où on fait le triage des malades. Alors on lui a dit : vous avez tous les signes, est-ce que vous pouvez partir à l’hôpital ?  Elle a commencé à pleurer, a dit :

« Non, je n’aime pas l’hôpital. A l’hôpital, les gens partent mourir là-bas ». On lui a donné le conseil : Non, là, comme tu es arrivé à temps, tu vas guérir. Et on a appelé une ambulance. Mais il y a d’autres personnes qui refusent catégoriquement ».

Ce qui nous préoccupe c’est que nous avons peur aussi de la maladie. On a peur de la maladie parce qu’il y a les infirmiers qui sont morts de cette maladie-là, beaucoup, même les médecins sont morts».

Francine Mave, infirmière au service pédiatrie du même centre complète ses propos :

« Auparavant, lorsque notre activité avec Action contre la Faim avait commencé, il y avait beaucoup d’enfants, tous les lits étaient occupés. Mais pendant la période d’épidémie, depuis le mois d’avril, ici, il n’y a pas de fréquentation puisque les parents ont peur d’amener leurs enfants. Ils ont peur parce que les gens parlent mal dans le milieu. Ils disent qu’à l’hôpital, on tue les gens »

Francine Mave , Infirmière Du Centre De Santé Notre Dame De La Charité Maternelle
© Patient Kabukulu pour Action contre la Faim

*La réponse Ebola d’ACF est actuellement financée par les bailleurs Start Fund, SIDA, DOS et ACF.