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À la Une

Journal de bord de Philip James

coordinateur d'urgence nutritionnelle au Libéria

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  • Jeudi 13 janvier : Un voyage absolument étourdissant jusqu’à Monrovia

Dimanche dernier, dans la soirée, j’ai reçu un appel téléphonique du département des urgences d’ACF.

-« Nous aimerions que tu partes au Libéria pour mener un projet qui ferait un état des lieux de la situation humanitaire des réfugiés ivoiriens. Tu penses pouvoir être sur place d’ici 48 heures ? »

Les 2 jours suivants ont été plein d’effervescence : obtenir un visa, des médicaments et vaccins, des confirmations pour mes billets d’avion, courir entre les réunions de préparation et la collecte de tous les documents administratifs dont j’avais besoin pour le voyage. Je ne sais pas comment, mais tout était finalement prêt en temps voulu, et je me suis retrouvé dans l’avion à destination du Libéria.

Depuis la fin du mois de Novembre 2010, la situation a continué de se détériorer en Côte d’Ivoire, du fait des résultats électoraux contestés et du flux de réfugiés qui ont quitté le pays par peur de voir une nouvelle guerre civile éclater.

Lorsque j’ai quitté Londres, on estimait déjà le nombre de réfugiés à 20 000, tous installés dans la région frontalière libérienne, accueillis par les communautés locales.

La situation exigeait une évaluation urgente, puisque nous n’avions qu’une vague idée des contraintes alimentaires, d’accès à l’eau, aux abris ou aux soins médicaux.

  • Vendredi 14 janvier : Changement de plan

Au fil de ma première journée à Monrovia, il est vite devenu évident que l’évaluation n’était plus la priorité (les choses changent vite dans le monde de l’humanitaire). Les résultats d’une rapide évaluation des besoins nutritionnels avaient été diffusés et il était très clair que de nombreux enfants couraient le risque d’être atteints de malnutrition aiguë, certains d’entre eux étant déjà sévèrement malnutris.

Les premiers résultats avaient montré que la situation était bien pire pour la population réfugiée.

Mon rôle est donc soudainement devenu d’aider les équipes déjà présentes à prévoir un programme de réponse à l’urgence et à le mettre en place sur le terrain.

Monrovia est une capitale de taille réduite. Elle se trouve sur la côte ouest-africaine et il y règne une ambiance calme et décontractée. Néanmoins, il ne faut pas chercher bien loin pour constater les dégâts que la guerre civile a causés en ravageant le pays des années durant. On y retrouve une forte présence des ONG et des Nations Unies.

 

  • Samedi 15 janvier : Vous pouvez répéter ?

Les Libériens parlent anglais, on aurait donc pu croire qu’employer ma langue maternelle ici ne poserait aucun problème. En fait, il s’avère que lors des diverses réunions de coordination auxquelles j’assiste dorénavant, il m’arrive de rester quelques longues minutes à écouter sans comprendre le moindre mot. L’Anglais parlé par les Libériens est un flux décousu de mots auxquels il manque des syllabes. Si seulement je pouvais les interrompre et réussir à leur faire prononcer quelques consonnes supplémentaires, ce serait pas mal !

  • Dimanche 16 janvier : La poignée de main magique

Je cours toujours dans tous les sens, en essayant de bien saisir tous les enjeux du contexte actuel et en planifiant nos futures activités. Ce qui est agréable, c’est que le week end me laisse plus de temps pour découvrir les environs et m’acclimater à Monrovia. Les Libériens sont très sympathiques. La poignée de main pour souhaiter la bienvenue consiste à faire se rencontrer votre majeur et celui de l’autre personne après s’être serré la main.

La poignée de main se décline de multiples façons, dont certaines comprennent 4 ou 5 différents mouvements, mais elles se terminent toutes avec le fameux geste des majeurs !

Il faudra que je l’essaie une fois de retour chez moi pour voir la réaction des gens…

  • Lundi 17 janvier: Un grand et un petit

Ca y est, je suis sur le départ pour le terrain ! Demain, je pars pour Nimba, une zone au Nord Est du Libéria qui partage une vaste frontière avec la Côte d’ivoire. C’est l’endroit où sont concentrés la plupart des réfugiés. Je fais le voyage avec un collègue d’ACF, un homme qui s’appelle Abu, qui va aider à l’installation de la base à Nimba. Il gère la logistique et l’administratif. Il est originaire du Soudan et paraît gigantesque à côté de moi, a un sourire magnifique, chaleureux et un grand sens de l’humour. C’est quelqu’un de très expérimenté. J’ai déjà la sensation qu’il me sera d’une grande aide, très fiable. C’est vraiment super de ne pas travailler seul.

