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Nutrition santé ACF Haiti © Christophe Da Silva pour Action contre la Faim

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Haïti

Lutter contre l’insécurité alimentaire

Aussi, depuis juillet 2018, le pays a expérimenté le phénomène « Peyi lock ». Ce dernier s’est traduit par de violentes manifestations accompagnées de nombreux barrages routiers, des pénuries de carburant récurrentes, une paralysie de l’activité économique, des institutions et des services étatiques déconcentrés, une augmentation constante du taux d’inflation qui atteignait 23,4% en mai 2020 et un augmentation annuelle de près de 30% du coût moyen du panier alimentaire selon une étude menée début 2020 par la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaire en Haïti (CNSA). Aussi, l’impact du phénomène « Peyi Lock » a particulièrement touché les zones enclavées du territoire comme le Bas Nord-Ouest déjà fragilisé par une succession de chocs et la sécheresse chronique.

 

"LES CULTURES SOUFFRENT DU MANQUE DE PRECIPITATIONS ET LE BETAIL SE MEURT FAUTE DE FOURRAGE, D’ACCES AUX SOINS ET D’ACCES A L’EAU."
APELUS SETOUT
AGRICULTEUR DE JEAN RABEL, Haïti

Apelus Setout, un agriculteur de la localité de Kaletan située sur la commune de Jean Rabel expliquait en février 2020 comment le secteur de l’agriculture souffrait déjà du manque de pluies et comment le bétail mourrait faute de fourrage, d’accès aux soins et d’accès à l’eau. Aussi, le phénomène « Peyi Lock » a grandement contribué à l’aggravation de la situation d’insécurité alimentaire de la population en influant sur l’accessibilité et la disponibilité des semences et des intrants des premiers acteurs économiques de cette zone.

Eli Jean, Directeur engagé de la Laiterie « Let a Gogo » de Jean Rabel expliquait pour sa part dans quelle mesure cette succession de chocs subis par la population du Bas Nord-Ouest depuis 2014 à ce jour contribuait à la dégradation de la situation socio-économique des ménages et contraignait les éleveurs de la zone à vendre leur bétail. A ce titre, le fonctionnement de la laiterie a fortement été impacté, sachant que la capacité de production de l’infrastructure est estimée à 120 gallons de lait par jour et que son fonctionnement peut générer d’une part près de 15 emplois directs tout en assurant l’approvisionnement de l’ensemble du département du Nord-Ouest, et garantir d’autre part un revenu régulier aux éleveurs.

 

"EN RAISON DU MANQUE DE SOUTIEN MATÉRIEL ET TECHNIQUE ET DU MANQUE DE MISE EN RÉSEAUX DES ACTEURS DU SECTEUR QUI PERMETTRAIENT DE RELANCER LA PRODUCTION LOCALE, L'ÉCONOMIE LOCALE SE MEURT"
ELISON DUFREINE
COORDINATEUR D’UNE ASSOCIATION LOCALE DE JEAN RABEL, Haïti

Elison Dufreine, Coordinateur d’une association locale d’agriculteurs et de commerçantes, insistait également sur les potentialités économiques et agricoles du Bas Nord-Ouest et de ses ressources. Selon lui « un appui matériel et technique et une meilleure mise en réseau des acteurs du secteur permettraient de redynamiser la production locale (maïs, mil et Acamil utilisé dans le traitement de la malnutrition) ».

Concernant la situation sanitaire, si l’épidémie de COVID 19 semble relativement contenue avec 10 203 cas confirmés, dont 8 725 traités et 236 décès recensés au 4 janvier 2021, il est néanmoins important de noter que l’état d’urgence décrété en mars 2020 pour une durée de 4 mois, ainsi que les différentes mesures et restrictions prises par le gouvernement et les dirigeants des différents pays partenaires comme les USA et la République Dominicaine (fermeture des frontières), ont contribué à un ralentissement notable de l’économie en Haïti qui demeure fortement dépendante des importations. Outre la rareté et la flambée des prix des produits de première nécessité et des denrées alimentaires observées au cours de cette période, les ménages dont les ressources proviennent de l’agriculture, du commerce et de l’économie informelle (notamment les femmes), ont subi une pression importante, voire une perte totale de leurs revenus et de leurs moyens d’existence.

