Après avoir obtenu un diplôme en psychologie interculturelle, Tiphaine part travailler deux ans au Pérou. A son retour, elle est recrutée par Action contre la Faim pour partir sur la mission récemment ouverte, en 2009, au Bangladesh, dans l’extrême sud du pays, au cœur des camps de réfugiés Rohingyas.
Dans les camps des apatrides
Les camps de réfugiés Rohingyas sont un véritable problème humanitaire. En 1983, la junte birmane, au pouvoir depuis le coup d’Etat de 1962, décida de retirer la nationalité birmane à cette population musulmane vivant dans le nord du pays. Cette décision provoqua l’exode d’une grande partie de cette ethnie vers le Bangladesh, pays asiatique musulman.
Tiphaine a travaillé six mois dans trois camps de réfugiés, dont un, le plus vaste est dans la plus totale illégalité, c'est-à-dire non reconnu par le gouvernement bengladais. Au cœur de ces camps, tout manque et les besoins sont criants. La population, en particulier les femmes et les enfants, sont très fragiles et les heurts avec la population locale sont fréquents et violents.
La nécessité d’écouter
Tiphaine encadre une équipe de quinze personnes qu’elle a formés aux problématiques psychosociales, aux pratiques de soin, à l’écoute ainsi qu’à la détection de la souffrance. Les bénéficiaires, souvent des mères jeunes et des enfants malnutris sont la plupart du temps également suivis au centre nutritionnel. Face aux situations extrêmes de cette population, Tiphaine et son équipe privilégient une approche diversifiée : des groupes de discussion sont organisés pour que les femmes partagent leurs expériences passées et présentes, souvent difficiles. En parallèle, toute femme qui le souhaite peut être suivie individuellement.
L’une des principales problématiques est le lien mère – enfant. En effet, un enfant malnutri se ferme du monde, refuse de s’alimenter, laissant la mère sans alternative. La situation matérielle des mères, souvent très jeunes ne leur permet pas de s’occuper adéquatement de leur enfant. Le lien filial est donc très ténu. L’équipe psychosociale, par l’écoute et le jeu, en favorisant le contact entre la mère et l’enfant, notamment par des massages, va travailler à recréer ou renforcer ce lien. En parallèle, les deux sont suivis au centre nutritionnel, et la guérison aide à la reconstruction de ce lien. En lui apprenant les gestes simples permettant de s’occuper de son enfant, notre psychologue permet une revitalisation de la relation de la mère et de son enfant.
Après six mois de travail à former les employés nationaux et à mettre en place le programme de santé mentale dans les camps, Tiphaine va partir… en vacances. Puis, très certainement, elle repartira en mission, peut-être sur un autre endroit du globe.