  • Mardi 18 janvier : Le voyage jusqu’à Nimba

Je suis enfin arrivé à Nimba et je suis bien content d’être sorti de la voiture. J’ai passé la moitié du trajet malade comme un chien à cause de notre chargement, les générateurs pour nos bureaux qui étaient à l’arrière. Je n’avais pas réalisé quelle quantité de vapeurs de pétrole nous inhalions! Si l’on ajoute à cela une route tellement cabossée qu’on passe les 3 dernières heures secoué dans tous les sens, ce ne sont vraiment pas les conditions idéales pour une balade agréable.

Malgré tout, ça me fait plaisir d’être arrivé et de penser que je peux commencer à organiser les programmes dès demain.

  • Jeudi 20 janvier : Réunions, réunions, réunions

Ces derniers jours, j’ai donc passé le plus clair de mon temps à participer à des réunions de coordination! Bien que cela prenne une grosse partie de mon temps, c’est vraiment utile pour créer des liens avec les personnes, connaître leurs rôles, et ainsi coordonner notre travail. J’ai donc rencontré les partenaires locaux avec qui nous espérons travailler sur les activités concernant la nutrition et avons ainsi prévu la semaine prochaine de partir ensemble sur le terrain.

Au fait, un de nos véhicules est tombé en panne aujourd’hui ! Bien heureusement, personne n’a été blessé – Abu était à bord avec l’un des conducteurs et l’essieu s’est cassé. Ils roulaient doucement et ont donc pu contrôler le véhicule et s’arrêter. Du coup, Abu a du rentrer à Monrovia pour faire un contrôle des véhicules que nous avons loués. Je suis donc seul, laissé aux soins des partenaires locaux qui s’occupent très bien de moi.

 

  • Vendredi 21 janvier : Brève description de la région de Nimba

Avant d’arriver à Nimba, on m’avait dit que les nuits étaient froides. Bon, soit les saisons ont vite changé, soit je suis tout simplement habitué au climat hivernal de Grande-Bretagne ! Ici, le temps est incroyablement chaud et humide ! Parfois, il m’arrive de prendre une douche tiède, de faire un pas dehors et de me sentir alors comme dans un sauna c’est-à-dire totalement transpirant ! On ne se sent jamais complètement sec, toujours légèrement collant et couvert d’une fine couche de poussière !

La région est verdoyante, recouverte d’une végétation de type savane. Du moins, ça a été ma première impression, n’ayant pas encore un oeil expert ! Cependant, lorsque l’on regarde de plus près, on découvre des champs appartenant aux villageois – des plants de bananes, du riz, du manioc et des patates douces plantées entre les arbres, des sous-bois et des bambous géants.

Je me sens mille fois mieux depuis que j’ai emménagé dans une nouvelle maison d’hôte, d’après les conseils d’autres expatriés. J’ai vraiment bien fait de les écouter car cette maison d’hôte contrairement à l’autre n’est, premièrement, pas une maison close la nuit. Deuxièmement, elle n’est pas remplie de gens qui crient sous ma fenêtre toute la nuit et troisièmement, elle n’est pas trop encombrée : on peut s’asseoir et même travailler !

  • Lundi 24 : Faire le tour des cliniques

Je reviens tout juste de deux jours de visites à la zone frontalière, au nord de la région. J’ai voyagé avec l’IRC (International Rescue Committee) à qui le Ministère de la Santé a sous-traité la gestion de certaines cliniques. Nous voulons travailler avec les équipes déjà en place pour que, par la suite, elles puissent soigner les enfants atteints de malnutrition aiguë.

Notre travail consiste à leur apporter un soutien technique, d’être des sortes de tuteurs et d’effectuer un suivi régulier des activités pour que dans quelques mois les cliniques aient acquis les compétences et l’expérience afin de poursuivre les programmes par elles-mêmes. Cette approche est de loin la meilleure. En effet, si le travail était effectué entièrement par les équipes d’ACF, l’impact à long terme sur les équipes cliniques locales serait minimal, surtout compte tenue des conditions dans lesquelles elles travaillent. Ainsi, en faisant un premier tour des cliniques, le but est d’évaluer le niveau de compétence des équipes locales et de savoir ce qu’ ACF doit fournir en termes d’équipements et de ressources humaines.

Il y a une réelle volonté, de la part des équipes locales, de recevoir une formation pour savoir comment traiter la malnutrition aiguë ce qui est vraiment encourageant. Ils sont déjà stressés à l’idée de voir le nombre de patients s’accroître avec l’arrivée des réfugiés. Ils sont cependant conscients de l’importance de fournir une aide nutritionnelle et sont heureux de développer leurs services.

