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Mères réfugiées Ethiopie camp Gambela ©Lys Arango pour Action contre la Faim

Témoignages

Santé mentale

Les réfugiées sud soudanaises arrivent traumatisées en Ethiopie

Les conditions de vie de dans les camps sont précaires et encore plus dans le camp de Nguenyyiel, le plus récent qui se trouve dans la région de Gambella près de la frontière. Plus de 75 000 y résident, le plus grand camp est peuplé à 88% de femmes et d’enfant, la population la plus exposée à la faim.

Selon nos études, 68% des femmes enceintes et allaitantes dans le camp ont des problèmes psychologiques allant de niveaux élevés comme la dépression ; l’anxiété et la peur. Mais elles souffrent aussi de symptômes post traumatiques, d’automutilation et de pensées suicidaires ainsi que l’abus de substances ou symptômes psychotiques. Ces troubles psychologiques ont impact sur les personnes touchées mais aussi sur tout leur entourage, leur famille et surtout leurs enfants.

 

se réfugier en Ethiopie

 

Quand la guerre a éclaté en Soudan du Sud, Nyalat et Nyahok ont fui leurs maisons juste avec ce qu’elles avaient sur le dos. Elles ont pris leurs enfants par la main et ont entrepris, chacune de leur côté, un périple pour traverser la frontière avec l’Ethiopie à pieds et se réfugier dans la région de Gambella comme des millions d’autres personnes.

Elles ont passé 6 jours dans la forêt quand elles ont appris qu’il y avait eu une tuerie. « Ils avaient attaché mon mari à un arbre avec 3 autres hommes. Ils les ont mutilés à la machette jusqu’à les assassiner d’un coup de feu. » C’est à partir de ce moment-là que Nyalat a perdu pied. « J’ai arrêté de chercher de quoi me nourrir, de ramasser du bois… je passais mes journées à pleurer.» Peu après elles ont trouvé le camp de réfugiés en Ethiopie. Leur situation s’est améliorée elles ont pu accéder aux services de base, mais cela n’a pas mis fin aux cauchemars qui les tracassaient.

« Même quand j’essayais de mettre de côté les pensées négatives et que j’essayais d’être positive, la nuit les fantômes du passé revenaient me hanter. Un jour j’ai même pensé, une seconde, à prendre mes enfants et me jetter dans un lac pour que nous puissions mourir tous ensemble. » Nyahok a voulu s’ôter la vie pour en finir avec la souffrance.

 Malgré avoir pu se mettre à l’abri, les deux mères après de tels événement sont tombées dans une profonde dépression déclenchée par les différents traumatismes et la mort de leurs maris respectifs. Nyalat et Nyahok ont vécu des épreuves similaires comme deux vies parallèles et ne se sont rencontrées il y a quelques mois seulement, dans un groupe de mères dirigé par Action contre la Faim.

« Je peux commencer ? » demande Nyalat assise sur un tabouret avec son petit dernier entre les bras. Nyalat reprend son souffle avant de continuer.

"Nous vivions dans une zone tranquille avant que la guerre vienne tout ravager."
Nyalat
Camp de Nguenyyiel, Réfugiée sud soudanaise

Nyalat a fui à pied avec ses 5 enfants et sur le trajet on leur a tout volé : « Nous n’avions plus de chèvres et le peu qu’on avait ils nous l’ont pris. On dormait dans la boue, sans rien pour pouvoir nous tenir chaud, nous n’avions pas de vêtements, ni de chaussures, ni d’eau, ni de nourriture » confie-t-elle.

Réfugiée Sud Soudan en Ethiopie ©Lys Arango pour Action contre la Faim

©Lys Arango pour Action contre la Faim

Groupe de soutien psychologique pour les mères réfugiées ©Lys Arango pour Action contre la Faim

©Lys Arango pour Action contre la Faim

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L’odyssée de Nyahok a commencée à Kaldak mais elle n’est pas différente des épreuves que Nyalat a traversées. « Nous avons tous fui dans des directions différentes. La zone était sous contrôle des dinka, c’est eux qui ont tué mon mari et mon oncle.

