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AFG_2018-04-19_702 © Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

En Immersion

Sounds of Kabul #3

Plus forts que les bombes

Plusieurs rues de la ville sont encore marquées du sceau des attaques terroristes. En janvier 2018, l’hôtel Intercontinental a été la cible d’un attentat qui a fait 18 morts. Mes collègues me désignent cet hôtel depuis la voiture, comme on montre une tombe tristement célèbre. Ces cibles ponctuent la ville de mausolées de tristesse. Pourtant, en dépit de ces terribles événements, la vie reprend son cours après chaque attaque.

Kaboul est une ville qui semble déchirée entre un appétit de modernité et un éternel rappel au traditionalisme. Peuplée de plus de 6 millions d’habitants, la ville est en bonne partie asphaltée. On y trouve des centres commerciaux et des immeubles modernes. Internet est presque partout et la population est assez connectée. Mais en raison des conflits incessants, certains biens sont très difficile d’accès. Le jour de mon arrivée est marqué par une attaque des talibans qui a coupé l’électricité dans une grande partie de la ville. Nous nous débrouillons tant bien que mal avec un générateur pour recharger nos appareils électriques et avoir un peu d’eau chaude. Puis, peu avant mon départ, la ville sera marquée par un autre événement tragique : une attaque, de DAESH cette fois, contre un centre électoral, dans laquelle plus de 50 personnes ont perdu la vie et plus de 100 autres ont été blessées.

AFG_2018-04-18_120 © Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

Sediq

© Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

AFG_2018-04-17_462 © Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

Masooma

© Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

AFG_2018-04-17_554 © Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

Hadji

© Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

AFG_2018-04-18_104 © Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

Zarifa

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AFG_2018-04-19_702 © Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

Noori

© Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

AFG_2018-04-19_726 © Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

Ninon

© Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

1/6

De la bravoure

C’est dans ce contexte difficile et stressant que travaillent nos collègues afghans chez Action contre la Faim. Je passe chaque après-midi avec eux, à les écouter raconter l’impact de ces violences sur leur vie quotidienne, sur leur travail, sur l’aide humanitaire. Ces femmes et ces hommes qui travaillent pour notre organisation en Afghanistan, racontent avec passion leur travail. Massooma, Hadji, Zarifa, Sidiq, Ariana, Noori : âgés de 20 à 60 ans, ils m’expliquent leur pays, leurs difficultés, la peur. A la question « comment vient-on en aide lorsque l’on est soi-même menacé ? », ils répondent par un doux sourire, un regard pensif ou un aplomb qui force le respect.

Pour mes collègues afghans, Kaboul est une ville en mouvement, qui tend vers une situation qui empire. Ils vont au travail sans savoir s’ils rentreront chez eux le soir, avec au ventre la perpétuelle angoisse d’être au mauvais endroit, au mauvais moment.

C’est pour les femmes que la situation reste aujourd’hui la plus difficile. Comme toujours en Afghanistan, elles sont les premières victimes. Elles travaillent pour soutenir leur famille et lutter contre la pauvreté, mais sont souvent cibles de critiques pour exercer un métier et avoir une activité en dehors de la maison. Lorsqu’elles doivent se déplacer sur le terrain, précise Massouma, du département eau, assainissement et hygiène, c’est avec un mahram, c’est-à-dire un homme qui est leur mari, ou alors au contraire avec lequel elles ne peuvent pas se marier, et qui doit veiller sur leur honneur. Ainsi, quand Massouma se rend à Ghor ou à Helmand, où Action contre la Faim a des activités en eau, assainissement et hygiène, elle est accompagnée par son père.

Aujourd’hui, l’angoisse sclérose la ville, car la menace est constante, diffuse, et arbitraire.

Ils sont très nombreux à avoir été victimes ou témoins d’une attaque, ou à avoir un proche qui a vécu ce traumatisme.

Du régime taliban à la république islamique : une menace arbitraire qui sème la terreur

Cela fait 40 ans que l’Afghanistan voit les conflits et les guerres se succéder. Parler d’un seul conflit quarantenaire serait une erreur historique. Mais si les crises ont suivi des évolutions et des événements divers, des violences incessantes et protéiformes frappent bien le pays depuis plusieurs décennies. L’instabilité a commencé en 1978 avec un coup d’état pro-communiste. Le nouveau président ainsi porté au pouvoir a ensuite a été assassiné. Il y eut plus tard un autre coup d’état soutenu par l’URSS, qui mena lui au début d’une grande ingérence internationale. Depuis, les différentes crises qui se sont ensuivi ont mis le pays à feu et à sang.

En 2014, le départ des troupes américaines et la tenue de nouvelles élections auraient pu amorcer un nouveau départ. Mais le chaos autour des élections – dans lesquelles les deux candidats opposants atterrissent tous les deux au pouvoir – ainsi que l’influence des Talibans, qui contrôlent encore aujourd’hui une grande partie du territoire, puis l’apparition progressive de DAESH, n’ont fait que renforcer l’insécurité dans la ville et l’impact sourd des violences sur les populations civiles.

Malgré les efforts déployés pour stabiliser le pays, la situation sécuritaire et humanitaire a continué de se détériorer en 2017. Des vagues successives de violence ont provoqué la fuite d’un grand nombre de personnes. En 2017, 1 100 personnes en moyenne par jour¹ ont été obligées de fuir leurs foyers, en raison des combats et de la violence.

AFG_2018-04-19_401 © Sandra Calligaro pour Action contre la Faim

Continuer à aider, coûte que coûte

L’arrivée de DAESH a complexifié le conflit déjà en cours entre le gouvernement et les différentes factions de Talibans. Aux attaques perpétrées par les uns, les autres répondent par la même violence. Les attentats se multiplient dans les villes, où le nombre de « suicide bombers » ne décroît pas. Le règne de la terreur a gagné le pays, au sein duquel 40 ans de conflits avaient déjà créé des situations d’extrême précarité.

Aujourd’hui, le chômage et la pauvreté sont très élevés : 40% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté², et 8,7 millions de personnes³, soit plus d’un quart de la population du pays, ont des besoins chroniques.

Alors, me disent mes homologues afghans, il faut continuer à travailler pour l’aide humanitaire. Coûte que coûte. Et quand ils le disent, cela semble sonner plus fort, bien plus fort que les bombes.

Sounds of Kabul

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