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réfugiés Arménie
© Samir Al-Omari pour Action contre la Faim

Les histoires de quatre réfugiés : vers une inclusion sociale et économique

Dans la région du Tavush, en Arménie, le programme Shuttle d’Action contre la Faim a aidé des familles réfugiées et les membres de leur communauté d’accueil à développer leurs compétences et à reconstruire leurs moyens d’existence. Parmi les participants au programme, on trouve Elen, Alvard, Davit et Martin, quatre réfugiés dont la détermination a transformé cette opportunité en changement.

En septembre 2023, pendant le conflit avec l’Azerbaïdjan, Elen a fui le Haut-Karabakh avec son mari, ses trois enfants et sa belle-mère pour s’installer à Idjevan, dans la région de Tavush. Dans le Haut-Karabakh, elle se consacrait à l’agriculture et à l’élevage. Le mari d’Elen a construit une couveuse d’œufs lui-même en regardant des tutoriels sur YouTube. Lorsque la guerre a éclaté, ils ont été obligés de fuir, mais ils ont emporté avec eux les pièces les plus importantes de la couveuse pour qu’Elen puisse reprendre son affaire. Idjevan étant connue pour ses exploitations porcines, elle a décidé d’ouvrir sa propre petite ferme, où elle élève une truie et neuf porcelets.

Elen a découvert le programme Shuttle d’Action contre la Faim sur les réseaux sociaux. Pour elle, il s’agissait de l’occasion idéale pour en apprendre davantage sur la gestion d’entreprise. Grâce à ce programme, elle a acquis des compétences en gestion financière, appris à planifier sa production de façon à maximiser les bénéfices et découvert des stratégies d’acquisition de nouveaux clients. Pour donner vie à son excellente idée d’entreprise, elle a également reçu une bourse d’équipement qu’elle a utilisée pour s’acheter un moulin et produire des aliments pour ses animaux. 

« Les nouvelles machines ont complètement transformé ma façon de travailler », affirme Elen. « Avant, je devais acheter les aliments. Maintenant, je peux les produire moi-même. Cela me permet de mieux prendre soin de la santé des cochons, car je sais exactement ce que je leur donner à manger. »

Elen Arménie
© Emilė Stragytė pour Action contre la Faim

L’initiative d’Elen a été soutenue par le projet « Soutenir l’inclusion économique et l’employabilité des réfugiés et des groupes sociaux les plus vulnérables dans le Tavush, en Arménie », mené à Dilidjan et Idjevan par Action contre la Faim avec le financement de l’Ambassade de France en Arménie. Ce projet, qui s’est conclu fin septembre 2025, avait pour objectif de développer les compétences professionnelles et personnelles des participants à travers une approche axée sur l’inclusion sociale et économique. Le programme Shuttle a réuni 25 personnes sans emploi et motivées qui ont participé à des sessions de groupe et individuelles pendant cinq mois à Idjevan et Dilidjan.

Sous la supervision d’un coach professionnel, les participants ont consolidé leurs capacités, leurs connaissances et leurs compétences professionnelles tout en se créant des réseaux qui ont amélioré leur accès à l’emploi et à l’entrepreneuriat. De plus, 17 participants qui avaient manifesté un intérêt pour l’auto-entrepreneuriat, dont Elen, ont reçu une boîte à outils professionnelle d’une valeur de 600 euros.

Alvard Arménie
© Samir Al-Omari pour Action contre la Faim

Alvard est une autre participante au programme Shuttle originaire du Haut-Karabakh qui a fait preuve d’une grande détermination pour créer sa petite entreprise. Elle aussi a fui le Haut-Karabakh en septembre 2023 avec ses deux fils et a découvert le programme Shuttle sur les réseaux sociaux. Alvard est enseignante de profession, mais a toujours travaillé dans l’apiculture. « J’ai commencé à aider mon père avec ses abeilles très jeune », raconte Alvard. « Avec le temps, je me suis de plus en plus impliquée, jusqu’à m’occuper seule de 50 ruches. »

Malheureusement, elle a tout perdu lorsque la guerre a éclaté et qu’elle est partie s’installer à Idjevan. En Arménie, Alvard a continué à travailler en tant qu’enseignante, mais sans jamais renoncer à l’idée d’acheter un jour de nouvelles ruches. Cette occasion s’est présentée à elle dans le cadre du projet financé par l’Ambassade de France, Shuttle, auquel Alvard a demandé à participer. Pour Alvard, participer au programme a à la fois été un défi et une expérience enrichissante : « J’étais la plus âgée du groupe, mais j’ai beaucoup aimé travailler avec des jeunes. Ils m’ont appris à écouter et à envisager l’avenir avec optimisme. Mais plus important encore, ils m’ont rappelé de ne pas perdre l’espoir de rentrer un jour chez moi, dans le Haut-Karabakh. »

À la fin du programme, elle a demandé et obtenu la bourse d’équipement. Grâce à cette bourse, Alvard a pu s’acheter six ruches dont elle s’occupe désormais avec son fils, bien qu’il ait lui aussi ses propres obligations. Tous les matins, elle prend un taxi pendant une heure pour rejoindre le village dans lequel elle apprend l’arménien. Ensuite, elle se rend chez son fils pour travailler avec les abeilles. De plus, elle suit une formation pour développer ses compétences d’apicultrice.