Lorsqu’on sait que la plupart des sages-femmes et du personnel médical passent rarement une nuit sans être réveillés pour des urgences, il est fantastique qu’ils soient si ouverts à une formation supplémentaire.

  • Mardi 25 : L’histoire de Raymond

J’ai eu l’occasion de parler à quelques réfugiés durant ces derniers jours (du moins, j’ai fait de mon mieux avec mon français approximatif, et j’ai été bien content de trouver de l’aide de la part de personnes se faisant un plaisir de jouer les traducteurs !). Parmi eux, Raymond, un jeune de 23 ans, originaire de Côte d’Ivoire. Il est arrivé mi-décembre après que les troubles politiques de son pays ont poussé sa famille à partir, par peur que les choses ne tournent mal. Il est venu en compagnie de huit enfants – deux d’entre eux sont les siens et les autres sont ceux de son frère et d’autres membres de sa famille. Ils mangent une fois par jour, même les enfants, me dit-il. Leur repas comprend du riz, du manioc, parfois quelques bananes mais pas de viande ou de poisson. Sa famille d’accueil partage toute sa nourriture avec lui. Il ne connaît pas vraiment cette famille, mais ils ont la même langue maternelle et c’est pour cette raison qu’ils l’ont accueilli. Quand je lui demande quels sont les besoins prioritaires selon lui, il me répond d’abord la nourriture, puis les soins médicaux, les vêtements et un abri. En effet, cela fait déjà des mois qu’ils sont arrivés dans leur famille d’accueil.

  • Mercredi 26 : Un temps capricieux

Le temps est étrange ces derniers jours. Je suis arrivé ici au coeur de la saison sèche. Les routes étaient tellement poussiéreuses que nous étions obligés d’allumer les pleins phares pour pouvoir voir passer les voitures à travers la couche de poussière, comme s’il s’agissait d’un brouillard épais. Mais il y a peu, de violents orages ont sévi, le tonnerre a grondé et de la grêle est tombée. Très rapidement, les routes, inondées, se sont transformées en rivières, les arbres les plus fragiles sont tombés. Avec la boue, on a vraiment la sensation de conduire sur une patinoire. Au moins, cela a permis de faire partir un peu la poussière.

Durant les deux derniers jours, les routes ont été bloquées deux fois par de gros arbres. La première fois était due à un arbre abattu et tombé dans la mauvaise direction. Nous avons dû attendre une personne avec une tronçonneuse pour nous aider à passer. La seconde fois était probablement due à la tempête et une petite armée d’hommes munis de machettes nous ont aidés !

  • Jeudi 27 : Des oeufs, pas de la glace !

Aujourd’hui, j’ai vécu une aventure amusante : je tournais en voiture dans un petit village à la recherche de quelques oeufs pour le voyage. Quand mon chauffeur a expliqué aux habitants ce que je cherchais, je me suis demandé pourquoi les gens me regardaient un peu bizarrement. J’ai été encore plus troublé quand ils m’ont conseillé de ne pas acheter les oeufs que je pouvais voir là juste devant moi sur les étals du marché. Après quelques tours dans le village, mon chauffeur a fini par me dire que je ne pourrai surement pas trouver de glace ici ! J’ai ri rien que d’imaginer que les gens aient pu penser que je cherchais de la glace dans un village sans électricité, à une température écrasante de 30 degrés ! Conclusion : il semble que je doive encore travailler mon accent anglo-libérien…

  • Vendredi 28 : La nourriture locale et le Nimba Sud

Je ne me souviens pas avoir déjà mangé autant de riz ! La spécialité ici, c’est la « pepper soup », un plat vraiment très épicé à base de viande et de riz blanc. C’est pratiquement notre plat quotidien et je mets un peu de temps à m’adapter à une nourriture aussi pimentée ! La plupart du temps, je me rends donc dans un restaurant local, déjà un peu réchauffé par l’atmosphère étouffante et lourde. J’y mange un plat vraiment très épicé et je repars encore plus transpirant qu’en arrivant. Vous voyez le tableau ! Content qu’il n’y ait pas beaucoup de miroirs ici, je suis probablement rouge comme une tomate après avoir mangé une de ces pepper soup.

Ces derniers jours, je suis allé plus au sud visiter les centres de santé gérés par notre partenaire local, Equip Liberia. Ces centres sont très isolés mais l’afflux de réfugiés est massif dans cette partie du pays.

A Buutuo, dans l’un des endroits où nous faisons des évaluations, il y a déjà près de 3000 réfugiés. Nous avons pu les rencontrer alors qu’on leur distribuait des produits de première nécessité. Cette distribution a été l’occasion de parler avec eux et d’écouter leur histoire. Tous nous ont dit ne pas savoir combien de temps ils allaient rester là. Ils se voient comme un poids pour les communautés qui les accueillent et qui partagent leurs ressources avec eux depuis déjà deux mois. Malgré cette situation, ils attendent calmement de l’aide et demandent poliment plus d’assistance. Je ne suis pas sur que j’aurais été aussi patient si j’avais été à leur place. Il y a maintenant plus de 30 000 réfugiés recensés dans la région.

