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Briser le cycle de la sous-nutrition : comment des agents de santé communautaires ont sauvé les enfants de Rima et Shaimaa
L’histoire de Rima
Rima est une femme de 20 ans originaire d’un village de la région d’Alep, en Syrie. Elle a trois enfants : Hani, quatre ans, Thurayya, deux ans et demi, et Sama, un an. Elle vit avec eux et son mari de 22 ans, qui travaille en tant qu’ouvrier et touche un salaire très modeste. La jeune famille vit aussi avec le grand-père des enfants, qui les soutient et les aide à joindre les deux bouts.
La famille a subi une perte qui a profondément marqué Rima. À 20 ans, Rima avait déjà eu quatre enfants, après s’être mariée à 15 ans.
« J’ai perdu ma deuxième fille quand elle avait à peine trois mois », raconte Rima, les larmes aux yeux. « Elle ne grandissait pas et sa peau a commencé à se détériorer. Nous avons passé un mois à l’hôpital, mais son état était tellement critique à notre arrivée que les médecins n’ont rien pu faire pour elle. »
En observant ses deux plus jeunes filles, la peur a de nouveau envahi Rima. C’est alors qu’une équipe d’agents de santé communautaires est intervenue dans son village, soutenue par Action contre la Faim et financée par Affaires mondiales Canada. Leur mission était d’effectuer des visites à domicile, de diffuser des messages essentiels en matière de santé et de dépister la sous-nutrition chez les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes et allaitantes en mesurant leur périmètre brachial.

Mesure du périmètre brachial de Sama lors de la première visite
L’équipe a assuré le dépistage de la sous-nutrition chez les enfants, et les résultats ont été alarmants. La petite Sama présentait des signes évidents de malnutrition aiguë sévère, avec un périmètre brachial de 10,5 cm. Et si la mesure de 13 cm de Thurayya pouvait à première vue sembler normale, sa situation était également très inquiétante. Grâce à leur formation spécialisée, les membres de l’équipe ont remarqué des indicateurs subtils d’œdème, un gonflement indiquant une grave carence en protéines et signe d’un type de malnutrition aiguë très sévère appelé kwashiorkor. Ce syndrome est difficile à détecter, car un enfant peut paraître normal alors qu’en réalité, son corps est en train de se décomposer de l’intérieur.
Le personnel de santé a reçu une formation pour détecter cette affection mortelle. Les deux petites filles ont immédiatement été redirigées vers un centre de soins de santé primaire.
Rima se souvient de l’état dans lequel se trouvaient ses filles il y a quatre mois, avant l’intervention. « Avant d’être redirigées vers le centre de santé, mes filles étaient moribondes. Thurayya ne tenait même pas debout. Elle ne jouait pas, ne souriait pas… C’était comme si elle était en train de s’éteindre. »
Le chemin vers le rétablissement n’a pas été de tout repos. « Au début, j’avais très peur parce que ses mesures diminuaient », raconte Rima. Mais l’équipe de santé communautaire l’a rassurée en lui expliquant que, dans le cas des enfants présentant un œdème, il est courant que les mesures diminuent à mesure que le gonflement réduit. Ce n’est qu’après cette étape cruciale que le poids et le périmètre brachial commencent à augmenter naturellement, preuve que le processus de guérison suit son cours.

