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Les entreprises dirigées par des femmes soutiennent la reprise économique
L’Irak est confronté à une grave crise hydrique et climatique qui a des répercussions directes sur l’agriculture, les moyens de subsistance et la santé des personnes. L’augmentation de la salinité de l’eau, la pollution, l’instabilité économique et la hausse du taux de pauvreté ont rendu des milliers de personnes vulnérables à la malnutrition.
La province de Bassorah, située dans le sud de l’Irak, compte plus de 4,5 millions d’habitants, mais seuls 60 % de ses besoins en eau sont actuellement couverts. L’agriculture, qui représente 60 à 80 % de la consommation d’eau, a été la plus durement touchée par la pénurie, ce qui a contraint de nombreux agriculteurs à abandonner leurs cultures et leurs terres. Parmi eux figurent les familles de Sumaya et de Salma, qui ont toutes deux eu du mal à se remettre sur pied financièrement après avoir perdu leurs moyens de subsistance agricoles en raison de la sécheresse et de l’augmentation de la salinité de l’eau. Malgré des opportunités économiques limitées, les entreprises dirigées par des femmes jouent un rôle essentiel pour assurer la survie des ménages, en particulier lorsque les soutiens masculins au sein de la famille sont dans l’incapacité de travailler.
Devenir la première femme à la tête d’une association d’agriculteurs
Sumaya Abdul Ali Taher, 46 ans, vit dans le nord de Bassorah avec sa mère âgée, dont le handicap limite sa mobilité, ainsi qu’avec la famille de son frère, qui compte six enfants. Célibataire, Sumaya assume une grande partie de la responsabilité du foyer et des soins à prodiguer à sa mère. Pendant des années, elle a gagné sa vie en cultivant des légumes et en les vendant sur les marchés locaux.
Mais la vie est devenue de plus en plus difficile à mesure que le changement climatique et l’augmentation de la salinité de l’eau endommageaient ses cultures, la privant ainsi de sa principale source de revenus pour sa famille. « Je me réveillais tous les matins pour m’occuper de mes cultures. Elles étaient ma seule source de revenus. Quand elles ont été détruites, j’ai eu l’impression que tous mes efforts avaient été réduits à néant », se souvient-elle.
Alors qu’elle luttait pour faire vivre sa famille, Sumaya a rejoint le programme des Champs-écoles paysans d’Action contre la Faim, financé par le gouvernement du Canada. Pendant six mois, elle a suivi deux ateliers de formation par mois portant sur l’agriculture, la commercialisation, la gestion du bétail et les pratiques agricoles adaptées au changement climatique. Le programme a apporté un soutien direct à 360 agriculteurs, dont 26 femmes.
Grâce à cette formation, Sumaya a non seulement renforcé ses connaissances agricoles, mais elle s’est également familiarisée avec la réglementation en vigueur, a élargi son réseau professionnel et a noué des liens avec des experts de la Direction de l’agriculture.
« J’ai posé beaucoup de questions, et chaque réponse m’a ouvert de nouvelles pistes de compréhension et de nouvelles opportunités », a-t-elle expliqué. Sumaya a également suivi une formation sur la gestion de la salinité de l’eau, notamment en recourant à des solutions telles que le forage de puits artésiens et la culture de plantes alternatives.
Lorsque l’Association des agriculteurs a annoncé ses élections, Sumaya a décidé de se présenter à un poste de direction. Elle est alors devenue la première femme du nord de Bassorah et l’une des premières de la province à se porter candidate. Sa décision a été accueillie avec scepticisme, et certains candidats ont ouvertement remis en question ses chances de réussite simplement parce qu’elle était une femme.
Déterminée, elle a mené campagne pour ce poste et l’a remporté avec 11 voix d’avance sur son concurrent le plus proche. « Ils disaient que je ne gagnerais pas, mais j’ai prouvé que les femmes sont capables d’assumer des responsabilités et d’apporter des changements. »
Depuis lors, elle a développé ses activités agricoles et commerciales et continue de soutenir les agricultrices rurales, en encourageant leur participation au sein de l’association et en les aidant à développer leurs compétences et leurs moyens de subsistance.
D’une petite pièce à une entreprise florissante
Salma Jaafar Mohammed, 50 ans, vit avec sa famille dans un petit village. Elle a une fille de 17 ans qui est encore scolarisée, tandis que son mari est dans l’incapacité de travailler en raison d’une maladie chronique. En tant que principale source de revenus, Salma subvient aux besoins de son foyer tout en partageant un logement exigu avec ses proches. Son seul espace personnel est une pièce unique qui lui sert à la fois de chambre et d’atelier. Malgré les contraintes liées aux soins qu’elle doit prodiguer à sa fille, à son mari malade et à sa belle-mère, Salma est restée déterminée à subvenir aux besoins de sa famille. Dans sa petite pièce, elle a commencé à confectionner des pâtisseries et des friandises pour les vendre au village. « Je savais que je devais être forte pour ma fille et mon mari », a-t-elle expliqué.
Un tournant décisif dans la vie de Salma est survenu lorsqu’elle a intégré un programme mis en œuvre par Action contre la Faim dans le cadre du projet « Solutions féministes à l’insécurité alimentaire liée au changement climatique », financé par le gouvernement canadien. Aux côtés de 29 autres femmes, elle a reçu une subvention de 1 500 dollars américains pour investir dans de nouveaux outils et équipements pour son entreprise. Elle a également suivi une formation de deux jours portant sur la gestion d’entreprise, le marketing et les bases de la comptabilité.
Ce soutien a permis à Salma de consolider et de développer son entreprise, lui ouvrant ainsi de nouvelles perspectives de croissance. «Grâce à ce projet, j’ai commencé à voir plus grand», explique Salma.
Grâce à ce soutien, Salma a développé une identité de marque pour ses produits et en a fait la promotion sur les réseaux sociaux. Elle a également mis en place un service de livraison gratuit, ce qui lui a permis d’atteindre des clients au-delà de son village et d’augmenter considérablement la demande. À mesure que son activité se développait, elle a créé des opportunités d’emploi en embauchant un livreur et une assistante à temps partiel. Elle a également décroché un contrat pour fournir des pâtisseries aux cantines scolaires locales.
Aujourd’hui, l’entreprise de Salma est devenue une source de revenus durable, avec une clientèle plus large et de nouvelles opportunités commerciales. À l’avenir, elle espère installer son activité dans un emplacement central du marché et voir sa fille obtenir son diplôme universitaire.
Les parcours de Sumaya et Salma montrent comment la résilience, la détermination et un accompagnement ciblé peuvent donner aux femmes les moyens de se forger des moyens de subsistance plus solides et d’apporter un changement durable au sein de leurs familles et de leurs communautés. En Irak, Action contre la Faim mène trois projets à travers le pays afin de venir en aide aux personnes les plus vulnérables.