  • Lundi 31 : Les défis techniques

Est-ce que j’ai déjà évoqué l’état désastreux des routes ? Je crois bien que oui. Mais je vais en parler de nouveau parce que c’est vraiment spectaculaire à certains endroits. Il y a énormément de ponts faits avec deux épais troncs d’arbres de la largeur des roues des véhicules, ainsi que de planches de bois clouées sur le tout, fabriquant ainsi un pont de fortune. Les petites voitures peuvent passer (toutefois je suis content d’avoir des chauffeurs expérimentés, je ne suis pas un conducteur hors pair !). Mais c’est un réel problème pour les plus gros camions qui doivent décharger de la nourriture ou d’autres biens pour les réfugiés. Heureusement que la saison des pluies ne dure pas très longtemps. Il paraît que les routes sont dix fois moins praticables pendant cette saison. On doit donc prévoir d’acheminer une grande partie de la nourriture en dehors de cette période.

Mon autre cauchemar, c’est la connexion internet ! Hier soir, ça m’a pris deux heures d’envoyer trois tout petits mails. Du coup en dehors de quelques mails professionnels urgents, je dois donc m’accommoder du peu de nouvelles que je peux avoir de mes proches. Cependant, on devrait pouvoir communiquer plus facilement quand on aura fini d’installer notre bureau et qu’il sera équipé en matériel.

 

  • Mercredi 2 février : Planifier

J’ai maintenant achevé la tournée des centres de santé dont on espère se servir. J’ai été occupé à identifier les programmes des partenaires locaux qu’ACF pourrait soutenir. Inutile de dire que, dans une telle situation, les choses changent très vite. Tous les jours ou presque, les budgets évoluent, l’endroit d’hébergement des programmes change et le nombre de réfugiés augmente massivement. De plus, des informations concernant le conflit nous proviennent de toutes parts ! Néanmoins, ça commence à prendre forme et voici un aperçu de nos programmes.

Nous allons travailler avec le Programme Alimentaire Mondial pour mettre en place 7 centres dans lesquels seront distribuées aux enfants atteints de malnutrition modérée des rations alimentaires. Puis, avec le soutien financier de l’UNICEF, nous allons pouvoir aider 4 centres dans lesquels les enfants souffrant de malnutrition sévère auront accès à des soins ambulatoires et 2 centres destinés aux enfants les plus gravement atteints dans lesquels ils pourront avoir accès à des soins hospitaliers. Il est aussi prévu de donner à tous les enfants de moins de 2 ans (les plus exposés à la malnutrition) un apport en micronutriments. Cela permet d’éviter que les enfants tombent dans un état nutritionnel plus grave. On devra aussi vérifier l’état nutritionnel de la population tous les deux mois au moins. Pour que l’impact de tous ces projets soit durable, toutes ces activités doivent être mises en place au sein des structures locales.

Il y a donc beaucoup à faire : des kits et rations à fournir, une équipe à recruter, du personnel soignant à former, des centres à construire et à gérer le plus rapidement possible. Toute la difficulté réside dans le fait que les réfugiés sont dispersés au sein d’une zone géographique immense. Etant donné l’état désastreux des routes, le défi est d’assurer une bonne couverture de la zone. Mais les choses se mettent en place petit à petit et je reste optimiste : nous allons pouvoir remplir nos objectifs.

  • Jeudi 3: Ok, je l’admets !

Bon oui, si vous me le demandez, je suis très stressé aujourd’hui. Beaucoup de choses à faire depuis hier, bien des difficultés à trouver du personnel local qualifié et des nuits trop courtes ! Mais je suis de retour à Monrovia pour finaliser les procédures d’obtention de fonds et commencer à recevoir l’aide. J’ai autour de moi une équipe d’ACF fantastique qui m’aide à Monrovia. C’est agréable de changer de cadre en revenant dans la capitale. La première chose qui m’a ravi, c’est la nourriture plus variée et la connexion internet qui marche !

C’est fou tout ce qui s’est passé pendant ces deux semaines où j’ai été absent. Trois de mes amis se sont fiancés, ma soeur a eu une petite fille. Je suis maintenant Oncle Phil et j’en suis fier. D’autres nouvelles sont plus tristes. Un activiste des droits de l’homme ougandais que j’ai eu le privilège de rencontrer il y a quelques années a été assassiné. J’ai aussi été informé des troubles en Egypte. Ça fait beaucoup à digérer !

