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Témoignages

une arme contre la faim

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Les Rohingyas, un peuple sans terre

Dans ce pays du sud-est asiatique, frontalier de l’Inde et de la Chine, la population birmane et le bouddhisme sont l’ethnie et la religion majoritaires. Cependant plusieurs autres ethnies et religions sont ancrées sur le territoire de l’Union de Myanmar, dont celle des Rohingyas. Sous cette appellation, on désigne communément les musulmans originaires du sous continent indien vivant dans le nord de l’Etat de Rakhine, province frontalière du Bangladesh. En 1982, lors d’une réforme de la loi sur la nationalité, la junte militaire au pouvoir décide de ne plus reconnaître la citoyenneté birmane à cette population musulmane. De ce fait, il leur est par exemple très difficile de se déplacer sans autorisation, leurs terres ne leur appartiennent plus. Beaucoup d’ailleurs fuient sur les routes, souhaitant rallier le Bangladesh voisin, provoquant un véritable exode.

Action contre la Faim intervient depuis 15 ans dans ce pays. Fidèle aux valeurs de sa charte, ACF s’efforce de venir en aide à la population, sans tenir compte de l’ethnie ou de la religion. Ainsi, depuis son arrivée, Action contre la Faim a ouvert différents programmes dans le pays : des programmes de nutrition à Sitwee à l’ouest, des programmes d’accès à l’eau, d’assainissement, d’hygiène, et de sécurité alimentaire dans la province du Kayah à l’est et dans le delta de l’Irrawaddy au sud, et des programmes de nutrition, d’eau, assainissement et hygiène, et de sécurité alimentaire dans le nord Rakhine. Aujourd’hui avec une vingtaine d’expatriés et près de 600 employés locaux la Birmanie est l’une des plus importantes missions d’ACF. En 2008, une aide a été ainsi apportée à plus de 250 000 personnes. Intégrant la multiethnicité de cette nation, ACF recrute ses salariés dans toutes les communautés, dans un souci d’équilibre. Ces dispositions permettent une relative acceptation de la présence d’ACF au sein des différentes communautés, et un dialogue intercommunautaire au sein des équipes. Si elle est assez bien perçue par la population, les rapports avec les autorités sont parfois plus complexes. La lourdeur administrative empêche le déploiement d’une action humanitaire de très grande ampleur.

Recréer le lien Mère-enfant

Julie est responsable des programmes des pratiques de soins à Sittwe associés aux programmes nutritionnels. Sa journée commence à 8 h 30, par l’accueil du staff national. C’est le moment où il faut régler les soucis internes et manager les équipes pour la journée. Puis, l’équipe part à la rencontre des patients et vérifient leur état de santé. Deux membres de l’équipe se chargent d’accueillir les mères arrivant au centre nutritionnel avec leur enfant, et déterminent, en plus de la prise en charge de l’enfant malnutri, s’il y a lieu de faire suivre une thérapie individuelle à la maman, souvent très jeune et désorientée. La journée s’écoule en diverses activités allant de la détection de la malnutrition chez l’enfant à l’encadrement psychologique de la mère souffrant souvent d’un profond traumatisme (abandon du mari, perte d’un enfant, isolement de la communauté). En théorie, Julie termine sa journée à 19 h 30, mais comme elle l’avoue elle-même, celle-ci ne se termine jamais vraiment. De retour dans la maison où est logé l’encadrement d’Action contre la Faim, les équipes continuent d’échanger et de discuter de certains cas qui les préoccupent ou au contraire dont ils notent des améliorations. L’inconfort des conditions de vie, la dureté du travail sont contrebalancés par « l’envie qui anime les équipes et leur implication dans les programmes », nous raconte Julie.

Pourquoi faire de la psychologie pour lutter contre la faim ? La question est peu connue mais n’en reste pas moins essentielle. Par son expérience, Action contre la Faim sait que combattre ce fléau de façon ponctuelle, en ne traitant que la malnutrition, ne suffit pas. Chez l’enfant, la malnutrition peut être certes causée par une mauvaise alimentation, mais aussi et plus généralement qu’on ne le croit, par le délabrement de la cellule familiale, entraînant souvent de mauvaises pratiques de soins. En effet, la position de la femme dans la culture Rohingya est très « traditionnelle » ; pour beaucoup sa place est la maison. C’est ainsi par exemple que la femme birmane n’a pas de système de portage (tel le boubou africain) pour son enfant, elle n’est pas censée sortir de chez elle. De plus, en Birmanie, il n’est pas rare que les femmes soient délaissées par leurs maris, soit pour une autre épouse, soit parce qu’ils sont partis chercher du travail ailleurs. Abandonnées et isolées du reste de la communauté, elles n’ont alors que très peu de moyens pour survivre. Les infrastructures sanitaires manquent cruellement, elles sont alors complètement démunies face à un enfant malnutri qui refuse de manger, qui est très irritable, et ne cesse de pleurer. Elles ont donc tendance à se détacher de cet enfant, et ce pour au moins deux raisons.

