• Territoire Palestinien Occupé

Communiqué de presse

Vue de Gaza en ruine sous un couché de soleil
© Action contre la Faim

1000 jours de crise, Gaza face au risque de malnutrition chronique

1000 jours après le début de la crise, la situation humanitaire à Gaza reste critique. Malgré l’augmentation de l’aide, environ 50 % seulement des marchandises sont effectivement déchargées, ne permettant pas de répondre aux besoins de la population. La crise nutritionnelle a également évolué : au-delà de la malnutrition aiguë, la mauvaise qualité de l’alimentation entraîne une situation de malnutrition chronique. Depuis 2023, Action contre la Faim a apporté son soutien à plus de 1,5 million de personnes et poursuit ses interventions à Gaza.

Alors que 1 000 jours se sont écoulés depuis le 7 octobre 2023, la crise humanitaire reste à un stade critique. Loin de s’améliorer, la situation a évolué : aujourd’hui, le problème n’est plus simplement un manque d’aide, mais l’impossibilité pour celle-ci d’atteindre les personnes qui en ont besoin. Dans le même temps, la société israélienne est toujours en proie à un profond chagrin et à un traumatisme depuis le 7 octobre 2023.

L’aide arrive, mais elle ne parvient pas à destination

Actuellement, environ 160 camions en moyenne entrent chaque jour à Gaza, un chiffre bien inférieur aux besoins et aux niveaux nécessaires pour une intervention efficace. Mais ce chiffre masque le plus important, le nombre réel de camions arrivant à destination. Effectivement, environ la moitié de cette aide vitale ne parvient pas à être distribuée au sein de la bande de Gaza et doit attendre au poste-frontière jusqu’à ce qu’elle puisse être acheminée.

Les raisons pour lesquelles l’aide n’arrive pas sont connues : elles tiennent au nombre insuffisant de camions autorisés à entrer, au manque d’entrepôts dû à l’insécurité et aux contraintes opérationnelles, aux dégâts massifs subis par les routes qui transforment les trajets en interminables heures de défis logistiques, aux restrictions d’entrée imposées aux matériaux essentiels (notamment l’eau, l’énergie et le matériel médical), ainsi qu’aux attaques qui se poursuivent malgré le cessez-le-feu.

De la faim à la malnutrition

Aujourd’hui, bien que les familles parviennent à consommer des calories, la qualité de leur alimentation ne s’est pas améliorée depuis le cessez-le-feu. Leur régime alimentaire se compose presque exclusivement de céréales, de farine et d’aliments transformés, avec une absence quasi totale de protéines, de vitamines et de micronutriments.

Les familles ne consomment des fruits et des aliments riches en protéines qu’une fois par semaine, voire moins. Quant aux légumes, ils ne sont consommés que deux fois par semaine, ce qui accroît les risques nutritionnels à moyen et long terme.

« Lorsque les enfants ne reçoivent pas une alimentation adéquate pendant de longues périodes, les conséquences sont irréversibles : cela affecte leur croissance, leur santé et leur avenir »,met en garde Cristina Izquierdo, coordinatrice nutritionnelle de l’équipe d’urgence d’Action contre la Faim, à l’issue de sa visite à Gaza. « Même lorsque les familles parviennent à se nourrir, les conditions ne sont pas adéquates. La mauvaise qualité de leur alimentation annule, à moyen et long terme, les progrès nutritionnels que nous avions réalisés »,ajoute Mme Izquierdo.

Pas de revenus et pas de marchés

À la pénurie d’aliments nutritifs s’ajoute l’absence de moyens de subsistance et de marchés. Des hausses de prix comprises entre 40 % et 300 % rendent les produits de première nécessité inaccessibles à la plupart des familles. 63 % des ménages déclarent avoir des difficultés à accéder aux marchés ; parmi eux, 93 % invoquent un manque d’argent liquide et 54 % des prix inabordables.

De plus, la crise a pratiquement détruit toute la capacité de production locale. Moins de 5 % des terres arables sont accessibles, tandis que la plupart des produits entrant dans la bande de Gaza sont importés, ce qui impose une dépendance quasi totale à l’aide extérieure.

« Les agriculteurs soutenus par Action contre la Faim avaient réussi à récupérer leurs champs, leurs outils et même leurs serres. Mais aujourd’hui, une grande partie de ces terres est devenue inaccessible en raison des violences et de l’extension des zones militarisées, ce qui a entraîné un recul par rapport aux progrès réalisés dans le domaine agricole »,explique Natalia Anguera, responsable des opérations pour le Moyen-Orient chez Action contre la Faim.

Une situation critique en matière d’eau

L’accès à l’eau reste l’un des principaux risques. La population dispose de 6 à 15 litres par personne et par jour, ce qui est inférieur au seuil minimum de survie. « De nombreuses zones sont privées d’eau potable. Les gens boivent tout ce qu’ils peuvent trouver, même si ce n’est pas salubre »,précise Natalia Anguera.

Les restrictions à l’entrée de certaines marchandises constituent l’un des facteurs aggravants. « Le manque de carburant, de pièces détachées et de générateurs empêche le fonctionnement des usines de dessalement et des réseaux d’adduction d’eau – qui sont essentiels pour fournir à la population une eau sûre, propre et potable. De plus, il y a une pénurie de produits chimiques pour traiter l’eau contaminée, tandis que de nombreuses canalisations ont été détruites »,explique Natalia Anguera.

« L’effondrement des services d’assainissement et l’accumulation des déchets provoquent des infestations de nuisibles, notamment de rongeurs, et une crise de santé publique »,ajoute Natalia  Anguera.

L’intervention d’Action contre la Faim

Malgré les restrictions et la situation extrêmement instable, Action contre la Faim continue d’intervenir sur le terrain, en adaptant en permanence son intervention dans les domaines de la distribution alimentaire, de la prise en charge nutritionnelle, de l’accès à l’eau potable, de l’assainissement et du soutien aux moyens de subsistance.