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ACTION CONTRE LA FAIM - TCHAD © Christophe Da Silva pour Action contre la Faim

À la Une

Tchad

Sans assistance alimentaire d’urgence, l’été sera dramatique pour les populations de la bande Sahélienne

26%¹ de la population de ces provinces aura besoin d’une assistance alimentaire d’urgence. Action contre la Faim appelle à ce qu’une réponse humanitaire à la hauteur des besoins soit mise en place et alerte sur le fait que l’aide humanitaire est chroniquement sous-financée au Tchad avec un impact sur l’assistance aux communautés.

 

Des stocks alimentaires faibles à cause d’une saison 2021 désastreuse

 

Pour les populations tchadiennes de la bande sahélienne, la période de soudure qui correspond au moment où les familles ont consommé leurs stocks alimentaires et attendent leurs nouvelles récoltes s’annonce précoce et difficile.

« Etre capable de subvenir à ses besoins grâce à sa production de légumes, de céréales ou à l’élevage, garder des réserves de côté pour la saison creuse, c’est une question vitale pour les familles, explique Henri-Noël Tatangang Ndam, directeur pays d’Action contre la Faim au Tchad. Or cette année, les stocks alimentaires sont au plus bas car la saison agropastorale de 2021 a été catastrophique et nous sommes très inquiets pour la période de soudure. »

L’an passé, les faibles précipitations enregistrées ont été mal réparties dans le temps et dans l’espace. La sécheresse du mois d’août, habituellement le plus pluvieux, a impacté le développement des cultures vivrières de mil et de maïs, du fourrage ainsi que le remplissage des mares et la recharge des nappes. Le stress hydrique avancé a provoqué l’assèchement irréversible du tapis herbacé et des cultures. Des pluies tardives début septembre ont eu un effet délétère en causant par endroit la pourriture de l’herbe qui a été ensevelie par les rafales des vents de sable.

Le suivi satellitaire de la biomasse réalisé par Action contre la Faim en octobre 2021 montre un déficit de la production de la biomasse de – 20 %. En parallèle, la production du mil et niébé accuse une baisse respective de 18 % et 23%².

 

 

Une hausse des prix qui impacte les ménages les plus pauvres

 

Ces faibles productions agricoles de 2021 ont engendré au début de 2022 une baisse de l’offre sur les marchés locaux où on observe une hausse des prix des céréales (mil et sorgho) et certains produits séchés (gombo et tomate). En effet, selon le suivi de marchés effectué par le SISAAP³, les prix des céréales de base (mil, maïs) sont restés élevés avec des hausses allant de 4 à 62% selon les marchés par rapport à 2021. Il faut désormais débourser entre 30 000 F à 32 000 F au lieu de 24 000F en moyenne l’an dernier.

La hausse des carburants combinée à la hausse des prix des denrées alimentaires liées à la guerre en Ukraine risquent d’amplifier la hausse des prix sur les marchés et aggraver la situation de sécurité alimentaire qui était déjà alarmante.

« Les familles n’ont pas pu produire assez pour renouveler leurs réserves et alors qu’elles sont davantage dépendantes des marchés, les prix augmentent. Cette situation est particulièrement inquiétante dans le Bar El Ghazal sud où 65% des ménages déclarent que l’alimentation est leur poste de dépense prioritaire. Cela limite l’accès des marchés aux ménages les plus pauvres ce qui impacte négativement leur consommation alimentaire et l’évolution des leurs moyens d’existence. » ajoute Henri-Noël.

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Se priver de nourriture pour ses enfants, une stratégie d’adaptation courante

 

Pour pallier au manque de moyens et de nourriture, les familles ont recours à des stratégies d’urgence comme la limitation de la consommation des adultes en faveur des enfants et à des stratégies de crise comme le vol ou l’emprunt de nourriture ou d’argent, entrant dès lors dans un cercle d’endettement. Selon l’enquête menée par Action contre la Faim en décembre 2021, 56% et 84% des ménages ont respectivement eu recours à des stratégies d’urgence et de crise dans le Kanem et 82,1% des ménages ont développé des stratégies d’urgence et 82,33% des stratégies de crise dans le Lac.

Ces stratégies ont des conséquences sur la santé des familles et notamment des plus vulnérables comme les femmes enceintes et allaitantes ou les enfants de moins de cinq ans. Sur le plan nutritionnel, alors que les résultats de la dernière enquête nutritionnelle SMART réalisée en Septembre 2021 révèlent une prévalence de la Malnutrition Aiguë Globale (MAG) de 10,9% au plan national, les prévalences de la MAG dans le Kanem et le Barh El Ghazal sont respectivement de 16,2% et 16,5% dépassant ainsi largement le taux national mais également le seuil d’urgence de l’Organisation Mondiale de la Santé fixé à 15%.

« Avec ces taux de malnutrition, 46 884 enfants de moins de 6 à 59 mois au Bar El Ghazal, 90 112 au Kanem et 72 933 au Lac auront besoin d’une prise en charge médico nutritionnelle au cours de l’année 2022 si aucune action n’est entreprise » selon Henri-Noël⁴.

 

Une région déjà fragilisée qui a besoin de soutien

 

Les populations du Kanem, du Bar El Ghazal et du Lac, souffrent des effets du changement climatique, de l’amplification des conflits en Libye voisine et la régionalisation de la crise sécuritaire du Lac Tchad.

L’insuffisance des structures de santé adéquates dont la plupart fonctionnent avec l’appui des ONG, un faible accès à une eau potable et propre, une méconnaissance et un manque d’application des pratiques de soins et d’hygiènes , des capacités de production agricole et d’élevage limitées, des inégalités en matière de genre, une jeunesse en perte de confiance et en manque de perspectives ainsi que des traumatismes psychosociaux négligés faute de structures spécialisées brossent le portrait d’une région aux multiples contraintes sanitaires et sociales.

A cela s’ajoute désormais une saison de soudure aux conséquences dont l’ampleur dépendra de la mobilisation des différents acteurs techniques et financiers.

"Plus que jamais, nous devons apporter une aide humanitaire à ces personnes qui en ont besoin pour survivre"
Henri-Noël
Directeur Pays d'Action contre la Faim, Tchad²

« Nous savons que 409 003 personnes dans ces provinces seront en insécurité alimentaire aigue sévère et qu’elles auront besoin une assistance alimentaire d’urgence. Dans la province du Lac, les populations fuient massivement les exactions des groupes armés non étatiques et doivent abandonner des cultures en place dont ils ne verront jamais les récoltes. De nombreuses têtes de bétail sont perdues lors de ces déplacements ou pillées au moment des attaques. » conclut Henri-Noël.

Action contre la Faim souhaite renforcer ses opérations déjà existantes par la mise en place d’une réponse d’urgence adéquate et coordonnée sous forme d’assistance alimentaire inconditionnelle, la distribution de kits agricoles, la sensibilisation à la malnutrition, et le soutien aux éleveurs.


¹ Selon les analyses des données du Cadre Harmonisé (CH) de novembre 2021, environ 409 003 personnes seront en insécurité alimentaire aiguë sévère (phase 3 et plus) et nécessiteront une assistance alimentaire d’urgence dans les provinces du BeG (59 234), du Kanem (151 183) et du Lac (198 586). Ceci représente 26% de la population totale des trois provinces et 23,55% de la population nationale en phase 3 et plus. 

² Enquête ENSA, SISAAP, novembre 2021, département BeG Nord

³ (données IPC MA Octobre 2021)

⁴ (données IPC MA Octobre 2021).

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