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Action Contre la Faim en Haiti © Christophe Da Silva pour Action contre la Faim

À la Une

Rapport

Révélations sur le double discours de la France en matière d’agriculture

Depuis 10 ans, la France est l’un des rares pays à se présenter comme champion de l’agroécologie* et du climat. Avec le ‘succès’ de la COP21 à Paris en 2016 et le « Make Our Planet Great Again » utilisé par le président Emmanuel Macron en 2017 suite à la décision des Etats-Unis de Donald Trump de sortir des accords de Paris sur le climat, la France se présente comme un pays leader sur les questions climatiques. Mais qu’en est-il réellement ?

 

Agriculture : quelle est la politique agricole de la France ?  

 

L’agriculture, et plus particulièrement l’agriculture industrielle et intensive, est l’une des causes majeures du dérèglement climatique. Avec la consommation grandissante de viande, ce modèle d’agriculture est pointé du doigt dans le rapport 2019 du GIEC, le rapport annuel mondial qui réunit 2500 experts et scientifiques sur la thématique du changement climatique. Les pratiques agricoles industrielles, l’utilisation de pesticides et d’intrants chimiques ou encore les monocultures participent à l’augmentation du gaz à effet de serre ainsi qu’à l’appauvrissement et la dégradation des sols.  

Officiellement, la France défend l’agroécologie, une approche regroupant des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement et des conditions de vie des personnes impliquées dans la production. Elle le fait au sein de plusieurs instances internationales, notamment au sein du Comité de la Sécurité Alimentaire Mondiale (CSA), où elle joue un rôle diplomatique de premier plan. Elle fait partie du groupe informel des amis de l’agroécologie siégeant à la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture) et a matérialisé son constat d’une nécessaire transition vers l’agroécologie en 2014, avec l’adoption de ses Loi d’Orientation et de Programmation relative à la politique de Développement et de Solidarité Internationale (LOP-DSI) et Loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt. 

 

Et dans les faits, ça donne quoi ?  

 

Si la France est « championne de l’agroécologie » sur le papier, en pratique, les financements français révèlent une autre réalité. Seuls 13,3% des soutiens financiers français à l’international étudiés dans le rapport bénéficient à une réelle transition agroécologique et seulement 4,7 % des soutiens financiers évoquent la question climatique.  

Pire, en 2018 la France a consacré près de 3 fois plus de financement en faveur de l’agro-industrie**, un modèle d’agriculture fortement mécanisée et intensive, qui se base sur une utilisation massive d’intrants chimiques 

Dans le rapport « Une Pincée d’agroécologie pour une louche d’agroindustrie » d’Action contre la Faim, CCFD et Oxfam pointent l’hypocrisie de la France et l’incohérence de sa politique agricole et climatique internationale. 

"La crise climatique est très peu prise en considération dans les projets financés par la France."
Rapport
Action contre la Faim, CCFD, Oxfam, Une pincée d'agroécologie pour une louche d'agro-industrie

D’après le rapport, la crise climatique est très peu prise en considération dans les projets financés par la France. Les projets agricoles ont un rôle prédominant à jouer dans la lutte contre les dérèglements climatiques et pour aider les populations à s’adapter aux impacts qui en découlent. Toutes institutions confondues, seuls 35 projets mentionnent la question du climat, (soit environ 1,4% des projets étudiés).  

L’objectif d’éradication de la Faim fixé par l’ONU à 2030 n’est que très peu soutenu par la France. Le rapport démontre que la prise en compte de la nutrition est plus que parcellaire dans les soutiens agricoles françaisOr, celle-ci a un rôle clef à jouer dans la lutte contre la faim. Le choix de financer un modèle agricole plutôt qu’un autre doit aussi se faire au regard de la capacité de ce modèle à fournir une alimentation saine, diversifiée et nutritive. Il n’y a au total que 3% des projets, toutes institutions, qui s’intéressent à la thématique de la nutrition. 

 

 

L’exemple des serres chauffées en Arménie 

 

En 2018, La France (via Proparco, groupe d’agence française de développement) a accordé un prêt de quasiment 9 millions d’euros à la société arménienne SpaykaLe projet ? La création de serres, chauffées à la saison froide, pour produire des tomates et poivrons à destination des pays voisins et de l’Union Européenne.  

Un tel projet aura peu de retombées positives sur les populations locales. Il aura, en revanche, un impact nécessairement conséquent sur le dérèglement climatique. Outre la question du transport de ces produits d’exportations, une tomate produite hors saison sous serre chauffée émet jusqu’à 10 fois plus de gaz à effet de serre qu’une tomate produite en saison.  

Les résultats et exemples mentionnés dans le rapport questionnent le réel objectif poursuivi par la France à travers ses soutiens financiers agricoles. La France veut-elle amorcer une réelle transition vers l’agroécologie pour lutter contre la crise climatique, la faim, la pauvreté et les inégalités de genre ? Ou souhaite-t-elle continuer à financer l’agro-industrie pour favoriser le développement de grosses entreprises françaises aux impacts néfastes sur le climat et les habitants des pays en question ?  

pakistan agriculture © Khaula Jamil pour Action contre la Faim

Pakistan

© Khaula Jamil pour Action contre la Faim

Quelles sont nos demandes ?  

 

Différentes priorités politiques coexistent, et le discours officiel de promotion de l’agroécologie familiale semble progressivement délaissé au profit d’un discours de promotion des exportations et du savoir-faire agricole et alimentaire national.  

Il n’est pas possible de soutenir en parallèle ces deux modèles agricoles ; agriculture industrielle d’un côté et agroécologie de l’autre. Ils sont aux antipodes l’un de l’autre et ne sont en aucun cas complémentaires. Pire, toute initiative agro-industrielle dans un pays donné y hypothèque le capital politique de l’agroécologie.  

Il est primordial que la France cesse ces engagement contreproductifs et amorce dès maintenant des changements de fonds à la hauteur des positions affichées dans ses lois et stratégies d’actions. 

  1. Il est impératif que la France contribue positivement au changement des modèles agricoles et alimentaires via ses soutiens financiers. Ceux-ci doivent être réorientés en faveur de l’agroécologie et intégrer spécifiquement des objectifs de lutte contre la pauvreté, contre les inégalités de genre, contre la crise climatique, de soutien à l’agriculture familiale et d’amélioration de la situation nutritionnelle des populations visées.  
  2. La France doit faire preuve d’exemplarité en matière de transparence et de redevabilité concernant ses soutiens financiers 
  3. La France doit mettre en cohérence ses orientations politiques et la mise en œuvre de ses soutiens financiers agricoles pour cesser cette ambivalence. 

 


Définitions  

 

1. Qu’est-ce que l’agroécologie ?  

L’agroécologie valorise la production locale avec une transformation des produits minimiséeElle œuvre pour des systèmes alimentaires durables et résilients, économiquement viables, plus nutritifs, et plus justes. 

L’agroécologie peut être définie comme une approche regroupant des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement, ; la défense des systèmes agricoles et alimentaires et la prise en compte des savoir-faire paysans.  

2. Qu’est-ce que l’agro-industrie ?  

L’agro-industrie, ou agriculture industrielle, est un modèle d’agriculture fortement mécanisée et intensive et se base sur une utilisation massive d’intrants (pesticides de synthèse, engrais minéraux, etc.). C’est un modèle pauvre en main d’œuvre, caractérisé par une forte concentration et déséquilibre des pouvoirs et par une surproduction et surconsommation de produits transformés, voir ultra-transformés. 

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