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Le miel fait vivre les communautés rurales au Yémen
© Hasnaa Ahmed pour Action contre la Faim.

Au Yémen, le miel fait vivre les communautés rurales

Dans un pays où 18,3 millions de personnes sont confrontées à l’insécurité alimentaire, l’apiculture demeure un pilier économique et culturel pour de nombreuses communautés rurales. Grâce à son soutien aux apiculteurs des gouvernorats d’Al Hodeïda et de Lahj, dans le sud du Yémen, Action contre la Faim (ACF) contribue à préserver cette activité ancestrale tout en renforçant la résilience des communautés face aux crises en cours.

Après plus d’une décennie de conflit, le Yémen continue de faire face à l’une des crises humanitaires les plus graves au monde, avec 22 millions de personnes ayant besoin d’une assistance humanitaire en 2026[1]. La détérioration de l’économie, marquée par l’effondrement de la monnaie nationale, la hausse des prix et les impacts croissants du changement climatique, a fortement fragilisé les moyens de subsistance de la population.

Parmi les secteurs les plus durement touchés par la crise prolongée que traverse le pays figure l’apiculture. Entre 2019 et 2024, la production de miel dans les régions les plus chaudes a diminué de 20 à 25 % et s’est accompagnée d’une réduction de 10 à 15 % des populations de colonies d’abeilles. Le conflit en cours a encore davantage fragilisé le secteur, entraînant une baisse de plus de 50 % de la production et des exportations de miel[2]. Par conséquent, de nombreux apiculteurs peinent à maintenir une source de revenus stable.

Action contre la Faim (ACF), avec le soutien du Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), en partenariat avec la Youth Family Care Association (YFCA) et en coordination avec le Ministère de l’Agriculture, de l’Irrigation et de la Pêche (MoAIF), aide les agriculteurs, les éleveurs et les apiculteurs à retrouver des sources de revenus et vise à renforcer durablement la sécurité alimentaire de zones rurales dans les gouvernorats d’Al Hodeïda et de Lahj.

Le projet a soutenu l’organisation en groupes de producteurs de 900 agriculteurs, dont 200 apiculteurs, afin d’améliorer leur action collective et leur accès aux marchés. Il a également facilité l’accès au financement grâce à des groupes d’épargne et à des mises en relation avec des institutions de microfinance, et a soutenu 456 petites entreprises grâce à des formations adaptées, un accompagnement au développement des activités et des micro-subventions.

L’apiculture : une source ancestrale de nutrition et de revenus

Ancrée dans des traditions ancestrales, l’apiculture constitue une source essentielle de nutrition et de revenus pour les communautés rurales. En 2020, 100 000 ménages yéménites pratiquaient l’apiculture et en dépendaient comme unique moyen de subsistance[3]. Malgré les effets du conflit et des chocs climatiques sur la production, le secteur reste l’une des industries les plus importantes du pays, avec une valeur de marché estimée à près de 500 millions de dollars par an[4].

Aliment hautement nutritif, le miel occupe une place particulière dans les habitudes alimentaires yéménites. Il est couramment consommé au petit-déjeuner, il accompagne de nombreux plats traditionnels et il est également largement utilisé dans la médecine traditionnelle pour traiter diverses affections.

La réputation internationale du miel yéménite repose en grande partie sur des variétés prestigieuses telles que les miels de Sidr, de Samur et de Salam, dont la production s’appuie sur la pratique ancestrale de l’apiculture transhumante. Tout au long de l’année, les apiculteurs déplacent leurs ruches traditionnelles à travers le pays, des vallées arides aux zones montagneuses, en suivant les cycles de floraison. Cette mobilité leur permet d’optimiser à la fois la qualité et le rendement de leur production de miel tout en préservant les ressources naturelles.

Une activité essentielle à la préservation des écosystèmes

L’apiculture joue un rôle clé dans la protection de la biodiversité et la préservation des écosystèmes du Yémen. Les apiculteurs dépendent directement de la santé des espèces végétales productrices de nectar, en particulier du jujubier (arbre Sidr). Cette dépendance constitue une forte incitation à protéger ces arbres contre l’exploitation excessive, la dégradation des sols et le changement d’affectation des terres.

En transférant le pollen d’une fleur à l’autre, les abeilles favorisent la reproduction de nombreuses espèces végétales sauvages et cultivées. Cette fonction contribue au maintien de la diversité florale, favorise la régénération naturelle des paysages et soutient la production agricole.

Grâce à leur activité de pollinisation, les abeilles soutiennent également l’ensemble de la chaîne alimentaire. Une végétation diversifiée bénéficie à un large éventail d’espèces animales, des oiseaux et petits mammifères aux autres insectes pollinisateurs, renforçant ainsi la résilience des écosystèmes.

