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NGCamp_LeaPsy © Léa Vollet
pour Action contre la Faim

Témoignages

Éthiopie

Lia, pyschologue : « Toutes ces personnes ont beaucoup souffert »

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Un épais rideau obstrue la vue et confère une certaine intimité à l’endroit. Elle s’assied par terre avec son interprète et une femme d’une quarantaine d’années. Toutes trois parlent à voix très basse, ce sont presque des chuchotements. Les histoires racontées dans cette pièce sont faites de violence et de peur, de souvenirs douloureux qui ne s’effaceront pas. Cependant, avec de l’aide, la douleur peut être atténuée. Leur peine demeurera, mais avec du soutien, les gens peuvent arriver à une certaine acceptation et à la résilience.

C’est l’une des trois psychologues à participer au programme de détresse psychologique lancé par Action contre la Faim en août 2017 pour faire face aux situations de traumatisme.

Lia a une trentaine de clients, comme elle les appelle. « Ils participent à leur propre rétablissement. Nous nous occupons d’enfants comme d’adultes. Nous voyons beaucoup de cas d’épilepsie. Le traumatisme frappe à toutes les portes. ».

 

"Toutes ces personnes ont beaucoup souffert, chez elles au Soudan du Sud mais aussi durant leur périple vers l’Éthiopie, alors qu’elles s’enfuyaient pour sauver leurs vies, et ici en tant que réfugiés, une situation peu enviable"
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Lia
Camp de Nguenyyel, Ethiopie

Aujourd’hui, sa cliente veut parler de sa fille de 12 ans, dont Lia s’occupe également. Quand ils vivaient au Soudan du Sud, la petite fille a été enlevée par la tribu Murle à l’âge de 8 ans. Elle est restée trois ans comme esclave avant d’être vendue à un autre propriétaire d’une autre tribu. Finalement, les autorités ont réussi à persuader ce dernier de rendre l’enfant à sa vraie famille.

À son retour, elle a découvert que sa mère vivait désormais dans un camp de réfugiés et qu’elle s’était remariée. Elle a aussi appris la triste nouvelle de la mort de son père, tué au Soudan du Sud. Son nouveau beau-père et le frère de ce dernier n’ont pas accepté son retour au sein de la famille. Un après-midi, alors que sa mère était allée ramasser du bois de chauffage, son oncle et ses amis sont entrés dans leur abri et l’ont violée. Ils ont ensuite fui le camp pour ne pas se faire arrêter.

Lia est la première personne à qui la fillette a raconté ce viol. Elle a continué à la soutenir et à l’aider, notamment en l’accompagnant au centre médical pour qu’elle y reçoive un traitement et en lui offrant un soutien psychologique continu.

La mère soupire et explique qu’elle est également préoccupée par une autre de ses filles qui a elle aussi été kidnappée et retenue pendant un an par le même groupe au Soudan du Sud. Depuis son retour dans la famille, elle ne cesse de répéter à sa mère qu’on lui avait fait manger des serpents et des insectes.

Ces pensées ne quittent jamais sa tête. Cependant, elle s’estime chanceuse : au moins ses deux filles sont revenues, alors que d’autres parents ne reverront plus jamais leurs enfants.

 

Signature-Lvollet

Léa Vollet
Chargée de Communication

Action contre la Faim met en œuvre des programmes de santé mentale et de pratiques de soin en Éthiopie depuis 2014. En 2016, nos équipes ont assisté près de 129 700 personnes. Pour faire face à l’afflux de situations traumatisantes dans la région de Gambella, nous avons mis au point un programme de détresse psychologique amplifié, adressé aux réfugiés sud-soudanais du camp de Nguenyyiel. Le programme regroupe des psychologues, des travailleurs psychosociaux et des réfugiés spécialement formés dont l’aide est essentielle pour comprendre les composantes culturelles et linguistiques. Tous aident les réfugiés à se rétablir, à améliorer leur bien-être et à envisager l’avenir avec plus d’optimisme. Une mauvaise santé mentale peut être terriblement handicapante et, dans un camp de réfugiés, il est essentiel d’obtenir de l’aide pour faire face aux pensées et aux sentiments négatifs et retrouver la force de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille. Notre équipe de terrain fait l’objet d’un suivi approfondi et, chaque semaine, ses membres discutent de leurs cas et parlent de leurs sentiments avec leurs collègues et avec leur responsable clinique, ce qui les aide à surmonter les histoires douloureuses et traumatisantes auxquelles ils sont souvent exposés.

Dans la région de Gambella, Action contre la Faim opère dans les camps de réfugiés et au sein des communautés éthiopiennes pour prévenir et combattre la malnutrition. Nos activités sont soutenues par la direction générale pour la protection civile et les opérations d’aide humanitaire de la Commission européenne (ECHO), par le Bureau des populations, des réfugiés et des migrations (BPRM), par Affaires mondiales Canada (AMC) et par l’Agence suédoise de coopération internationale pour le développement (SIDA).

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