• Soudan

Communiqué de presse

Femme assise au Soudan
© Mallory Matheson pour Action contre la Faim

La famine déclarée dans deux nouvelles zones du Darfour  

Le Soudan est désormais le pays au monde le plus touché par la famine, avec quatre zones déclarées en situation de famine dont trois dans l’état du Darfour du nord 

La famine, – forme la plus extrême d’une crise alimentaire qui n’est déclarée que dans des situations exceptionnelles – se propage au Soudan. Les données publiées aujourd’hui par l’IPC (Integrated Food Security Phase Classification – Système intégré de classification de la sécurité alimentaire) confirment que deux nouvelles zones dans l’Etat du Darfour du Nord, Um Baru et Kernoi, ont désormais dépassé le seuil de famine (phase 5, la plus grave de l’IPC)1.  

Ces derniers mois, trois situations de famines avaient été confirmées : deux au Soudan – El Fasher (Darfour du Nord) et Kadugli (Kordofan du Sud) – et une à Gaza. Le Soudan devient donc le pays qui compte le plus grand nombre de zones en situation de famine. 

Dans la localité d’Um Baru, plus de la moitié des enfants souffrent de malnutrition aiguë tandis qu’à Kernoi, 34 % des enfants sont affectés. Ces chiffres font craindre qu’une vingtaine d’autres zones connaissent dans un avenir proche, une situation tout aussi critique. Selon les données de novembre dernier, plus de 375 000 personnes se trouvaient dans une situation catastrophique. Aujourd’hui, il est prévu que plus de 4 millions de personnes souffriront de malnutrition aiguë en 2026. 

« La famine ne survient pas du jour au lendemain. Elle est le résultat de mois de siège, de violences et de négligence. Au Darfour, nous voyons des communautés entières se retrouver sans aucune ressource : sans nourriture, sans aide, sans rien », explique Samy Guessabi, directeur d’Action contre la faim au Soudan. 

Une crise humanitaire sans précédent 

La famine s’étend dans un contexte déjà marqué par la plus importante crise de déplacements de population : 9,6 millions de personnes ont été contraintes de fuir leur foyer. Rien qu’à El Fasher, plus de 1,2 million de personnes ont quitté la ville depuis la fin de l’année 2025. En parallèle, quatre millions de Soudanais ont été contraints de fuir vers des pays voisins tels que le Tchad et le Soudan du Sud pour survivre.  

De plus, l’accès à l’eau potable est pratiquement inexistant et les systèmes de santé s’effondrent : 80 % des établissements de santé sont endommagés ou hors service. Les épidémies de choléra, de rougeole et de diarrhée se multiplient, en particulier dans les camps de personnes déplacées qui n’ont pas accès à l’eau potable ni à des installations sanitaires. 

« Les familles mangent une fois par jour, voire pas du tout. Beaucoup survivent en se nourrissant de feuilles bouillies ou d’aliments pour animaux. Il ne s’agit pas d’une crise alimentaire, mais d’une crise de survie », ajoute Samy Guessabi  

Difficultés d’accès et manque de financement 

L’accès humanitaire reste extrêmement limité au Soudan, en particulier au Darfour et au Kordofan, en raison du conflit, de blocus, de l’insécurité et d’obstacles administratifs. Dans certaines régions, les équipes humanitaires ne peuvent pas entrer.  

À cela s’ajoute un manque de financement: le plan d’intervention humanitaire pour le Soudan en 2026, qui nécessite 2,9 milliards de livres sterling, n’a reçu jusqu’à présent que 5,5 % des fonds nécessaires. Sans une réponse urgente, la mortalité augmentera considérablement dans les mois à venir, en particulier pendant la saison de soudure et de pluies. 

Action contre la Faim appelle à un cessez-le-feu immédiat, à un accès humanitaire sans restriction et à une mobilisation urgente de fonds pour empêcher la famine de se propager davantage à travers le Soudan. Nos équipes sur le terrain continuent de fournir une aide vitale dans le Nil Bleu, le Darfour, la mer Rouge, le Kordofan et le Nil Blanc grâce à des programmes de santé et de nutrition, de sécurité alimentaire et de moyens de subsistance, d’eau, d’assainissement et d’hygiène, ainsi que de genre et de protection.  

« La famine n’est pas une fatalité. C’est un choix collectif : soit nous agissons maintenant, soit nous acceptons que des milliers de personnes meurent pour la seule raison qu’elles n’ont pas de quoi se nourrir. », Samy Guessabi, directeur d’Action contre la faim au Soudan.