« Nous avions peur de mourir aussi alors j’ai pris les enfants et nous sommes partis nous cacher dans le bois ».

C’était la saison des pluies et Nyahok a traversé plusieurs régions de son pays, a pieds, seule avec ses enfants à la recherche d’un refuge.

Elle s’est retrouvée à la frontière éthiopienne en mars 2017 et vit dans le camp de Gambella depuis. Nyahok a fait tout le trajet en ne pensant qu’à une chose, sauver ses enfants. Ce qui l’avait aidée à garder le cap c’était l’instinct de survie qui la poussait à être toujours en mouvement, tout cela s’est effondré lorsqu’elle a arrêté de courir et qu’elle avait enfin un endroit pour se réfugier. Une fois l’adrénaline et la pression de la fuite retombées, cela a laissé place au traumatisme. « Je n’arrivais plus à dormir, je ne faisais que pleurer la mort de mes parents ; de mon mari et de mon oncle. L’idée du suicide m’a souvent traversé l’esprit. » raconte-elle encore affligée par l’histoire.

Nyahok et Nyalat sont arrivées au centre d’Action contre la Faim à Nguenyyiel où elles ont trouvé le soutien de nos équipes qui les ont intégrées aux séances de thérapie groupées et individuelles. Ce qui a sauvé ces femmes a été de se rendre compte qu’elles n’étaient pas seules dans cette épreuve.

 

Soigner les traumatismes pour lutter contre la sous-nutrition

 

Parmi les activités visant à améliorer le bien-être psychologique de ces femmes, Action contre la faim forme des groupes de soutien auprès des mères. C’est un espace où ils peuvent se rencontrer pour parler, chanter, partager leurs expériences et s’informer sur l’allaitement maternel exclusif, l’hygiène et d’autres pratiques de soins qui contribueront à prévenir la malnutrition. Au cours de ces séances, Mary, l’assistante psychosociale du centre, insiste sur la transmission d’un message clé : « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir ».

Soutien psychologique aux mères réfugiées ©Lys Arango pour Action contre la Faim

Nyahok l’a compris rapidement car elle dit que dès le jour où elle est entrée dans le programme, elle a réalisé qu’elle n’était pas seule : « Action contre la faim m’a ouvert les yeux ». Elle est aujourd’hui la meilleure ambassadrice de la réussite car en partageant son histoire avec d’autres femmes, elle parvient à les motiver à aller de l’avant. De plus, la communauté des réfugiés est devenue sa nouvelle famille. Nyahok avait peu de contacts avec les autres femmes avant mais maintenant elle estime que « votre voisine peut vous traiter comme une sœur : si vous tombez malade la nuit, elle peut vous rendre visite et si vous avez de mauvaises pensées, elle peut vous changer les idées. »

Pour sa part Nyalat assure qu’elle a aussi vécu cette transformation : « Maintenant je sais que je ne suis pas la seule à avoir perdu mon mari, l’important c’est d’aller de l’avant et sortir mes enfants de cette situation. » Elle reprend son souffle avant d’affirmer : « je peux commencer une nouvelle vie. »

 

Notre combat contre la sous-nutrition serait en vain sans un soutien en santé mentale. Les troubles psychologiques, le stress, la peur qui découlent de la fuite ou d’expériences traumatisantes sont très présent au sein de populations de réfugiés et de déplacés. Les personnes fuyant des guerres sont trop exposées à ce type de blessures psychiques et le soutien que nous fournissons même s’il est essentiel est trop manque de financements.

Encore aujourd’hui, des tabous sur la santé mentale, sur le fait de voir une psychologue ou psychiatre sont encore très encrés dans beaucoup de sociétés. A travers nos programmes et en organisant des groupes de mères et de pères pour libérer la parole nous visons à briser ce tabou afin de mieux répondre aux besoins des personnes affectées.

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