Ces derniers jours, les plans ont été finalisés. Dans les prochains jours, les programmes vont pouvoir commencer. Pas de doute, les semaines à venir vont être excitantes et pleines de défis!

 

  • Samedi 12 février :

Phase de recrutement

Je n’en reviens pas de la vitesse à laquelle ma semaine est passée ! J’ai été très occupé depuis que nous sommes revenus à Nimba. J’ai entamé le processus de recrutement des employés nationaux pour nos programmes nutritionnels.

Je passe mon temps à faire passer des entretiens, à apprendre de nouveaux noms, à essayer de trouver la bonne composition pour l’équipe….certains moments me dépriment un peu, d’autres sont très encourageants.

Notre équipe est dorénavant presque au complet : 6 formateurs pour apporter un soutien aux centres de soins nutritionnels en ambulatoire et aux centres complémentaires, un formateur pour aider à la mise en place d’un centre hospitalier et six personnes dédiées à la distribution des micronutriments. Nous avons immédiatement commencé le travail avec les formateurs, avec ces deux derniers jours, une formation de rappel des règles de gestion des centres de nutrition en soins ambulatoires. L’équipe est super, expérimentée et très d’enthousiaste. Et je suis enfin en mesure de comprendre presque tout ce qu’ils disent, preuve que petit à petit, je dois être en train de m’adapter à l’anglais parlé par les Libériens !

Une journée de travail mouvementée…

La première journée d’entretiens a été riche en événements, qui se sont ajoutés au travail en lui-même. Tout d’abord, nous avons trouvé un long serpent dans nos bureaux.

Juste après, quelqu’un a décidé de faire brûler du foin à proximité de la base et il n’a pas fallu longtemps pour que le feu soit hors de contrôle, du fait de l’atmosphère lourde. En un rien de temps, tous les employés de la base ont été mobilisés pour trouver de l’eau et éteindre le feu avant qu’il n’atteigne la barrière de bambou construite avec maintes précautions la semaine dernière.

Heureusement, le feu a été maîtrisé à temps, laissant tout de même une fine couche de cendres partout dans la base et quelques arbres fumants.

La fumée a du atteindre une ruche, parce qu’un énorme essaim d’abeilles nous a ensuite fondu dessus, à l’intérieur même des bureaux, et il a fallu que l’on se mette à l’abri jusqu’à ce qu’elles partent.

Insomnies….

La nuit dernière, c’était la première fois en cinq jours que je dormais sans me réveiller à 2h du matin, incapable de me rendormir. Je ne me suis jamais considéré comme quelqu’un qui stresse facilement, mais tout indique que je suis sous pression : une migraine persistante en bas du crâne qui peut durer des jours, je cogite à toute heure du jour et de la nuit, je suis épuisé mais pas moyen de dormir tranquillement…

Je fais une overdose d’adrénaline je pense ! La plupart du temps, je jongle entre les recrutements, les formations, la logistique et la gestion du calendrier. Tout ça serait facile avec une connexion internet haut débit, une imprimante et un chef de projet, bref tout ce que nous n’avons pas encore !

Planifier les programmes est une tâche difficile. Les réfugiés se déplacent sans arrêt (ce qui est compréhensible), les gens que nous devons former dans les centres de soins sont souvent en déplacement, la coordination entre les différents acteurs relève du défi, et tout est toujours à faire dans l’urgence ! Mon objectif reste de faire au mieux avec les ressources et le temps dont nous disposons. Parfois, il faut juste accepter que tout ne soit pas parfait immédiatement et qu’on ne puisse pas satisfaire tout le monde. Mais globalement, on avance bien et je me répète souvent que la mise en place d’un programme reste le moment le moins évident. Tout rentrera progressivement dans l’ordre.

Des moments de grâce.

Voici quelques petits évènements de la semaine qui m’ont aidé à tenir le coup :

– J’ai vu la petite fille du propriétaire de la maison d’hôte. Elle a 8 mois et un sourire incroyable !

– Un de mes collègues qui vit près de la base m’a invité à boire une bière fraîche et à discuter d’autre chose que du travail après une longue journée.

– Nous avons reçu du pain frais de la ville voisine.

– J’ai reçu des e-mails de mes proches.

– J’ai découvert que le restaurant du coin propose de temps à autres des oeufs et des frites à la place de la fameuse pepper soup !

– L’équipe locale que nous avons recrutée est pleine d’enthousiasme et reste positive.

– J’ai pu faire un peu de sport…

– Parfois, j’ai la surprise de constater que les repas contiennent des vitamines, grâce à des fruits ou légumes dont nous disposons pourtant très peu ici.

L’équipe.