Alvard ne se laisse pas décourager par la quantité de travail. Au contraire : elle considère que la proactivité et l’optimisme sont les clés de la réussite. Lorsqu’on l’interroge sur ses projets futurs, Alvard n’a aucun doute : « Je veux recommencer à élever des abeilles et à produire du miel. » Avant la guerre, elle exportait plus de 60 litres de miel, principalement à Moscou. Aujourd’hui, sa production est de seulement 3 litres. Pendant qu’elle nous raconte cela, son téléphone sonne et, comme par magie, ou plutôt en guise de récompense pour sa persévérance, elle reçoit une nouvelle inattendue : un nouveau projet pour lequel elle avait postulé a été approuvé, et elle recevra bientôt dix ruches supplémentaires pour continuer à développer son activité.

Le projet d’Action contre la Faim a non seulement abordé les besoins des réfugiés du Haut-Karabakh, mais aussi ceux de la population locale de Tavush. L’enthousiasme de Davit, 20 ans, est contagieux. Son initiative combine impact social et esprit d’entreprise : à la tête d’une équipe de neuf personnes, Davit a l’intention de former des jeunes en graphisme tout en continuant à proposer des services créatifs aux entreprises locales. Équipé de la seule imprimante de haute qualité d’Idjevan, il met l’impression professionnelle à disposition de tous et de toutes, ce qui est une première dans la région.

Davit Arménie
© Emilė Stragytė pour Action contre la Faim

Davit a commencé à s’intéresser pour le graphisme dès son plus jeune âge. Il s’est inscrit à une école d’art, où il s’est spécialisé dans la musique et la peinture. « Passer de la peinture manuelle à la peinture numérique n’a pas été facile », raconte Davit. « Mon crayon m’aidait à ressentir le papier. »

Mais Davit n’a pas baissé les bras, et aujourd’hui, il est sur le point de lancer le projet Tavush Type. Davit explique que, lorsqu’il a commencé à étudier le graphisme de façon autodidacte, sa famille était réticente. Toutefois, armé de persévérance et de confiance en soi, Davit a continué d’apprendre et a commencé à réaliser de petits projets pour ses amis sur son vieil ordinateur portable. Sa première création ? Un logo pour un ami musicien qu’il nous montre avec fierté.

Davit avait déjà essayé d’obtenir une bourse par le passé, mais sa demande n’avait pas abouti. Toutefois, cela ne l’a pas découragé, et il a décidé de postuler au programme Shuttle d’Action contre la Faim pour améliorer ses compétences. « Le Shuttle m’a aidé à développer mes connaissances en entrepreneuriat et en planification, à travailler en équipe et à présenter mon projet à un public important », explique-t-il. Son idée d’entreprise était tellement novatrice qu’il a été sélectionné pour recevoir une bourse d’équipement, qu’il a utilisée pour s’acheter un nouvel ordinateur portable. Cela a permis à Davit d’améliorer la qualité de ses créations et de travailler avec des outils numériques de pointe.

À la cérémonie de clôture du projet, Davit a eu l’occasion de parler de son expérience au sein du Shuttle et de présenter son initiative à l’ambassadeur français, Olivier Decottignies. Il raconte : « Avant de rejoindre le Shuttle, je n’avais aucune idée de ce que l’avenir me réservait. Aujourd’hui, je dirige une équipe de neuf personnes et je prévois de dispenser des formations à ma communauté. »

Martin Arménie
© Samir Al-Omari pour Action contre la Faim

Martin est un autre participant au programme de la région. À 25 ans, sa force tranquille est apparente dès le premier abord. Il est de nature réservée et parle à voix basse, mais son visage s’illumine lorsqu’il mentionne son travail. Il a appris la menuiserie avec ses grands-parents, tous deux menuisiers professionnels. Grâce au soutien d’une fondation, et après avoir suivi un cours magistral, Martin a commencé à vendre ses articles faits main aux touristes et à enseigner la menuiserie à des enfants. Cependant, sa production restait limitée : les outils manuels dont il disposait rendaient chaque étape du processus de fabrication lente et laborieuse.

Pour Martin, le programme Shuttle et la bourse qu’il a reçue à son terme ont représenté bien plus qu’un simple soutien financier, lui permettant de croître, de moderniser son atelier et de convertir sa passion en moyen d’existence durable. Pour le moment, la principale source de revenus de Martin est son travail de réceptionniste dans un hôtel de Dilidjan. En plus de cela, il travaille quelques heures par jour sur des pièces de bois qu’il vend dans un petit magasin situé en ville.

« Je me vois bien développer mon activité en vendant mes produits en ligne », explique Martin, « et j’aimerais aussi ouvrir un atelier à Dilidjan pour enseigner la menuiserie aux enfants. » Les sessions de formation dispensées par le Shuttle l’ont aidé à réfléchir de manière plus stratégique, mais le véritable facteur déterminant a été l’obtention de la bourse. « Quand j’ai fait la demande, j’étais loin de penser que j’avais une chance. Alors quand j’ai appris que j’avais été sélectionné, je me suis réjoui et j’ai tout de suite commencé à penser à l’avenir. » Le témoignage de Martin illustre parfaitement la façon dont le programme Shuttle a aidé ses participants à gagner en confiance en soi et à penser à leur avenir.

Pour Martin, passer du mécanique à l’électronique a complètement changé la donne. Ce qui exigeait auparavant des heures de travail manuel peut désormais être achevé en un instant, ce qui permet à Martin de se concentrer sur l’aspect créatif de son travail.

Le grand-père de Martin, le sourire aux lèvres, nous raconte qu’il est heureux et fier de voir son petit-fils perpétuer la tradition familiale. Il ajoute que lorsque Martin maîtrisera ses nouveaux équipements électroniques, il prévoit de lui apprendre à utiliser ses propres outils industriels, un autre aspect important du métier familial.