• Sécurité alimentaire et moyens d'existence

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© Diana Sharone Tumuhairw pour Action contre la Faim

CSW70 : un moment clé pour les droits des femmes et la lutte contre la faim  

La CSW, c’est quoi ? 

La Commission de la Condition de la Femme (CSW) est la seule instance de l’ONU où se décident chaque année les grandes orientations internationales en matière d’égalité de genre et de droits des femmes et des filles. C’est là que les États négocient des engagements, que les ONG font entendre leurs priorités et que des avancées peuvent être actées via le vote des conclusions agrées, document négocié. 

Une CSW en pleine transformation 

En septembre 2025, l’ONU a adopté une résolution de revitalisation pour rendre la CSW plus efficace et plus proche du terrain. 
Parmi les principaux changements : 

La 70ᵉ session de la CSW, du 9 au 19 mars 2026, mettra l’accent sur un thème central : l’accès à la justice pour toutes les femmes et les filles. 

Un contexte mondial sous tension 

La CSW70 arrive dans une période marquée par la montée des mouvements anti‑genre, des attaques contre les droits sexuels et reproductifs et plus généralement contre l’égalité de genre, avec des tentatives de diluer ou d’affaiblir les normes internationales existantes, et des restrictions croissantes de la participation des organisations féministes et un rétrécissement de l’espace civique.  

C’est un moment où la CSW et les droits des femmes et filles peuvent soit se renforcer, soit être fragilisés. 

Quel lien avec la faim ? 

Nous pouvons définir les inégalités de genre comme l’ensemble des disparités, discrimination et déséquilibres qui existent entre les femmes, les hommes et les personnes de toutes identités de genre, dans l’accès aux ressources, aux droits, aux opportunités et au pouvoir.  
Action contre la Faim s’implique dans la CSW parce que les inégalités de genre sont l’une des causes qui accentue la faim dans le monde et l’une des conséquences car les femmes et filles sont proportionnellement plus touchées par la faim. Sans justice, les femmes ne peuvent pas faire valoir leurs droits fonciers (accès à la terre, ressources productives) et accèdent moins aux services essentiels (santé, nutrition, protection). Par ailleurs, elles bénéficient moins de filets de sécurité en cas de crise et elles sont plus exposées aux violences, souvent aggravées en période d’insécurité alimentaire. 

La CSW70 est donc une occasion unique de faire reconnaître au plus haut niveau ces liens entre justice, égalité et sécurité alimentaire

Ce haut lieu de négociation permet aussi d’aborder le sujet crucial du financement des actions de l’humanitaire et du développement.  

Aujourd’hui, un séisme financier touche la solidarité internationale : d’après une étude ISGlobal publiée dans The Lancet Global Health et synthétisée par la Fondation Rockefeller, la poursuite et l’accélération des coupes d’APD (− 32 Milliards de dollars (− 15,1 %) entre 2024 et 2025 puis une contraction prolongée ) pourrait entraîner jusqu’à 22,6 millions de décès supplémentaires d’ici 2030, dont 5,4 millions d’enfants. C’est le risque de démanteler 20 ans de progrès contre la malnutrition, avec un retour de mortalité dans des systèmes de santé déjà fragiles[1].   

[1] 93 Countries Worldwide at Risk of Losing Nearly 23 Million More People by 2030 | RF 

Ce que porte Action contre la Faim à la CSW70 

CSW70 : un tournant inquiétant pour les droits des femmes – Le bilan d’Action contre la Faim 

La 70e session de la Commission de la Condition de la Femme (CSW), consacrée à l’accès à la justice pour les femmes et les filles, s’est déroulée dans un climat diplomatique sans précédent. Action contre la Faim y a porté un message clair : sans justice, impossible pour les femmes d’accéder à leurs droits fonciers, aux services essentiels ou à une protection contre les violences, notamment dans les contextes de crise où nous intervenons. 

Un recul orchestré des droits des femmes 

Cette CSW a été marquée par de fortes attaques contre les acquis internationaux. Les États‑Unis ont tenté d’affaiblir le texte négocié en supprimant toute référence au genre, aux droits et santé sexuels et reproductifs (DSSR) ou encore à la société civile. Leur offensive, bloquée grâce à la mobilisation de plusieurs États  révèle une dynamique préoccupante : la CSW devient un espace défensif, où il s’agit désormais de protéger les avancées existantes plutôt que de progresser. 

Mettre en lumière les violences basées sur le genre et la protection des femmes humanitaires 

ACF a co‑organisé une table ronde dédiée à l’accès à la justice pour les femmes humanitaires, soulignant : 

En parallèle, en tant que co‑lead du “Call to Action on GBV”, ACF a plaidé pour des actions plus ambitieuses contre les violences basées sur le genre, notamment en RDC. 

Une société civile affaiblie 

Beaucoup d’organisations féministes des pays du Sud n’ont pas pu participer à la CSW, faute de financements ou en raison de lourdeur administrative. Leur absence interroge sur la capacité du système onusien à inclure celles qui vivent les crises et devraient être au cœur des décisions. Nous espérons que le processus de revitalisation de l’espace de la CSW prendra en compte ces difficultés. 

En conclusion 

La CSW70 a confirmé la montée des offensives contre les droits des femmes. Si le texte final a été préservé, la tendance est alarmante. Action contre la Faim poursuivra son engagement pour défendre les droits des femmes et des filles, aux côtés des organisations féministes et des partenaires internationaux.