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À la Une

Ebola

Quelles leçons tirer de l’épidémie actuelle ?

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Conférence internationale des donateurs, New York, 9-10 juillet 2015

Une épidémie sans précèdent liée à des systèmes de santé affaiblis et des infrastructures hydriques et d’assainissement défaillantes

En moyenne, les systèmes de santé de Guinée, du Libéria et de Sierra Leone disposent seulement de 8% des ressources humaines nécessaires pour remplir les critères de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Seulement 70% de la population a accès à de l’eau potable et 16%, à des installations sanitaires. Un chiffre qui tombe à 8% lorsqu’il s’agit des zones rurales.

En Sierra Leone, seulement 48% de la population vivant en milieu rural a accès à l’eau et 13%, à des installations sanitaires. 26% des structures de santé primaires n’ont pas d’eau pour le personnel médical et les patients.

Dans ces trois pays, l’accès déjà limité de la population à l’eau a complexifié l’approvisionnement des foyers en quarantaine. L’utilisation partagée des latrines a par ailleurs augmenté le nombre de contamination.

Ces facteurs, associés au manque de confiance de la population dans le système de santé, ont limité la capacité des gouvernements à anticiper et répondre à l’épidémie rapidement. Ils ont également limité la capacité des services sanitaires à répondre aux besoins de la population, particulièrement les enfants de moins de cinq ans, ainsi que les femmes enceintes et allaitantes. Une difficulté supplémentaire pour respecter les pratiques d’hygiène qui permettent de réduire la transmission du virus.

Un an après le début de l’épidémie, la région a reçu plus de 3 milliards de dollars. Des fonds considérables ont été affectés dans la réponse humanitaire en eau, hygiène et assainissement. Un secteur jugé essentiel dans la prévention de la transmission du virus, notamment dans les centres de santé et dans les communautés. Il reste cependant encore beaucoup à faire.

La sécurité alimentaire et nutritionnelle à risque

En mars 2015, 43% des ménages sierra-léonais déclaraient manquer de nourriture. En mai, en Guinée, 20% de la population était dans la même situation. L’épidémie d’Ebola a miné les acquis de ces pays en matière de développement. Les déficiences des services de santé associées aux perturbations qu’ont connues les marchés et la production agricole, ainsi qu’aux mesures d’urgence pour contenir la population, ont détruit l’économie des ménages. La période de soudure actuelle, période précédant les nouvelles récoltes et durant laquelle la nourriture peut venir à manquer, risque encore d’aggraver ce constat. Une augmentation des taux de malnutrition en Guinée, en Sierra Leone et au Libéria est inévitable.

Quelles leçons tirer de cette épidémie ?

La crise a permis aux gouvernements, à la communauté internationale et aux ONG de comprendre les conditions pour qu’une telle épidémie se propage. Tirer les leçons de cette épidémie et d’autres, notamment celles de choléra, doit permettre la construction de structures plus solides permettant de prévenir et contenir les épidémies à venir.

Le manque d’eau et d’infrastructures hydriques et d’assainissement, la fragilité des systèmes de santé et la faible mobilisation communautaire influencent directement la propagation de l’épidémie. Il y a donc un vrai besoin d’investissement dans la construction, la réhabilitation et la maintenance de ces infrastructures, particulièrement aux niveaux des foyers. Renforcer le rôle des communautés et des travailleurs communautaires doit être une priorité pour développer une réponse efficace. Le système de surveillance au niveau de la communauté ainsi que la coordination transfrontalière doivent également être renforcés.

Les gouvernements de Guinée, du Libéria et de Sierra Leone ont développé leurs plans nationaux de reconstruction. Action contre la Faim souligne l’importance d’une intervention à plus long-terme, liant urgence, réhabilitation et développement. Cela passe par le renforcement des systèmes de santé et l’investissement dans la prévention et le contrôle épidémique bien sûr, mais aussi par la mise en place d’un plan de prévention et de préparation aux urgences, aux niveaux national et régional. Investir dans le secteur de l’eau, l’hygiène et l’assainissement relève de la responsabilité collective si l’on veut réduire les taux de mortalité au sein de la population et améliorer la résilience. La sécurité nutritionnelle et la santé mentale sont par ailleurs deux composantes essentielles pour reconstruire plus solidement les pays affectés.

 


1 WHO juillet 2015, total des cas suspects, probables et confirmés

Photographie © ACF / Agnès Varraine Leca – Liberia 2014

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