Aussi, les deux dernières analyses IPC (Cadre intégré de classification de la sécurité alimentaire) réalisées par la CNSA en octobre 2019 et en août 2020, ont permis d’alerter sur la situation d’insécurité alimentaire qui touche aujourd’hui près de 42% (4 millions) de la population haïtienne et qui devrait évoluer défavorablement d’ici les prochains mois pour atteindre la barre des 4.4 millions.

Enfin, avec un report des élections locales, municipales et législatives en 2021 et la nomination le 18 septembre 2020 d’un Conseil Electoral Provisoire chargé notamment de l’organisation d’un référendum constitutionnel largement contesté par l’opposition, la fluctuation inquiétante de la monnaie locale ainsi qu’une hausse constante et inquiétante des cas d’enlèvements contre rançon et des assassinats depuis fin 2020 (nouvelle forme de prise d’otage de la population), l’année 2021 s’annonce particulièrement complexe avec le spectre de nouveaux épisodes de paralysie aux conséquences désastreuses sur la situation d’insécurité alimentaire de la population et une augmentation inquiétante des cas de malnutrition aigüe pour les enfants de moins de 5 ans.

A noter qu’en 2020, près de 80% des besoins identifiés dans le plan de réponse humanitaire d’Haïti n’ont pu être répondus, le secteur de la Sécurité Alimentaire et des Moyens d’Existence n’ayant été couvert qu’à hauteur de 16.3% et celui de la Santé Nutrition à hauteur de 15.5%.

Nutrition santé ACF Haiti © Christophe Da Silva pour Action contre la Faim

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Située dans le Bas Nord-Ouest, la commune de Jean Rabel compte près de 148 000 habitants et son économie repose exclusivement sur les secteurs de l’agriculture, de l’élevage et du commerce. Géographiquement, située sur la Faille Septentrional et point de sortie des cyclones, la commune est également régulièrement témoin d’épisodes de sécheresse induits par le Changement Climatique. Déficit pluviométrique, pénurie d’eau, baisse de la productivité agricole, accélération du phénomène d’érosion se traduisant notamment par des épisodes d’inondations et des mouvements de terrain localisés, émergence de nouveaux vecteurs de maladies, sont ainsi le quotidien des Jean-Rabeliens.

En conséquence, les ménages, dont l’accès et la disponibilité à la nourriture sont compromis, ont adopté des stratégies d’adaptation érosives depuis plusieurs mois (Vente de bétails, consommation de semences, déboisement, exode rural) qui ne cessent d’augmenter leur vulnérabilité, en particulier celle des femmes, des enfants, des personnes âgées et des personnes en situation d’handicap.

Aussi, afin de supporter les ménages en difficultés de cette commune, Action Contre la Faim implémente actuellement un projet de sécurité alimentaire financé par la Swedish International Development Agency. Ce programme est le fruit d’une réflexion et collaboration étroite avec les autorités locales et leaders communautaires de Jean Rabel afin de mieux adresser les enjeux économiques et sociaux de la commune.

A ce titre le projet répond d’une part aux besoins urgents en lien avec la situation d’insécurité alimentaire, et d’autre part au renforcement des capacités des acteurs locaux dans une logique de développement. Le projet comprend :

  1. Des activités de transferts monétaires (incluant la distribution de coupons alimentaires frais afin de favoriser la diversification alimentaire et la consommation de produits locaux) auprès de 1 320 ménages ne disposant pas de revenus stables et ayant perdu leurs moyens d’existence,
  2. Le renforcement des capacités matérielles et techniques (face aux enjeux du changement climatique) de 35 agriculteurs afin de redynamiser la production locale et l’approvisionnement des marchés locaux,
  3. L’appui à une association locale dans une logique de renforcement des capacités organisationnelles et techniques du tissu associatif local et de son leadership,
  4. Des activités de vulgarisation de l’agroécologie au sein de 8 écoles, afin de sensibiliser la nouvelle génération sur des pratiques agriculturales durables et respectueuses de l’environnement.

A travers ce projet, Action Contre la Faim tend avant tout à partager avec les communautés les outils dont elles ont besoin pour de devenir plus résilientes face la récurrence des chocs.

Nelly Mitja
Coordinatrice terrain d’Action contre la Faim
Haïti

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