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ACTION CONTRE LA FAIM - TCHAD

En Immersion

Tchad

L’emploi pour assurer le futur

« Ici on roule en convoi, à deux voitures, pour des raisons de sécurité. On a eu quelques tentatives de car-jacking dans les semaines passées » m’explique Ibrahim, le coordinateur terrain de Mao, dans la région du Kanem au Tchad, tout en refermant la portière du 4×4. Direction le village de Miouh à une heure de route où Achta Binti Ismael, une femme de 35 ans nous attend.

Nous sommes au cœur de la bande sahélienne qui coure de l’Océan Atlantique à la Mer Rouge, traversant la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Tchad, le Soudan et l’Erythrée. Les véhicules cheminent difficilement dans les dunes émaillées de quelques acacias. Conduire sur le sable est tout un art que notre chauffeur maitrise à la perfection, ce qui n’empêche pas d’être ballotés dans tous les sens. Christophe, le photographe, s’agrippe à son sac de matériel pour éviter toute casse. Cela fait rire Ali, notre collègue tchadien qui sera également notre interprète « On appelle ça la danse ».

Achta nous attend. Entourée d’un mur de torchis blanchi par le soleil, son habitation comprend une cour, une maison de torchis et une case faite de branchages dans laquelle elle exerce son activité de fabrication alimentaire de beignets et de pâtes de blé appelées « pâtes de nouilles ». C’est dans cette dernière qu’elle nous conduit pour nous présenter son travail.

Travailler 

Il faut se baisser pour passer le seuil et ôter ses chaussures. Les yeux s’acclimatent doucement à la pénombre. A l’extérieur, la lumière est aveuglante. Plus tard dans l’après-midi on atteindra les 48°C. Les conditions de vie sont rudes dans le Sahel et les opportunités de ressources rares.

Comme plus de 18 000 personnes répartis dans 40 villages des régions du Kanem et du Bar-El-Ghazal, Achta fait partie d’un projet de promotion de l’emploi[1] qui vise à soutenir les personnes dans le développement de leurs activités que cela soit du maraîchage ou bien des petits commerces comme la fabrication et la vente de produits alimentaires ou l’élevage de petits ruminants, afin de faire face aux chocs économiques, climatiques ou sécuritaires.

Christophe Da Silva pour Action contre la Faim

Christophe Da Silva pour Action contre la Faim

Christophe Da Silva pour Action contre la Faim

Christophe Da Silva pour Action contre la Faim

Christophe Da Silva pour Action contre la Faim

Christophe Da Silva pour Action contre la Faim

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« J’ai commencé cette activité il y a 4 ans, après le décès de mon premier mari, raconte Achta, mais j’ai dû m’endetter pour acheter les farines. Il y a 7 mois j’ai reçu le soutien du projet et cela a amené un grand changement. Action contre la Faim m’a fourni un kit avec de la farine de blé, des arachides, des sacs de riz, des bidons d’huile, une table sur laquelle je mets mes produits, deux machines : une machine à nouilles, une machine à pate d’arachide, des poêles à frire. »

Achta nous montre la fabrication de ses pâtes de nouilles. Il faut tout d’abord mélanger la farine à l’eau pour constituer la pâte puis la pétrir et former des galettes qui seront passées une première fois dans le laminoir pour égaliser leurs épaisseurs. Elle utilise ensuite une machine à pâte manuelle réglée pour découper des spaghettis. Celles-ci sont mises à sécher sur une corde puis conditionnées dans des sachets de plastique qu’Achta vend au marché du mardi ou directement chez elle.

"Maintenant avec l’appui du projet j’ai une certaine autonomie."
Christophe Da Silva pour Action contre la Faim
Achta Binti
, Tchad

« Avant, quand je travaillais à crédit, j’avais beaucoup de difficultés, maintenant avec l’appui du projet j’ai une certaine autonomie. Désormais mes enfants mangent à leur faim, il ne leur manque rien pour l’instant. Ils peuvent enfin aller à l’école, alors qu’avant pour subvenir aux besoins de notre famille ils travaillaient avec mon mari sur notre parcelle d’agriculture. »

Pour assurer la pérennité de ces activités et leur efficience, des groupes sont également constitués en associations villageoises de crédit et d’épargne qui permettent aux membres de cotiser et d’investir l’argent ainsi récolté dans la croissance de leurs microentreprises ou dans des achats bénéfiques à la communauté.

