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Témoignages

Tchad

une des raisons de la crise

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En effet, le Kanem représente en surface environ un cinquième de la France avec essentiellement des petits villages disséminés un peu partout, soit près de 1500 villages ! 

 

Afin de détecter au plus tôt la malnutrition des enfants, sensibiliser jusqu’aux villages les plus reculés la population aux signes et aux causes de la malnutrition et assurer un suivi auprès des enfants abandonnant le traitement, ce réseau de volontaires est essentiel. En accord avec les comités villageois et les chefs de village, un « référent village » a donc été désigné pour chaque village chargé bénévolement de ce suivi pour son village. Il est lui-même encadré par un « relai communautaire », également bénévole, qui va superviser et relayer les informations reçus sur une zone d’environ 10  villages.

 

C’est la tâche de Magali, – nutritionniste-, et des 7 personnes de son équipe de former, d’accompagner et de superviser ces près de 1500 personnes : une tâche immense !

 

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Magali part aujourd’hui retrouver Taher et Hadji, membres de l’équipe et responsables d’une zone d’environ 400 villages ! Leur zone de responsabilité correspond à celle de sept centres de santé dans lesquels sont installés des centres nutritionnels. Magali les retrouve donc au Centre nutritionnel ambulatoire de Mourzougui, où restera Seydou, le responsable des programmes de nutrition, qui va superviser ce centre aujourd’hui. Auprès des responsables de ce centre, Taher et Hadji récupère le nom d’un enfant qui a abandonné le traitement pour une raison inconnue alors qu’il était malnutri aigue sévère : il n’est pas venu la semaine passée et n’est pas encore arrivé ce matin. Le but : pouvoir aller rendre visite à la famille pour comprendre pourquoi l’enfant ne vient plus prendre son traitement : est-ce la distance, la « fausse » impression que l’enfant va mieux et qu’il n’est pas nécessaire de poursuivre, un problème familiale, … autant de raisons à comprendre pour aider ou réexpliquer à la famille si besoin l’importance de suivre le traitement dans son ensemble pour éviter les rechutes et les risques d’aggravation.

 

Avec son nom et celui de son village en poche, Taher, Hadji et Magali partent donc en direction du petit village de Wagga, à 30 mn de là. En plus de retrouver la famille, il s’agit pour eux de faire le point avec le référent de ce village qu’ils ne connaissent pas encore ainsi que le relai communautaire. En arrivant, ils les font donc appeler, le chef du village et un certain nombre d’hommes se joignent également à la discussion. 

 

Mehmet, le relai communautaire explique : « je supervise 10 villages et donc 10 référents village qui se chargent du dépistage de la malnutrition et du référencement quand ils trouvent des cas d’enfants malnutris vers le centre nutritionnel le plus proche. Comme les villages sont éloignés les uns des autres et que nous n’avons pas de moyens de transport, nous nous retrouvons les jours de marché ou le vendredi, jour de la prière.»

 

Le chef du village poursuit « ce système de maillage est important car si il y a une urgence avec un enfant, il y a toute un réseau d’informations en place pour pouvoir transmettre l’information à ACF, qui va pouvoir envoyer une voiture pour transporter l’enfant au plus vite au Centre nutritionnel thérapeutique. Ici, nous n’avons pas de voitures, ni de système d’ambulance, c’est le seul moyen en cas d’urgence. » « De même, avec les dépistages, on arrive à trouver plus tôt des enfants malnutris et donc on peut les soigner plus vite et éviter un retard qui peut être mortel » explique Hadji.

 

 

Le chef du village reprend « à Wagga, les gens récoltent surtout le mil et ils font un peu d’élevage également. Ici, pour les rares qui ont eu des récoltes, c’était un mois de stock maximum. Aujourd’hui, les greniers sont vides. Beaucoup d’hommes actifs sont aujourd’hui partis en ville pour essayer de trouver du travail, comme marchand ambulant par exemple. De même, les éleveurs sont partis loin d’ici avec les troupeaux pour essayer de trouver des pâturages et sauver les bêtes. Du coup, il n’y a plus de lait dans le village, ni l’huile que l’on fabriquait à partir du lait. Ici, nous sommes dans un village isolé : il n’y a pas de marché. Il faut aller dans les villes d’à côté, mais même là-bas, l’approvisionnement est aléatoire : parfois il y a des céréales mais parfois il n’y a rien. On aurait du bénéficier de ventes subventionnées qu’organisaient le gouvernement il y a un mois, mais cette aide est restée dans les villes : elle n’a pas atteint les villages comme le nôtre. Un marchand ambulant en chameau passe de temps en temps dans le village mais il ne vient pas toujours, ces stocks sont petits et surtout c’est très cher. Notre problème principale aujourd’hui, c’est trouver des céréales ». 

 

Que des hommes plutôt âgés effectivement autour de la natte ou sinon des très jeunes : « dès que les enfants ont plus de 18 ans, ils partent pour essayer de trouver du travail et envoyer de l’argent au village. » C’est ainsi, un peu le problème du référent nutrition de ce village : c’est un homme âgé de plus de 60 ans. Du coup, pour lui, c’est trop dur de marcher sous le soleil pour visiter les familles, rester debout, s’accroupir, mesurer les enfants… Mais la fonction de référent village, bien que bénévole et une place importante dans le village qu’on ne peut pas donner à n’importe qui. Après discussion avec Hadji et Taher, il sera décidé de lui adjoindre un jeune qui pourra l’aider à mener ces activités. Magali en profite pour rappeler que la surveillance, la détection des enfants malades, … est l’affaire de tous et pas seulement du « référent village ». Hadji et Taher refont une démonstration pour montrer comment mesurer le périmètre brachial d’un enfant et ainsi détecter s’il souffre potentiellement de malnutrition. 

 

Entre temps des nouvelles de l’enfant qui a abandonné le traitement sont arrivées : ils sont en route vers le centre nutritionnel. Avec près de 3 heures de route pour revenir vers Mao, il est déjà temps de repartir. Magali fait un point avec Hadji et Taher qui vont rester pour poursuivre leur tournée des villages « je connais bien cette zone, dit Taher, j’y ai participé à des enquêtes il y a quelques mois ».

 

Au retour, alors que l’’on devait reprendre Seydou sur le chemin, il est finalement parti en urgence avec un enfant repéré au CNA mais dont l’état est trop grave pour qu’il soit traité à domicile. Ils sont vite repartis vers le CNT de Mao pour qu’il soit hospitalisé. « D’où l’importance de renforcer autant que possible la sensibilisation aux signes de la malnutrition et la détection la plus précoce possible des enfants atteints », explique Magali. « C’est un travail de fourmi de former plus de 1000 personnes village par village. Mais c’est également à ce prix que notre travail sera durable : nous ne savons pas pour combien de temps exactement ACF sera là, mais ces personnes, elles, vont rester dans leur village. Si nous voulons que notre intervention soit durable et faire évoluer les connaissances sur la malnutrition, nous devons nous appuyer sur les communautés ! »

 

 

Lucile Grosjean

 

 

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