« L’apiculture présente l’avantage supplémentaire de générer des revenus tout en œuvrant à la préservation des ressources naturelles. Nécessitant relativement peu de terres et d’eau, elle constitue une alternative durable à des activités agricoles plus intensives susceptibles d’accélérer la dégradation des habitats » explique Waheeb Hizam, responsable du programme sécurité alimentaire et moyens d’existence d’Action contre la Faim au Yémen.

Dans de nombreuses communautés rurales, la protection des zones de floraison, la lutte contre la désertification et la promotion d’une gestion durable des ressources sont ainsi devenues à la fois des priorités environnementales et économiques.

L'apiculture, une activité essentielle à la préservation des écosystèmes au Yémen
© Hasnaa Ahmed pour Action contre la Faim.

Un secteur fragilisé par la crise et les chocs climatiques

Pourtant, les apiculteurs yéménites sont confrontés à de nombreux défis qui limitent leurs revenus potentiels. Ils doivent faire face aux maladies et parasites affectant les colonies d’abeilles, à la diminution des ressources florales, à un accès limité à des équipements appropriés et à des connaissances techniques, ainsi qu’à l’insuffisance des systèmes de contrôle qualité permettant de lutter contre les produits de qualité inférieure ou contrefaits.

En outre, les communautés rurales restent largement exclues des marchés formels à forte valeur ajoutée en raison de chaînes d’approvisionnement fragmentées, de coûts de transport élevés et de la concurrence de produits de faible qualité ou falsifiés. Ces contraintes entravent considérablement la capacité des petits exploitants agricoles et des apiculteurs à obtenir des prix équitables, à améliorer la qualité de leurs produits et à établir des liens durables avec les marchés.

Par ailleurs, la pratique traditionnelle de l’apiculture migratoire, un processus essentiel à la production de miel, est devenue de plus en plus coûteuse en raison de la hausse des prix du carburant. Dans certaines régions, ces déplacements sont également rendus dangereux par la présence de mines terrestres ou la proximité des lignes de front.

Mufaddal Adbulraqeb Ameen est un apiculteur de 48 ans originaire du village de Hajriyah (district de Tur al Baha, gouvernorat de Lahj). Sans revenu fiable, il peinait à répondre aux besoins nutritionnels quotidiens de sa famille. « La pression économique était écrasante. Chaque semaine, les denrées alimentaires de base devenaient plus chères et subvenir aux besoins essentiels à mes six enfants était une préoccupation constante », se souvient-il.

Ces défis sont aggravés par les effets du changement climatique. En effet, le Yémen connaît un nombre croissant de phénomènes météorologiques extrêmes, notamment des sécheresses prolongées, mais aussi des fortes pluies et des crues éclair.

« La pénurie d’eau affecte la production de nectar des fleurs. Les abeilles volent plus longtemps et parcourent de plus grandes distances pour trouver de l’eau et de la nourriture, et les colonies peuvent par conséquent produire moins de miel en raison de possibilités de butinage réduites. À l’inverse, les pluies intenses pendant les périodes de récolte perturbent considérablement l’activité des abeilles ou, en particulier en cas de crues éclair, emportent même les ruches, entraînant d’importantes pertes économiques pour les apiculteurs » explique Waheeb Hizam, responsable du programme Sécurité alimentaire et Moyens d’existence d’Action contre la Faim au Yémen.

Renforcer durablement les capacités des apiculteurs

Pour répondre à ces défis, Action contre la Faim (ACF), avec le soutien du Ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ) et en coordination avec le Ministère de l’Agriculture, de l’Irrigation et de la Pêche (MoAIF), a fourni un ensemble intégré de soutien à l’apiculture conçu pour établir des microentreprises durables, en se concentrant sur les zones rurales où les rendements agricoles ont chuté jusqu’à 40 % en raison des chocs économiques et climatiques.

Chaque ménage participant reçoit un ensemble complet comprenant des ruches modernes Langstroth, des colonies d’abeilles locales en bonne santé, des équipements de protection et des outils spécialisés pour la récolte. Au-delà de la distribution de matériel, le projet propose des formations pratiques intensives sur l’extraction hygiénique du miel, la gestion écologique des parasites et le classement de la qualité après récolte. Un appui en matière de résilience climatique et de préservation de la biodiversité est également fourni grâce à des stratégies d’adaptation permettant aux apiculteurs de protéger leurs ruches face aux phénomènes météorologiques extrêmes et à l’évolution des saisons de floraison. Ces interventions sont mises en œuvre en étroite collaboration avec la Yemen Family Care Association (YFCA), une organisation nationale jouant un rôle clé dans le renforcement de la résilience économique locale et des systèmes de marché.

L’adoption de pratiques apicoles modernes a permis d’améliorer nettement la productivité, la stabilité des revenus et la résilience du foyer de Mufaddal et des six membres de sa famille.

« Les formations pratiques et les ruches modernes ont complètement transformé ma façon de travailler. J’ai appris à inspecter les cadres en toute sécurité et à maintenir les colonies en bonne santé tout au long de l’année. J’ai désormais une source de revenus stable qui me permet de subvenir aux besoins de mes enfants et de couvrir nos dépenses quotidiennes. Ce projet nous a rendu notre indépendance et notre espoir », explique-t-il.