Notre équipe s’est bien agrandie cette semaine. Abu, dont j’ai déjà parlé, coordinateur de la base, s’occupe de la logistique et de l’administration. Ensuite, Juan est arrivé il y a environ une semaine, en tant que coordinateur des programmes eau et assainissement pour le camp de réfugiés en cours d’installation. C’est super de travailler avec eux, d’autant plus qu’ils ont un grand sens de l’humour, ce qui nous aide à garder le moral.

Nous compterons environ 70 employés pour la base une fois que le recrutement sera achevé. L’équipe eau et assainissement est très grande et nous commencerons nos activités de nutrition avec environ 18 employés. Tout est bien différent du temps où il n’y avait qu’Abu et moi ! C’est vraiment agréable d’être en présence d’une nouvelle équipe bien affairée.

 

  • Jeudi 24 février.

Ça fait maintenant une semaine et demie que je n’ai pas écrit, alors que je m’étais promis de tenir à jour ce journal de bord. J’ai la même sensation de culpabilité que lorsque j’ai l’intention d’appeler quelqu’un qui attend mon coup de téléphone, mais que je ne trouve finalement pas le temps. Tellement de choses se sont produites la semaine dernière que je ne sais pas par où commencer.

Une nouvelle maison.

Nous avons enfin emménagé dans notre base de Saclepea lundi dernier, ce qui a changé énormément de choses. C’est super d’avoir finalement la possibilité de défaire ses valises et d’avoir de l’espace, ce qui n’était pas le cas dans la maison d’hôte. Nous avons un terrain qui comprend un bâtiment rassemblant les bureaux et la maison, ainsi qu’un grand entrepôt.

Nous avons un cuisiner formidable qui prend bien soin de nous et apporte la preuve qu’avec les compétences adéquates, on peut faire une multitude de plats avec la même base d’ingrédients. C’est incroyable comme de bons repas peuvent améliorer le quotidien !

Les bureaux sont encore remplis d’agitation, avec un gros travail de restauration toujours en cours, et pas un moment sans que quelqu’un ne vienne déposer un CV, pas un moment sans qu’un atelier n’ait lieu dans le baraquement extérieur. Mais nous avons le sentiment d’être chez nous et c’est agréable d’avoir une base installée.

Mise à jour concernant les programmes.

Nous avons maintenant 4 sites de soins en ambulatoire, ouf ! Cela signifie que des enfants atteints de malnutrition sévère peuvent être pris en charge près de chez eux au lieu d’avoir à subir un transfert dans un hôpital à 5 heures d’ici par la route en mauvaise état. Le personnel que nous avons récemment employé s’investit vraiment, malgré les nombreuses contraintes logistiques et matérielles.

Jusqu’à présent, 4 jours après l’ouverture du programme, nous avons pu y admettre environ 40 enfants. Leur nombre va croître une fois que les gens auront entendu parler des nouvelles installations.

Pendant ce temps, l’équipe eau et assainissement a tout fait pour fournir le camp en eau potable et latrines.

Les réfugiés ont commencé à arriver dès vendredi dernier, et nous avons donc tous été très occupés à faire en sorte que tout soit prêt à temps.

L’équipe est parvenue à accomplir sa mission et a pu fêter l’arrivée de l’eau potable !

Pendant que j’écris ces lignes, un nouveau flux de réfugiés est en train d’arriver (plusieurs milliers si l’on en croit les rapports officieux), ce qui montre à quel point la situation est instable le long de la frontière.

Nous verrons bien l’influence que cela aura sur les programmes dans les jours à venir…

Loin de chez soi

Je suis au Libéria depuis maintenant 6 semaines et je vis à 100 à l’heure ! Le programme est intéressant et représente un réel défi. Bien que nous ayons fait beaucoup de progrès, le réel challenge est de gérer les contraintes logistiques que l’on rencontre lorsque l’on travaille dans la campagne libérienne. Toujours est-il que les choses changent et progressent bien. Un nombre croissant d’enfants atteints de malnutrition sont soignés. Je me concentre donc sur ces points essentiels car souvent ce que l’on perçoit, ce sont les problèmes mineurs qui viennent ainsi brouiller notre perception de l’impact réel que nous avons sur la situation. Pour finir, voici quelques faits marquants et autres observations de ces derniers jours :

– Nous avons reçu avec joie des provisions de chocolat envoyées par notre chef de mission pays !

– J’ai réalisé que j’étais capable de faire ma toilette entouré d’insectes grouillant et ceci sans paniquer! Je dois m’être habitué à eux. Tant que ce ne sont pas des rats (du moins pour le moment).

– La découverte d’un bar en ville où l’on peut écouter de la musique. Nous n’avons pas eu énormément d’occasion d’y aller mais nous y avons déjà passé une bonne soirée pour fêter le départ d’un ami avec qui nous avons beaucoup travaillé et qui nous manquera.

