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À la Une

« Il y a une instrumentalisation dangereuse de l’aide en Afghanistan »

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    • Une situation humanitaire inquiétante : les conséquences de la guerre

 

« Plusieurs facteurs de déstabilisation de la population coexistent en Afghanistan. Mais la résurgence du conflit depuis 2008 est un élément majeur : la décision des administrations Bush et Obama, mais aussi d’autres pays, d’augmenter les contingents présents en Afghanistan a eu un « effet miroir » sur le nombre des forces insurrectionnelles, également en augmentation. Ce dernier fait a entraîné une multiplication des incidents de sécurité. Aujourd’hui, l’est, le sud et l’ouest du pays sont largement insécurisés. Le Nord est quand à lui en phase de déstabilisation. On constate en Afghanistan un renversement de la situation : jusqu’en 2008, le pays était majoritairement stable à l’exception de certaines zones d’insécurité. A présent, il reste quelques « poches de sécurité » dans un pays majoritairement instable. De ce fait, l’accès aux populations devient de plus en plus difficile dans tout le pays alors que celles-ci subissent de plus en plus les effets de la guerre. »

 

– Conséquences humaines

 

« Les civils se retrouvent pris entre deux feux et pâtissent évidemment de ces opérations. L’insurrection de son côté utilise la terreur pour asseoir son pouvoir, et s’en prend aux institutions internationales, aux représentants du pouvoir officiel (comme les gouverneurs de province), mais également aux civils. »

 

– Conséquences sur la sécurité alimentaire

 

« Le conflit auquel nous assistons en Afghanistan a par ailleurs des conséquences importantes sur la sécurité alimentaire des populations : l’accès à des provinces majoritairement agricoles come Ghor ou Day Kundi est de plus en plus réduit alors que les populations ont besoin qu’engrais, outils et semences y soient acheminés afin de pouvoir cultiver la terre. Même si les rendements agricoles s’annoncent meilleurs cette année, ils ne seront néanmoins pas suffisants pour assurer l’autonomie alimentaire de la population, vue la faiblesse de l’appareil productif. Le souhait de la Conférence de Paris de l’an dernier de remettre l’agriculture au coeur de l’aide internationale va demander beaucoup d’efforts s’il veut se voir appliquer. L’agriculture a en effet longtemps été le grand oublié de l’aide à l’Afghanistan, dans un pays pourtant majoritairement agricole. Les conditions climatiques de plus en plus dures en Afghanistan ne facilitent pas ce processus : plus qu’une sécheresse, c’est un véritable processus de désertification qui est notamment engagé dans les provinces de Ghor et Day Kundi et qui réduit d’autant la capacité de production des agriculteurs. Ainsi l’an dernier lorsque cette faible production locale s’est ajouté à la hausse des cours mondiaux, les prix de la nourriture ont explosé dans bien des zones du pays (jusqu’à 150%), plongeant d’autant les Afghans dans la pauvreté et la faim. Du fait de l’insécurité, il nous est impossible de lancer de véritable projets de développement qui s’attacheraient à réduire les impacts de cette désertification : nous pallions l’urgence mais ne pouvons faire de long terme.»

 

– Augmentation des personnes déplacées par le conflit

 

« Les pratiques migratoires changent depuis l’an dernier : par exemple, dans la province de Daykundi, c’était très souvent le fils aîné ou le chef de famille qui partait clandestinement en Iran. A présent, des familles entières quittent la province. En septembre 2008, les autorités locales ont enregistré 2000 demandes supplémentairesde passeport par rapport à l’année précédente. Ces demandes concernaient des familles. Même si il est difficile de connaître l’impact du conflit sur les mouvements migratoires, nul doute que les villages rasés et les cultures détruites du fait de la guerre de l’opium ont des conséquences sérieuses sur les populations. Les populations qui arrivent dans les camps aux abords de Kaboul se massent par familles entières dans des abris de fortune exigus en boue séchée. ACF souhaite que ces populations soient reconnues par le Haut Commissariat aux Réfugiés comme déplacés de guerre, mais parler de guerre en Afghanistan semble être un tabou pour cette institution, qui limite leur statut à celui de déplacés économiques. Il semble aussi y avoir une réticence de la part du gouvernement afghan vis-à-vis de ces déplacés : des pourparlers pour trouver des solutions d’assistance plus pérennes, telles que l’installation de puits et de latrines dans leurs lieux de regroupement, ont échoué car le gouvernement estime que les déplacés de Kaboul ne sont pas à leur place. Nous ne pouvons donc y mener que des distributions d’eau potable par camion. Enfin, il est toujours difficile de savoir s’il y a des camps de déplacés dans les régions de l’est et du sud, très difficiles d’accès : aucune donnée ne circule sur ces zones. »

 