Le suivi de Sama montre une amélioration dans les mesures du périmètre brachial
« Le changement a été incroyable », déclare Rima, une lueur d’espoir dans les yeux. « Mes filles sont beaucoup plus actives, surtout Thurayya. Maintenant, elle arrive à marcher, elle essaie de danser et elle a retrouvé son énergie, ce que je ne pensais pas possible. Je tiens à remercier votre organisation pour son intervention, qui m’a changé la vie. Vous avez sauvé ma famille. Après la perte de mon autre fille, j’avais peur que Thurayya connaisse le même destin tragique que sa sœur. »
Le superviseur de santé communautaire a fourni un point de vue professionnel sur la situation de la famille, mettant en avant la grave réalité clinique à laquelle les filles étaient confrontées et soulignant à quel point l’intervention avait été décisive.
« La mère avait déjà perdu une fille à la suite des mêmes symptômes : un gonflement important et une desquamation de la peau », explique-t-il. « Cela indique un déficit immunitaire extrême dû à la sous-nutrition. Mais ce n’est pas seulement une statistique : c’est une tragédie évitable. Cette fois-ci, nos agents de santé communautaires ont été décisifs. Leur formation spécialisée leur a permis d’identifier immédiatement l’œdème, de confirmer sa gravité et de rediriger les petites filles. C’est la preuve qu’investir dans cet ensemble de compétences spécifiques sauve des vies. Sans leur vigilance, ces deux petites filles auraient probablement subi le même sort que leur sœur. »
Aujourd’hui, le rire de Thurayya est le meilleur indicateur de son rétablissement, qui a été rendu possible grâce aux connaissances, à la compassion et à l’intervention en temps opportun de notre équipe.
L’histoire de Shaimaa
Shaimaa est une femme d’une trentaine d’années, mariée et mère de sept enfants. Elle et les autres membres de sa famille ont été déplacés pendant sept ans en raison de la situation sécuritaire dans leur région d’origine. Lorsqu’ils sont rentrés dans leur village de la région d’Alep, leur maison était occupée. N’ayant nulle part où aller, ils sont désormais hébergés dans la petite maison d’un proche.
Le poids des difficultés financières de toute la famille repose sur ses épaules. « Mon mari travaille au marché aux légumes », explique-t-elle. « Il ne gagne pas grand chose : environ 300 000 livres syriennes (20 euros) par mois, parfois un peu plus. Les temps sont durs. Avec autant d’enfants, nous avons même du mal à payer le lait et les couches. »
Leur manque de ressources les a contraints à prendre des décisions difficiles et déchirantes.
« Nous avons dû trouver des moyens de nous en sortir dont nous ne sommes pas fiers », confesse Shaimaa. « Nous avons remplacé les couches par des morceaux de tissu que je lave et réutilise constamment. Lorsque nous n’avons pas les moyens d’acheter du lait maternisé, je donne un mélange d’amidon et d’eau aux bébés. Cela me fend le cœur. »
Nos agents de santé ont rendu visite à Shaimaa et ont fait une découverte pour le moins surprenante. « Lorsque nous avons essayé de prendre les mesures de Jamil, leur plus jeune fils, notre bracelet était trop grand pour lui. Nous avons dû couper le bracelet pour pouvoir le mesurer », explique l’un d’entre eux. Et ils n’avaient encore jamais pris une telle mesure : 7,8 cm, une mesure critique qui indiquait que Jamil était en train de lutter pour sa vie. « Nous avons immédiatement redirigé la mère et l’enfant vers l’unité de nutrition du centre de soins de santé primaire. »

Jamil lors de la première visite des agents de santé communautaire.
Après avoir été informée de la grave sous-nutrition de ses enfants, Shaimaa a partagé une histoire douloureuse. « J’ai sept enfants vivants, mais j’en ai perdu six », confesse-t-elle. « Maintenant, je suis de nouveau enceinte et je me sens complètement impuissante. » Sa capacité à prendre des décisions concernant sa propre santé est limitée, car son mari refuse d’avoir recours à la planification familiale en raison de croyances traditionnelles profondément ancrées dans la société.
Jamil reçoit désormais 30 sachets de beurre de cacahuètes thérapeutique toutes les deux semaines, tandis que son frère aîné, Raed, reçoit 60 sachets préventifs par mois pour protéger sa santé.
« Mes enfants, surtout Jamil, étaient complètement apathiques. Ils n’arrivaient même pas à lever la tête. Jamil était si maigre que je pouvais voir chacun des os de son petit corps. » Shaimaa lève la voix : « Après la première visite des agents de santé communautaires et grâce au suivi très étroit de l’organisation, Jamil s’est considérablement amélioré. Il joue, il interagit et ses mesures se sont beaucoup améliorées. »
Les larmes aux yeux, elle supplique : « Je ne vous demande qu’une seule chose, c’est de continuer à intervenir. S’il vous plaît, aidez aussi les personnes âgées et les maris, car ce qui manque le plus dans notre communauté, c’est la sensibilisation. Je remercie votre organisation du fond du cœur. Vous avez sauvé mon fils. Aujourd’hui, il est ici, dans mes bras. Je ne l’ai pas perdu. »
Après l’intervention, le responsable de la santé communautaire d’Action contre la Faim a réfléchi sur les causes sous-jacentes de la sous-nutrition dans la ville natale de Shaimaa. « La région d’As-Safirah présente les taux de sous-nutrition les plus élevés de toute la Syrie », explique-t-il. « La cause est un réseau complexe de pauvreté, de manque d’éducation, de traditions néfastes et, pire encore, de mariages d’enfants et d’accouchements fréquents. »

Le suivi de Jamil montre une amélioration importante
Il a immédiatement signalé les faits. « Shaimaa s’est mariée à 13 ans, et son mari avait seulement un an de plus. La jeune mère a été enceinte 13 fois et a perdu six enfants pour des raisons directement ou indirectement liées à la sous-nutrition, et elle-même souffre également de sous-nutrition. Malheureusement, il ne s’agit pas d’un cas isolé. Il existe d’innombrables familles comme celle-ci. Les interventions comme la nôtre ne sont pas seulement utiles, mais vitales. Elles ont un impact considérable et durable sur le tissu social. »
À la date de publication de ces articles , 1 732 enfants et femmes enceintes et allaitantes souffrant de sous-nutrition faisaient l’objet d’un suivi actif dans la ville d’Alep et ses zones rurales grâce aux interventions en cours d’Action contre la Faim, financées par Affaires mondiales Canada.
Leur histoire montre que, même si sauver des vies est essentiel, le rétablissement à long terme implique de doter les communautés tout entières des connaissances nécessaires pour renforcer leur résilience et générer un changement durable.