Avant de quitter Achta, cette dernière nous montre le toit de sa maison. Réalisé en bois, il est par endroits au bord de l’affaissement. « Quand j’aurai mis assez d’argent de côté, je referai la toiture car j’ai peur qu’elle ne s’effondre sur mes enfants. Sinon j’ai comme projet d’implanter un moulin à farine dans le village car il n’y en a pas et qu’il faut aller loin pour moudre nos céréales ce qui coûte de l’argent et du temps. »

Cultiver 

Sur le chemin du retour, une trouée de verdure apparait au détour d’une dune, c’est un ouadi, des oasis arborées de palmiers dattiers où sont cultivés des légumes. On s’arrête un instant à la rencontre d’Hakmata et Abakar qui désherbent leurs parcelles. Dans le cadre du soutien au maraichage, Action contre la Faim a installé un puits avec une motopompe et grillagé tout autour de la parcelle afin que les animaux ne perturbent pas les cultures.

Christophe Da Silva pour Action contre la Faim

Christophe Da Silva pour Action contre la Faim

Christophe Da Silva pour Action contre la Faim
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« Avant il n’y avait pas de puits, explique Moustapha Drichi, le superviseur agricole d’Action contre la Faim, les gens comptaient sur la saison des pluies pour faire de la culture pluviale mais du coup les rendements étaient moindres et surtout saisonniers. Nous avons installé un réseau d’irrigation avec une sortie d’eau tous les 12 mètres. La première année du projet, nous avons fourni 6 mois de carburant pour la motopompe. Désormais avec les revenus que les personnes dégagent de leurs cultures, elles sont autonomes pour régler ce type de dépenses. »

Hakmata énumère « Je cultive toutes sortes de légumes et de céréales selon les saisons : du maïs, des tomates, du piment, du blé, de l’ail, des oignons, des betteraves, du manioc, des aubergines, de la pastèque, des poivrons. J’ai aussi quelques dattiers, un citronnier, un manguier et j’ai planté des moringa dont les feuilles sont très bonnes pour la santé. Nous consommons une partie de la production et revendons le reste sur le marché. Cela nous permet de participer à la caisse commune du groupement de maraicher. Chaque famille cotise 150 CFA par semaine – soit 23 centimes d’euros – pour les frais d’entretien comme ceux de la motopompe qui est reliée au puits et qui alimentent les tuyaux d’irrigation. On achète du carburant pour son fonctionnement. Puis il y a tous les autres frais de la famille comme les habits. Dès que je peux je mets de côté en prévision des moments de crise mais aussi des cérémonies, ou des décès et des maladies. Quand on dégage suffisamment de bénéfices, mon mari part acheter des chèvres ou des moutons que l’on revend quand le prix du marché est intéressant. Avant, quand je n’avais pas mon propre jardin, je devais acheter les aliments au marché. Je ne pouvais pas me permettre de prendre des légumes car ils sont trop chers. Maintenant notre alimentation a changé. »

Au-delà de dégager des revenus, le maraichage permet également aux familles de diversifier leur alimentation afin de combler leurs besoins nutritionnels. Dans cette zone semi-désertique où l’accès aux soins est difficile, les taux de malnutrition aiguë sont alarmants. 25% des enfants entre 6 et 59 mois souffrent de malnutrition aiguë dont 5,3 % de malnutrition aiguë sévère soit plus de 2 fois le seuil d’urgence. Action contre la Faim soutient les structures de soins sur le traitement et la prise en charge de cette maladie mais les causes profondes doivent être adressées afin d’éradiquer ce fléau qui touche près de 942 000 enfants dont 350 000 dans la forme la plus sévère.

 

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