– Ecouter l’équipe Hygiène s’entraîner pendant des heures sous ma fenêtre à chanter : « Lavez vous les mains avant de manger, sinon vous serez malades ». Bon, d’accord ceci n’est pas un évènement incroyable mais c’était tellement drôle de les entendre répéter et chercher des rimes pour des phrases telles que : « ou bien vous aurez la diarrhée » !

– Le pilates ! Peut-être que je me trompe, mais je suis sûr que cette méthode sauve mon dos après toutes ces nuits passées sur cet affreux matelas !

  • Dimanche 6 Mars – Une semaine de visites sur le terrain

Une semaine et demie riche en événements vient de s’écouler ! J’ai passé les 6 derniers jours sur le terrain, le long de la frontière. Depuis la dernière fois que j’ai écrit il y a eu une arrivée massive de refugiés. Le conflit s’est intensifié en Côte d’Ivoire et en l’espace d’une semaine environs 25 000 personnes se sont réfugiées au Libéria, et ce ne sont que des chiffres provisoires. C’est donc le bon moment pour partir à la frontière…

Voilà ce qu’il s’est passé cette semaine là.

Voyage à Buutuo

  • Lundi : le défi de la semaine !

La route de Buutuo est très mauvaise même par un temps radieux, et donc encore plus après quelques jours de pluie. Pendant 3 heures, nous avons patiné et glissé sur la boue avant de trouver notre chemin, alors complètement bloqué. Un gros camion était enlisé, bloquant la route à 4 autres voitures derrière lui. Il commençait à faire nuit, il était impossible de faire demi-tour jusqu’au prochain village. Nous avons donc demandé autour de nous de l’aide pour passer la nuit. Sans téléphone ou couverture de téléphone satellite nous étions réellement au milieu de nulle part. Après une heure, nous avons trouvé le chef du village, qui nous a offert l’hospitalité dans sa propre maison. Nous avons empilé nos affaires dans chaque recoin possible de la pièce. La maison de type traditionnelle était faite de piliers et de boue et était occupée par les plus grosses araignées que j’avais jamais vues ! J’étais tellement content d’avoir apporté ma moustiquaire !

On s’est aventurés dans le village pour chercher quelque chose à manger. J’étais heureux d’y trouver des salons de thé ! Ceux sont des petites boutiques ayant un thermos d’eau chaude, qui servent de l’ovomaltine et du pain. Ils font l’ovomaltine avec du lait concentré ce qui lui donne un goût trop sucré néanmoins merveilleux lorsque votre estomac est vide !

Nous avons essayé de dormir quelques heures puis sommes retournés tôt le matin à notre voiture pour continuer notre périple.

L’afflux de réfugiés

Nous nous sommes arrêtés dans les villages qui se trouvent sur la route de Buutuo afin d’informer les chefs de villages de notre prochaine distribution. Celle-ci comprend des suppléments en micronutriments, y compris en vitamine A et autres nutriments essentiels, afin de prévenir les carences des réfugiés qui affaiblissent les défenses immunitaires et ralentissent la croissance des enfants. Plus on s’approche de la frontière et plus il y a de réfugiés. Dans l’un des villages, Dinplay, à peine le pied mis dehors et je me retrouvais entouré d’une foule de gens s’agrippant à moi, tous intéressés par ce qu’ACF pourrait leur fournir. La plupart des gens à qui j’ai parlé sont arrivés il y a 3 ou 4 jours, et beaucoup d’autres continuent d’arriver. On nous a dit que la région a accueilli 160 00 réfugiés en seulement deux nuits. Pendant que nous parlions aux réfugiés, on pouvait entendre le bruit des lance-missiles juste de l’autre côté de la frontière, comme des gros coups de tonnerre.

Bien que les combats se déroulent loin de là, on pouvait vraiment entendre les échos, ce qui rendait la situation plus réelle. Alors que les semaines précédentes, les populations se déplaçaient par peur de futures violences, cette fois-ci le conflit avait bien commencé.

La première distribution

Dans l’après-midi, nous sommes arrivés sains et saufs à Buutuo et avons installé le point de distribution. Notre cible : les enfants âgés de 6 mois à 5 ans, atteints de malnutrition modérée.

Les enfants reçoivent une ration de nourriture thérapeutique pour compléter leurs régimes alimentaire avec des substances énergétiques et des micronutriments, le but étant de les empêcher de tomber dans un état de malnutrition aigue sévère, potentiellement mortel.