Avant de bénéficier du soutien du projet, Waleed Hassan Ta’eb Nasser, 53 ans, originaire du village d’Al-Tabahi, dans le district de Tur Al-Baha, élevait des abeilles à l’aide de ruches traditionnelles creusées dans des troncs d’arbres et de méthodes apicoles rudimentaires. Lui aussi peinait toutefois à subvenir aux besoins de sa famille de neuf personnes.

« Je perdais régulièrement des colonies entières parce que je n’étais pas capable de détecter suffisamment tôt les maladies des abeilles ni d’inspecter correctement les cadres de couvain. Chaque récolte était un pari, et il nous arrivait souvent de perdre les abeilles en même temps que le miel », raconte-t-il. « La formation a représenté un véritable tournant pour moi, notamment grâce à l’apprentissage de la gestion des ruches modernes. Pour la première fois, j’ai appris à identifier des maladies spécifiques du couvain et des parasites qui détruisaient auparavant mes ruches à mon insu. »

En remplaçant les ruches traditionnelles en tronc d’arbre par des équipements apicoles modernes, les apiculteurs peuvent améliorer considérablement à la fois leur production de miel et la résilience de leurs colonies. « Nous estimons que cette amélioration technique permet aux apiculteurs d’augmenter leurs rendements annuels en miel jusqu’à 200 %, tout en réduisant le taux de mortalité des colonies d’abeilles de 45 % à moins de 10 % », ajoute Waheeb Hizam.

Grâce à l’augmentation significative de sa production de miel, Waleed vend désormais du miel local de qualité supérieure sur les marchés locaux de Lahj. « Les revenus tirés de la vente du miel me permettent aujourd’hui de nourrir ma famille et d’envoyer mes enfants à l’école. L’apiculture n’est plus seulement un combat quotidien : elle est devenue une source durable de dignité et de stabilité pour mon foyer », conclut Waleed.

Dans le cadre de son soutien intégré au secteur apicole, Action contre la Faim a apporté une assistance financière et technique à l’organisation du premier Festival national du miel à Aden. L’événement a rassemblé des apiculteurs indépendants, des producteurs et commerçants de miel, des coopératives agricoles ainsi que des organisations internationales, créant une plateforme unique d’échange entre agriculteurs, acteurs du secteur privé et décideurs. Il a mis en lumière l’importance de l’accompagnement technique, du partage des connaissances et de l’intégration aux marchés, en complément de la fourniture d’actifs productifs. Un stand dédié, animé par un consultant technique spécialisé en apiculture, a offert aux visiteurs des conseils spécialisés sur les pratiques apicoles modernes et la gestion des ruches.

Fort du succès du festival, le Festival national du miel devrait devenir un événement annuel. Parallèlement, le Ministère de l’Agriculture, de l’Irrigation et de la Pêche (MoAIF) prévoit de créer un Centre national de l’apiculture et de la production de miel afin de fournir un appui technique continu aux apiculteurs, de garantir le respect des normes de qualité et de renforcer le développement du secteur, tout en améliorant la préparation des futures éditions du festival.

L'apiculture permet d’améliorer nettement la productivité, la stabilité des revenus et la résilience du foyer au Yémen
© Hasnaa Ahmed pour Action contre la Faim.

À propos d’Action contre la Faim au Yémen

Action contre la Faim (ACF) intervient au Yémen depuis 2012. La réponse d’Action contre la Faim dans le pays couvre à la fois le nord et le sud du Yémen, avec des opérations dans les gouvernorats d’Al Hodeïda, Hajjah, Lahj et Abyan, et vise à s’attaquer aux causes immédiates et sous-jacentes de la malnutrition. Action contre la Faim met en œuvre une réponse intégrée et multisectorielle couvrant la santé et la nutrition, la santé mentale et le soutien psychosocial, la sécurité alimentaire et les moyens d’existence, ainsi que l’eau, l’assainissement et l’hygiène. En 2025, 843 821 personnes ont participé à nos programmes.

À travers ses interventions en sécurité alimentaire et moyens d’existence, mises en œuvre en partenariat avec la Youth Family Care Association (YFCA), ACF soutient les ménages vulnérables en améliorant leur sécurité alimentaire et leur résilience grâce à l’agriculture durable, à l’élevage, aux microentreprises et à la diversification des opportunités de moyens d’existence dans les gouvernorats de Lahj et d’Al Hodeïda.

[1] https://yemen.un.org/en/312711-ocha-yemen-yemen-humanitarian-needs-and-response-plan-2026-march-2026

[2] https://reliefweb.int/report/yemen/honey-and-hope-securing-yemens-beekeeping-livelihoods

[3] 2020-Aug-13—Beekeeping-Market-Study.pdf

[4] https://reliefweb.int/report/yemen/honey-and-hope-securing-yemens-beekeeping-livelihoods