    • Une instrumentalisation dangereuse de l’aide

 

« Les populations afghanes subissent également les conséquences d’une aide internationale de plus en plus instrumentalisée. En effet, l’aide est le plus souvent répartie par les forces de la coalition en fonction de leurs zones de combat, et donc de critères militaires et non en fonction des besoins des populations les plus vulnérables. Ainsi, quand 4 districts en situation de conflit ont perçu 16 millions d’euros d’aide de la France (AFD) pour la période courant jusqu’à la fin de l’année car ce sont là que les militaires français interviennent, d’autres restent sans aide alors que la situation exige une assistance. Ces fonds débloqués par l’AFD sont allés aux ONG qui mettent en oeuvre les programmes suggérés par les CIMIC (civils rattachés à l’armée) dans le cadre de pratiques consistant à envoyer les personnels d’aide humanitaire après le passage des militaires dans une zone donnée. ACF refuse de s’intégrer à ces pratiques, car nous considérons que le rôle des militaires doit s’en tenir à la sécurisation, et ne pas empiéter sur l’aide. On ne peut d’ailleurs pas appeler cette aide, une « aide humanitaire » : le geste humanitaire se fonde exclusivement sur des critères de besoins et de solidarité et ne répond en aucun cas à des intérêts militaires ou politiques. S’inscrire dans une logique de corridor humanitaire en collaboration avec l’armée est donc impensable, c’est pourquoi ACF préfère s’assurer son propre accès humanitaire en travaillant sur son « acceptation » par la population. Cette acceptation se fonde sur le respect des principes humanitaires, d’indépendance, de neutralité et d’impartialité. Associer intervention politico-militaire et « aide humanitaire » nuit a la mise en oeuvre de ces principes par les ONG et peut conduire à des situations qui mettent en danger la sécurité physique des travailleurs humanitaires et des populations bénéficiaires de cette aide : lorsque les Provincial Reconstruction Teams ou PRT (les CIMIC anglo-saxons) construisent des cliniques dans des zones ou les forces internationales interviennent, celles-ci sont détruites par les insurgés, car elles portent l’empreinte de la coalition, et attirent donc les actions violentes de la part des insurgés. Par ailleurs, certains zones – encore calmes mais vulnérables en termes humanitaires, telles que les provinces du Nord – du pays menacent de créer une violence factice afin d’attirer l’attention de la communauté internationale – seul moyen apparent d’obtenir une assistance qui fait jusqu’à présent cruellement défaut. Loin d’apaiser la situation, cette instrumentalisation peut créer au contraire davantage d’insécurité. De même, lorsque des communautés bénéficient de programmes justifiés par une logique politico-militaire, les bénéficiaires peuvent être pris à parti par les insurgés au motif qu’ils collaborent avec la coalition, et voir ce qui leur a été apporté détruit par les insurgés. Là est le danger d’associer la population civile à ce type de projet motivé par des objectifs politico-militaires. Par ailleurs cette confusion – entretenue sciemment – entre action humanitaire et stabilisation risque de positionner les ONG comme des cibles légitimes dans le regard des groupes insurrectionnels, Si ces organisations ne peuvent plus avoir accès à la population car ciblées par l’insurrection, alors c’est la population qui n’a plus accès à l’aide. »

 

    • Des élections sous tension

 

« La crainte d’attaques se porte à présent sur les élections présidentielles et provinciales du 20 août prochain : des actions contre les postes électoraux et les représentants de l’autorité publique dans un contexte de guerre civile sont en effet à redouter. Un certain nombre de districts sont passés aux mains des insurgés. Dans certains de ces districts, les opposants au régime de Karzai veulent montrer à la population, exaspérée par 30 années de guerre, qu’ils représentent une alternative politique crédible. Et l’éventualité qu’ils puissent être entendus est grande, car l’assistance apportée par les autorités n’est pas satisfaisante : les livraisons de blé, par exemple, prennent fréquemment du retard, et bénéficient en priorité aux partisans du pouvoir en place, ce qui entraîne une certaine lassitude de la population. La population ne souhaite pas le retour des Taleb, mais il règne un certain désenchantement quant à l’intervention débutée en 2001, qui est de moins en moins soutenue par une partie de la population, quand celle-ci soutenait majoritairement la venue des troupes étrangères à leur arrivée. »

 

L’Afghanistan est le premier pays où ACF a ouvert une mission, en 1979. L’association intervient dans plusieurs provinces telles que Kaboul (ville et campagne), Day Kundi, Ghor, Samangan ou Parwan. Les actions engagées diffèrent selon les lieux d’intervention, et vont de la distribution de bétail, semences et nourriture à la prévention de la malnutrition, en passant par des programmes d’eau et d’assainissement. 6 expatriés et 150 employés nationaux viennent en aide à 180 000 personnes.

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