Communiqué de presse

Chute de l’APD : des conséquences dramatiques sur la sécurité nutritionnelle mondiale
Paris, le 14 avril 2026 – Selon une analyse du Programme alimentaire mondial (PAM), jusqu’à 45 millions de personnes supplémentaires pourraient se retrouver en situation d’insécurité alimentaire aiguë en 2026 si l’escalade des crises au Moyen Orient se poursuit et si les prix du pétrole restent élevés. Les programmes en santé et nutrition d’Action contre la Faim sont essentiels pour venir en aide aux populations impactées. Pourtant leur financement est sans cesse fragilisé, notamment par la baisse continuelle de l’APD mondiale depuis deux ans.
En 2025, l’Aide Publique au Développement des pays membres du CAD et ses associés1 a reculé brutalement 23,1 % par rapport à son niveau de 20242. Il s’agit de la plus forte contraction jamais enregistrée de l’APD, qui retrouve ainsi le niveau qui était le sien au début de la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030.La France n’échappe pas à cette tendance alarmante puisque son APD a diminué de 10,9 %3 en raison principalement d’une baisse de l’APD multilatérale. La crise actuelle affecte un large éventail de projets, avec des répercussions majeures sur l’augmentation de la faim à l’échelle mondiale.
Les programmes de Santé et Nutrition dans le viseur de l’APD français
La semaine dernière, le président Emmanuel Macron a inauguré le Sommet One Health. Il a déclaré dans son discours : “ Nous avons besoin de coopération pour réussir en termes de santé. Et s’il est un domaine où la coopération internationale et interdisciplinaire est nécessaire, c’est bien celui-ci.” Ces propos font échos à ceux prononcés par Jean-Noël Barrot, Ministre de l’Europe et des Affaires Etrangères, le 27 mars, lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7. En effet, Il a présenté le recul de la faim et de la malnutrition comme un des objectifs clés dans l’approvisionnement de l’aide humanitaire.
Pourtant force est de constater que la sécurité nutritionnelle n’est pas une réelle priorité du gouvernement. Malgré l’accueil par la France du sommet Nutrition for Growth (N4G) en 2025, les crédits de paiement dédiés à l’APD chutent encore de 800 M€ en 2026, pour atteindre 3,6 Md€ (–18 % vs 2025, –38 % vs 2024).
Le dispositif IFSAN, l’Initiative Française pour la Sécurité Alimentaire et la Nutrition, essentiel pour financer l’aide alimentaire et nutritionnelle d’urgence, s’est effondré de 68 %, passant de 150 M€ à 47,5 M€.
“Lors du sommet N4G, nos équipes du plaidoyer se sont mobilisées sans relâche pour interpeller le président Emmanuel Macron et amener la France à s’engager durablement en faveur de la nutrition. Un an plus tard, le constat est là : l’engagement du gouvernement recule malgré les promesses.” Flore Ganon, Directrice Déléguée au plaidoyer.
Un impact direct sur nos pays d’intervention
En 2025, ACF a arrêté plus de 50 projets dans 20 pays différents venant en aide à des centaines de milliers de personnes et d’enfants.
Quelques exemples :
- A Madagascar, ACF a fermé 3 sous-bases sur 5 en 2025. Sur le terrain, 10 cliniques mobiles se sont arrêtées impactant la prise en charge de 5 036 enfants en situation de malnutrition aigüe et 1 900 enfants atteints de maladie de l’enfance.
- En République Démocratique du Congo, par exemple dans la seule province de l’Ituri, dans les centres de santé où les programmes d’Action contre la Faim ont été suspendus, les soins sont redevenus payants. Le nombre de consultations a chuté de moitié. En 2026, les équipes d’Action contre la Faim ont pu relancer ce projet et offrir des soins aux enfants dans le besoin dans cette zone. Cependant, la réponse humanitaire mondiale en RDC reste sous-financée.
- Au Burkina Faso, entre 2025 et 2026, 6 bases sur 8 ont été fermées.
Entre 2025 et 2026, ce sont près de 1300 personnes sur le terrain (salariés nationaux et internationaux) dont le contrat a pris fin.
Quand les financements reculent, ce sont toujours les plus vulnérables qui paient le prix fort. Face à des crises qui s’installent, au dérèglement climatique, à l’augmentation des inégalités socio-économiques et aux conflits, les besoins explosent tandis que l’aide stagne. Les considérations politiques ne doivent pas conditionner l’accès à l’aide ni le financement humanitaire.