J’ai eu la chance de trouver une chambre à Buutuo – en effet la ville et ses habitants ont accueilli un si grand nombre de réfugiés qu’il n’y avait plus de place nulle part. J’ai tout de même réussi à obtenir une chambre dans l’unique motel de Buutuo ; la chambre voisine logeait quant à elle 5 réfugiés. Alors que je m’apprêtais à aller me coucher, on m’a informé que le véhicule du renfort que j’avais demandé était tombé en panne. Les malheureux ont dû passer la nuit dans leur véhicule ! Si je me trouve dans une situation un peu bizarre, je me dis que je ne suis pas le plus à plaindre et que j’arriverais au moins à dormir quelques heures de plus que certains membres de mon équipe.

La deuxième distribution

Le jour suivant, nous avons continué les distributions avec l’aide de deux volontaires, deux réfugiés, tout juste arrivés à Buutuo, mais qui avaient déjà travaillé pour ACF en Côte d’Ivoire. Leur aide nous a été précieuse : ils ont examiné avec nous les nombreux enfants et ont pu s’adresser aux réfugiés dans leur langue maternelle. Dans ce type de situation, ce sont les enfants de moins de cinq ans qui sont les plus vulnérables. Ils doivent donc être surveillés de près. Examiner les enfants est primordial si l’on veut détecter la malnutrition et leur fournir les soins et les traitements dont ils ont besoin pour être soignés. A la fin de la journée, notre mission à Buutuo était terminée, nous avions vu 370 enfants. 40 ont été pris en charge par nos programmes. Nous avons diagnostiqué 8 cas graves que l’on a fait transférer au centre thérapeutique installé à proximité.

Les enfants sans appétit ou souffrant de maladies doivent être admis dans des centres nutritionnels thérapeutiques. Ils sont pris en charge 24 heures sur 24, sont soignés par du personnel formé et reçoivent des aliments dans le cadre d’un régime défini par le corps médical, ainsi que du lait thérapeutique pour consolider leur métabolisme.

L’enfant va aussi bénéficier d’un traitement médicamenteux, incluant des vitamines et des antibiotiques pour lutter contre les infections.

Les enfants qui ont encore de l’appétit et qui ne montrent pas de complications médicales particulières sont admis en soins ambulatoires. Ils y reviennent une fois par semaine pour y prendre des aliments spéciaux et bénéficier d’une consultation médicale afin de s’assurer que leur état s’améliore.

  • Jeudi : Téléphone arabe

Aujourd’hui, j’aurais du aller à la rencontre d’une voiture à mi-chemin entre notre bureau et Buuto pour récupérer de la nourriture et accueillir de nouvelles équipes. Mais les moyens de communication sont quasi inexistants à Buutuo, heureusement nous avons rencontré un Ivoirien avec une carte de téléphone en état de marche!

Alors que je dînais, j’ai entendu un couinement aigu provenant d’une boîte dans le coin de la pièce. Nous avions un nouveau compagnon, un bébé raton laveur ! Mon collègue l’a trouvé abandonné dans le camp de réfugiés. On l’a donc adopté. Il est si mignon et nous fait tellement rire quand il avance à tâtons maladroitement dans la pièce et crie jusqu’à ce qu’on lui donne un peu de lait !

  • Vendredi : Visite dans le nord du pays

Vendredi, je me suis de nouveau rendu à la frontière du pays. Dans le nord de la région cette fois-ci, à côté de Karnplay. Des bûcherons abattaient encore des arbres le long de la route, et nous avons du attendre une bonne heure avant que la route soit dégagée. Les distributions se sont bien déroulées. Il y avait cette fois-ci plus de Libériens que de réfugiés. Cela n’avait donc rien à voir avec Buuto. Même si je suis censé y être habitué, j’ai été choqué en voyant une enfant extrêmement maigre. Elle était à un stade avancé de marasme, elle avait perdu tellement de poids que sa peau était détendue et que l’on pouvait voir tous ses os. Ce qui est encourageant, c’est que de tels cas peuvent être soignés dès lors qu’ils reçoivent le bon traitement. Elle a été admise au sein d’un centre nutritionnel thérapeutique où elle reçoit un traitement spécial. Mais je me dois de souligner que j’ai aussi vu des enfants en bonne santé. Certains d’entre eux auraient même pu me battre au bras de fer.

  • Samedi : Soins hospitaliers

Samedi, je me suis rendu à Beo Yoolar où notre équipe avait installé des soins hospitaliers pour traiter deux cas de malnutrition. Ils avaient des oedèmes graves, le corps gonflé et étaient très malades.

Quand je suis arrivé à la clinique, ils étaient là depuis quelques jours et allaient déjà mieux. C’était beau de voir ça. Je suis vraiment fier de l’équipe, qui a réussi à surmonter les contraintes et le manque de ressources. C’est toujours agréable d’avoir un regain de confiance!

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