Tout d’abord, beaucoup de ces femmes ont déjà perdu un enfant, certaines ont vu mourir deux de leurs enfants en vingt jours, elles se détachent alors de l’enfant par « peur du deuil »nous explique Julie. Aussi, l’une des premières tâches de Julie est de recréer le lien mère-enfant en les accompagnant tous les deux lors du processus de guérison. Ce lien filial est très important dans le traitement de la malnutrition, car ce n’est qu’une fois épanoui au sein de sa famille que l’enfant peut véritablement guérir et s’ouvrir au monde extérieur.

Mais le travail de Julie comporte également une autre dimension toute aussi importante. De nombreuses mères ont été mariées très jeunes, sans avoir pu suivre une réelle éducation, et ont ensuite été emmenées loin de leur foyer. Au nord Rakhine, le suivi de grossesse n’existe pas, beaucoup ignorent donc les bonnes pratiques à adopter pour s’occuper d’un enfant. Parfois, ces femmes cachent aussi un profond traumatisme ; le travail de Julie consiste alors à aider ses mères à leur monter comment allaiter l’enfant, le sevrer, et comment faire lorsqu’il pleure. Au sein des centres nutritionnels, des groupes de paroles sont constitués, les femmes peuvent s’exprimer en toute liberté. Julie et son équipe vont profiter des moments passés au centre pour leur donner des conseils sur l’hygiène, les bonnes pratiques d’allaitement, et favoriser le contact entre la mère et l’enfant par l’univers du jeu afin de recréer ce lien mère-enfant, aussi ténu soit-il.

La mère est libre de repartir quand elle le souhaite, aussi Julie et ses équipes travaillent beaucoup sur la responsabilisation en tant que femme et en tant que mère afin d’éviter toute rechute et assure un suivi de plusieurs semaines après le départ des mères du CNT, chaque fois que cela est possible. En quittant le CNT, la mère doit être dans un meilleur état d’esprit. La famille (mari, frères et soeurs de l’enfant malnutri) est volontiers associés au processus de guérison afin d’éviter les tensions futures. Quant à la portée de son action, Julie prend du recul : « En Birmanie, il y a très peu de traditions de soins, on ne peut être sûr que les mères continuent les soins chez elles et sur une longue période, mais une mère cherche toujours le meilleur pour son enfant ».

« On sait pourquoi on est là. »style= »text-decoration:underline; »>

Si le rétablissement du lien mère-enfant est un préalable à toute guérison, ce n’est pourtant pas suffisant. Au sein des CNT, l’enfant a été soigné et la mère a pu exprimer ses problèmes et ses traumatismes mais l’un des aspects du travail de Julie est aussi d’assurer la pérennité des résultats obtenus au centre. Or, dans une société où, par tradition, la femme est réduite au rôle d’épouse, il est très difficile de travailler sur la réinsertion sociale. Le suivi psychologique assuré par les équipes d’Action contre la Faim doit donc tenir compte de ce contexte ; et aider les personnes suivies dans le centre à retrouver une position sociale, à travers l’exercice d’un métier qui les revalorisera et qui leur donnera les moyens de survivre. Pour cela, des cours de couture sont donnés aux mamans ainsi qu’aux enfants en âge. Ils confectionnent leurs propres vêtements et cela favorise l’émergence d’une économie familiale, assurant ainsi le devenir de la mère, de l’enfant et de la famille.

Parce que l’être humain évolue dans un contexte, au coeur d’un groupe social, combattre la faim ce n’est pas uniquement assurer l’alimentation et traiter les cas de malnutrition. Action contre la Faim, au cours de ses trente années de lutte a su entrevoir les différentes dimensions du fléau et a compris à quel point l’approche psychosociale était une partie intégrante du problème. Lutter contre la faim, c’est aussi combattre le lot de malheurs qu’elle colporte. Pour autant, s’il est facile de l’écrire, la réalité du terrain est parfois tout autre : comment être sûr que les femmes appliquent les recommandations prescrites dans ce pays où se déplacer est si compliqué? Action contre la Faim, comme acteur humanitaire doit d’ailleurs régulièrement s’interroger sur ses stratégies, prendre du recul et se poser de nombreuses questions : comment travailler avec l’administration ? Où intervenir, il y a tant à faire ? Comment définir les priorités dans les programmes ? Pour Julie, « il y a toujours un risque de vouloir faire du développement avec du matériel d’urgence. »

On comprend donc que la malnutrition est une problématique complexe. Traiter la maladie seule ne suffit pas à guérir l’enfant de manière durable. Très vite, il faut intégrer la dimension psychosociale de cette calamité pour être efficace et sauver durablement des vies. En ce qui concerne Julie, qui à son arrivée devait encadrer une équipe peu formée aux missions confuses, le fait d’avoir su donner un sens à son activité et initier une cohésion de groupe, est suffisant : « on sait pourquoi on est là. »

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