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Femme portant un sac sur la tête en plein marché
© Alexis Huguet pour Action contre la Faim

L’empreinte carbone des Transferts Monétaires chez ACF

  • Climat

Et si l’aide en espèces avait aussi un impact climatique ? À partir de données réelles de 2023, cette étude d’ACF revisite ses méthodes d’estimation, souligne les limites des approches théoriques et propose des pistes concrètes pour améliorer l’impact environnemental des transferts monétaires.

Dans le cadre de son engagement croissant en faveur de la transition écologique et de la responsabilité environnementale, Action contre la Faim France a entrepris une analyse approfondie de l’empreinte carbone de ses interventions en Transferts Monétaires. Cette initiative fait suite à l’Évaluation des émissions de gaz à effet de serre (BEGES) réalisée pour 2021, qui a révélé que les activités liées aux transferts monétaires représentaient près de 38 % des émissions totales de l’organisation (en utilisant une méthode basée sur le PIB des pays) ; et à une seconde étude réalisée par le CITEPA pour ACF et publiée en janvier 2024 « Calcul de l’empreinte GES de Paniers de Dépenses Minimum »  qui évaluait cette empreinte à +/- 25%  (en utilisant la méthode dite des paniers de dépenses minimales). Ces méthodes reposent sur des approches théoriques qui peuvent différer des pratiques réelles des ménages bénéficiaires. 

Ce constat a soulevé une question cruciale : comment évaluer précisément l’impact environnemental d’un programme dont l’essence même repose sur l’autonomie et la liberté de choix accordées aux ménages bénéficiaires ? Quelles solutions proposer sans restreindre ou pénaliser les bénéficiaires ?  

Ce que l’étude a fait 

Pour y répondre, les équipes ont analysé plusieurs projets menés en 2023 dans huit pays aux contextes très différents, de l’Afghanistan à l’Ukraine. L’originalité de l’étude repose sur un point essentiel : elle ne se contente pas de modèles théoriques, mais s’appuie sur les dépenses réelles des ménages bénéficiaires. En comparant ces pratiques concrètes avec les méthodes classiques utilisées dans le secteur — basées sur des paniers de consommation “types” (« Paniers de Dépenses Minimum »)— l’étude permet de mieux comprendre les écarts entre ce que l’on imagine… et ce qui se passe réellement sur le terrain. 

Principaux résultats 

Premier enseignement : les transferts monétaires servent avant tout à répondre à des besoins essentiels. Dans la grande majorité des cas, l’argent est utilisé pour acheter de la nourriture, qui représente environ 67 % des dépenses. Le reste est consacré au logement, (loyers, charges, énergie) et à la santé (consultations, médicaments) qui comptent respectivement pour 10 % et 9 %, les 14% restants étant destinés à couvrir des besoins divers et variés (éducation, vêtements, investissement productif, etc.), preuve que ces aides permettent de couvrir un ensemble de besoins vitaux.  

Les comportements varient cependant beaucoup selon les contextes. Dans les zones rurales ou en situation de crise aiguë, les familles consacrent l’essentiel de leur budget à se nourrir. En milieu urbain ou dans des pays où le coût de la vie est plus élevé, les dépenses sont plus diversifiées et incluent davantage le logement et les soins.  

Autre résultat majeur : l’empreinte carbone des transferts est souvent surestimée. Les méthodes classiques, basées sur des paniers théoriques, ne reflètent pas la réalité des achats. Par exemple, au Nigeria, les données montrent que les ménages consomment moins de produits fortement émetteurs comme la viande, ce qui réduit l’impact carbone réel. Résultat : les estimations standards par l’empreinte carbone des Paniers de Dépenses Minimum peuvent surestimer les émissions de 20 à 30 %.  

Un point clé : des « émissions de subsistance » 

L’étude met en avant une idée essentielle : les émissions liées aux transferts monétaires sont ce que l’on appelle des “émissions de subsistance”. Autrement dit, elles sont directement liées à la satisfaction de besoins fondamentaux — manger, se loger, se soigner — dans des contextes de grande vulnérabilité. 

Ces émissions restent très faibles à l’échelle globale, surtout en comparaison avec celles des pays riches. Dans ce contexte, chercher à les réduire en influençant les choix des bénéficiaires poserait un vrai problème éthique. Cela reviendrait à limiter leur liberté ou leur dignité pour un impact environnemental marginal.  

Comment réduire l’impact sans pénaliser les bénéficiaires ? 

Plutôt que de faire porter l’effort sur les familles elles-mêmes, l’étude propose d’agir autrement. Des améliorations simples peuvent déjà être apportées au niveau des usages, par exemple en facilitant l’accès à des solutions de cuisson plus économes ou en réduisant le gaspillage alimentaire.  

Mais le vrai levier se situe aussi du côté des marchés locaux. En soutenant des circuits courts, en travaillant avec des commerçants engagés ou en rapprochant les points de vente des lieux de vie, il est possible de réduire significativement l’empreinte carbone des achats.  

Plus largement, l’étude invite le secteur humanitaire à évoluer, en développant des méthodes de calcul plus proches des réalités locales et en intégrant davantage les enjeux environnementaux dès la conception des programmes. 

Message clé à retenir 

Au final, cette étude change notre regard sur les transferts monétaires. Elle montre qu’ils sont avant tout un outil efficace pour permettre aux populations vulnérables de répondre à leurs besoins essentiels, avec un impact environnemental souvent surestimé. 

Plutôt que de restreindre les choix des bénéficiaires, l’enjeu est ailleurs : transformer les systèmes autour d’eux — marchés, logistique, pratiques — pour construire une aide humanitaire à la fois plus juste et plus durable. 

Note : 

Ce document présente un résumé externe du travail mené par Action Contre la Faim France sur l’empreinte carbone des Transferts Monétaires dans le cadre de ses activités de 2023. Cette version est destinée aux ONG, aux partenaires techniques et aux parties prenantes engagées dans l’amélioration de la qualité et de l’impact environnemental des interventions humanitaires. 

Pour plus d’informations, veuillez contacter : Anne Lyse Coutin (Conseillère technique Transferts Monétaires – acoutin@actioncontrelafaim.org) ou Céline Heim (Coordinatrice de la chaîne d’approvisionnement durable – cheim@actioncontrelafaim.org).