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La France doit concrétiser ses promesses de Rome

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Dans ce contexte, il faut rappeler que 19 millions d’enfants souffrent de malnutrition aigüe sévère dans le monde aujourd’hui. Combien seront-ils demain si nous n’agissons pas très vite ? L’espoir de réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim est-il encore réaliste ?

Les « émeutes de la faim » en avril dernier ont mobilisé un temps les décideurs. Des promesses ont été faites, les engagements se sont multipliés. En pratique, nous avons assisté à de nombreux mécanismes de redéploiement ou à des réorientations budgétaires mais les efforts financiers nouveaux pour aider les plus vulnérables à faire face à ce fléau ont été peu nombreux.

En mai dernier, Action contre la Faim a lancé un appel à la création d’un Fonds Mondial de Lutte contre la Faim. Dans le même temps, s’inspirant en partie des grands principes de ce Fonds Mondial, un groupe interministériel français sur cette question de la crise alimentaire a permis de faire émerger un projet de Partenariat Mondial pour l’Alimentation et l’Agriculture qui comporte 3 piliers.

Le premier est la création d’une coordination internationale permettant d’assurer une meilleure cohérence des politiques mondiales et des actions locales pour la sécurité alimentaire. Le second pilier propose la création d’un Groupe International d’Experts sur la Sécurité Alimentaire (GIESA). Enfin, le 3ème pilier est un Fonds ou une « facilité » permettant de lever des fonds additionnels.

Ce Partenariat Mondial comprend de nombreuses innovations prometteuses. Cependant, nous y voyons aussi un certain nombre de réserves ou de points de vigilance.

Tout d’abord la part accordée à l’enjeu vital de lutte contre la malnutrition nous paraît bien faible. Les initiatives en faveur du développement des agricultures locales sont essentielles mais n’en oublions pas pour autant l’urgence qui tue aujourd’hui un enfant toutes les 5 secondes ! Des millions d’autres enfants portent à vie les séquelles d’un apport nutritionnel insuffisant durant les premiers mois de leur vie. La solution doit être immédiate et requiert des moyens importants que nous ne devons pas oublier sous couvert des nécessaires réformes des politiques agricoles nationales et internationales.

Les autres points de vigilance concernent l’architecture du Partenariat Mondial. Il est crucial que la société civile et les ONG soient représentées avec un poids suffisant au sein de la coordination du Partenariat. Les modalités de cette représentation seront donc un véritable enjeu.

Le deuxième pilier prévoit la mise en place d’un groupe d’experts qui aurait notamment un rôle de sentinelle comme a pu le faire le GIEC sur les enjeux environnementaux. Pour que cette fonction s’exerce pleinement, il est fondamental que cet organe soit le plus autonome possible et délié des agences existantes.

Enfin l’hébergement de la Facilité à l’intérieur du FIDA (Fonds International pour le Développement de l’Agriculture) ne nous semble pas pertinent. Cette solution peut permettre d’initier la démarche mais il nous semble qu’une entité distincte pourrait faciliter l’apport de fonds nouveaux, notamment en provenance de fondations privées.

Il reste enfin que la création de cette Facilité (ou de ce Fonds) est une bonne mesure. Mais pour qu’elle voit le jour, ce sont les ressources financières qui manquent ! Le rôle de la France est déterminant. Les experts estiment aujourd’hui qu’il faut rassembler une somme de 250 millions d’euros pour que cet outil puisse fonctionner. Malgré une conjoncture économique critique, il nous paraît essentiel que le gouvernement français s’engage sur les 50 premiers millions qui feront boule de neige et permettront que cette Facilité voit le jour.

Le Président Nicolas Sarkozy a tenu un discours volontariste à Rome en juin puis au G8 au Japon pour promouvoir ce Partenariat Mondial. Il faut désormais que les décisions budgétaires soient à la mesure de l’esprit de solidarité annoncé !

 

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