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Jordanie 2019 Action contre la Faim © Sébastien Duijndam pour Action contre la Faim

À la Une

Jordanie

Reconstruire sa vie en recyclant

Le pays rompt ainsi avec l’image tristement récurrente d’un monde arabe en proie à une violence perpétuelle. Pas évident lorsque géographiquement on est aux premières loges du conflit israélo-palestinien, ou qu’à quelques kilomètres de là les bombes pleuvent en Syrie.

Ces évènements dramatiques ont incontestablement un impact direct sur le voisin jordanien. Il s’est avéré être un pays d’accueil des réfugiés palestiniens à partir de 1948, puis des réfugiés irakiens dans les années 90 et plus récemment des réfugiés syriens. Du fait des conflits, le Royaume accueille actuellement plus de 67 000 réfugiés iraquiens et près de 665 500 réfugiés syriens enregistrés par l’Agence des Nations Unis pour les réfugiés (UNHCR).

 

Ils seraient aujourd’hui environ 1,2 million de Syriens à vivre en Jordanie. La majorité d’entre eux, près de 84% est installée et intégrée dans les communautés hôtes. Pour beaucoup, ils le sont depuis des années, issus d’une immigration naturelle sans lien avec la crise syrienne. Néanmoins, les 16% restants vivent malheureusement dans des camps de réfugiés comme Zaatari ou Azraq.

Vivre dans l’attente

Ces camps sont établis en pleine zone désertique au nord du pays, les étés y sont étouffants et les hivers rudes. Les tentes s’alignent rigoureusement à perte de vue. Ces lieux construits dans l’urgence au début de la crise syrienne, sont aujourd’hui comme figés dans le temps. Ce qui ne devait être qu’une solution temporaire s’est transformée en une réalité sans fin pour des milliers de personnes. Alors que les camps se transforment peu à peu en villes semi-permanentes, les réfugiés peinent à trouver du travail et des moyens de subsistance pour eux et leurs familles. Dans l’attente, la vie s’organise d’une manière ou d’une autre : petits boulots, écoles, restaurants, boutiques de nourriture ou de vêtements.

Dans le camp d’Azraq, ouvert en avril 2014, le travail des ONG permet d’offrir une gamme complète de services, notamment : soins de santé, éducation, activités extrascolaires pour les enfants et les jeunes, formation professionnelle, et services d’eau, d’assainissement et d’hygiène. Cependant, cette aide bien qu’essentielle est loin d’être une réponse suffisante pour ces milliers de personnes dont les espoirs s’amenuisent de jour en jour. Ils sont aujourd’hui plus de 35 000 réfugiés à vivre dans ce camp, dont 60% sont des enfants. Les familles y sont particulièrement représentées avec une femme à la tête d’1 ménage sur 4.

Shadia, 52 ans et originaire de Homs, raconte ses difficultés quotidiennes « Il y a certains aliments que nous ne pouvons pas nous permettre d’acheter en raison de nos ressources financières limitées. Mon mari n’a pu travailler que deux fois depuis que nous sommes arrivés et je ne trouve pas d’emploi non plus. »

Trouver un nouveau chez-soi

Si ces camps restent aujourd’hui dans l’impasse sans vision à long terme, la majorité des réfugiés syriens ont heureusement trouvé une place au sein des communautés hôtes.

C’est le cas de Mustafa, 66 ans, originaire de Daraa. Il se souvient précisément du jour où il a foulé le sol jordanien pour la première fois : le 18 février 2013 à 21h. Après avoir passé quelque temps dans le camp de Zaatari, il vit aujourd’hui près d’Irbid avec sa femme.

"Je suis très reconnaissant de toute l’aide qu’on m’a apporté."
Mustafa
Irbid, Jordanie

Mustafa garde des souvenirs douloureux de sa fuite qu’il évoque avec des larmes aux coins des yeux. Néanmoins à l’entendre ce qui l’émeut le plus semble être l’accueil qu’il lui a été réservé. « Il n’y a rien d’étrange ici, la façon de parler est la même, je ne me sens pas comme un étranger. Tout le monde m’a reçu chaleureusement, il y a beaucoup de solidarité dans le quartier. ».

Cependant, la nature prolongée de la crise syrienne a accru la vulnérabilité des réfugiés et des membres des communautés hôtes. Cet afflux soudain de population a mis à mal des ressources déjà fragiles, fragilisé l’infrastructure publique et réduit la capacité du pays à fournir des services de base pour tous.

Jordanie 2019 Action contre la Faim © Sébastien Duijndam pour Action contre la Faim

Jordanie 2019

Un volontaire de notre programme de ramassage et tri des déchets.

© Sébastien Duijndam pour Action contre la Faim

Action contre la Faim en Jordanie © Sébastien Duijndam pour Action contre la Faim

Jordanie 2019

Osama, chargé de communication chez Action contre la Faim

© Sébastien Duijndam pour Action contre la Faim

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VENIR EN AIDE AUX PLUS VULNÉRABLES

Afin de répondre aux besoins de la façon la complète possible, Action contre la Faim met en place des programmes qui viennent à la fois pallier le manque d’infrastructure et renforcer les moyens de subsistance des personnes les plus vulnérables, qu’elles soient Syriennes ou Jordaniennes.

Pour ce faire, nos équipes ont notamment mis en place un projet axé sur le renforcement de la gestion des déchets solides, après avoir constaté que malgré le niveau élevé de production de déchets en Jordanie, il n’y avait à ce jour que 18 sites d’élimination opérationnels dont uniquement quatre situés dans le Nord. Or l’industrialisation, l’urbanisation et la crise syrienne font que la région doit faire face à une production accrue de déchets solides.

Or l’industrialisation, l’urbanisation et la crise syrienne font que la région doit faire face à une production accrue de déchets solides. Nous rémunérons des travailleurs, aussi bien hommes que femmes, qui collectent déchets et matières recyclables en extérieur. En plus de soutenir la municipalité dans ce ramassage, cela permet d’offrir une rentrée financière à ces personnes grâce à un salaire ainsi qu’un complément sur revenus de par la revente des matières recyclables.

Pour Adham, Jordanien de 18 ans, ce projet change son quotidien « J’ai un travail qui me permet d’occuper mon temps, d’aider ma famille et de protéger l’environnement ». Le fait d’intégrer à égalité Jordaniens et Syriens sur le projet permet également d’éviter les tensions et de créer du lien entre les deux populations. 

« Lorsque Jordaniens et Syriens travaillent côte à côte, cela leur donne une chance de mieux se connaître. S’ils travaillent ensemble, bavardent ensemble, nous espérons qu’ils pourront vivre ensemble. » – Osama Hourani, chargé de communication sur le projet

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