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Une mission pour un meilleur soutien psychologique des déplacés tchadiens

TEMOIGNAGE

27/02/08

A 30 ans, Gwenola Leblanc Ghanes revient de sa première mission humanitaire. Elle a en effet passé trois mois à Dogdoré, dans l’est du Tchad pour l’ouverture d’un nouveau programme de « Santé Mentale » d’Action contre la Faim. Elle nous livre ses premières impressions concernant la situation et les difficultés qu’endurent les populations déplacées du Tchad. Puis nous confie, avec une grande authenticité, les différentes étapes de sa mission.

 

En plus de son désir d’engagement, Gwenola aspire à mieux comprendre et à vivre les cultures de l’intérieur. Décidée à s’engager dans l’humanitaire, elle  a consolidé d’abord, sa formation en psychologie en France en formant du personnel associatif,  qui encadrait des enfants handicapés puis en tant que bénévole dans un centre de réfugiés victimes de torture, demandeurs d’asile. Forte de cette expérience, elle rejoint Action contre la Faim pour une mission en tant que responsable du programme Santé mentale, de Dogdoré dans le sud est du Tchad. Ce programme a pour but général de reconstruire et de favoriser le lien social et maternel parmi les populations déplacées.

 

Dogdoré, à 20 km du Darfour, était il y a encore 3 ans un petit village de 3000 habitants. Le village est devenu aujourd’hui un camp de 30 000 déplacés tchadiens. Gwenola est confrontée à une situation complexe, et avoue clairement que « les tenants et les aboutissants du conflit sont difficiles à appréhender dans leur intégralité. » La situation est calme à Dogdoré mais l’afflux des « déplacés » – obligés de fuir leurs villages -  rend compte de la teneur du conflit qui sévit dans la région. En effet, depuis le début de la crise, plus de 230 000 soudanais sont venus se réfugier au Tchad, tandis que plus de 180 000 tchadiens fuyaient aussi leurs villages suite à des violences. A Dogdoré comme ailleurs, cet afflux de déplacés perturbent un équilibre déjà précaire. L’est du Tchad est déjà structurellement pauvre et sous développé comme la région du Darfour de l’autre coté de la frontière. Et les populations « résidentes » de Dogdoré pâtissent comme les « déplacés » de cette situation instable et de ce conflit complexe. 

 

Dans ce contexte de sécurité précaire, Gwenola a d’abord formé une équipe locale afin d’ouvrir son programme. Pour favoriser le lien maternel, le programme met en place un espace d’écoute, d’échange et de conseils destiné aux femmes ayant un enfant de moins de 6 mois. La malnutrition des enfants trouve parfois son origine dans le traumatisme des parents. Un espace d’entretien psychologique est aussi ouvert à tous, afin de soulager leurs maux par la parole et l’échange. La forte consommation d’alcool est un fléau qui est un symptôme de leurs traumatismes, que les espaces d’écoute et d’échange tentent d’enrayer. « Dans certains villages, presque tous les hommes ont été massacrés » explique Gwénola, « et ces attaques nourrissent la peur qu’éprouvent les survivants ». Le programme a aussi contribué à ouvrir un jardin d’enfants et à créer un espace d’activités génératrices de revenus. Le challenge de Gwenola fut de trouver des activités, qui ne bouleversent pas les activités commerciales, le bois étant la principale source de revenus « je ne devais pas casser les prix, car maintenir leur niveau de revenus est primordial afin de ne pas les fragiliser davantage».

 

La prise en compte de la souffrance psychologique des déplacés n’est pas anodine et  grâce aux efforts des équipes d’Action contre la Faim, « le programme tourne, l’affluence est massive » conclut Gwenola, « on a la preuve que ça répond vraiment à un besoin fort des populations ». 

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