Soudan du Sud : la famine évitée, le pays en crise alimentaire

Soudan du Sud : la famine évitée, le pays en crise alimentaire

14.11.2017
Soudan du Sud
Début de la mission : 1985
Equipe: 220 personnes
Détail de la mission

Le nombre de personnes confrontées à une situation d'urgence a doublé depuis l'an dernier, préviennent les organismes d'aide humanitaire. 

Suite à une nouvelle alerte mondiale du Cadre intégré de classification par phases de la sécurité alimentaire (IPC) lancée cette semaine, l’organisation humanitaire internationale Action contre la Faim a lancé un appel urgent aux dirigeants politiques pour qu'ils mettent fin à la crise alimentaire provoquée par le conflit au Soudan du Sud. Bien que la famine ne sévisse plus dans les deux Etats qu’elle avait frappé plus tôt cette année, une insécurité alimentaire aiguë touche désormais 1,4 million de personnes de plus qu’à la même période l’an dernier. Elle a été classée en phase 4 de l’IPC (urgence) dans des régions relativement stables du pays que le conflit armé ne touche pas directement. Selon l'alerte de l’IPC, dans le pire des scénarios, la famine peut gagner un grand nombre d’endroits du pays en 2018.
 
« Il n'est pas rare de voir des pics saisonniers – ou des reculs – de la faim dans différentes régions du pays », déclare Guy Halsey, directeur pays d’Action contre la Faim au Soudan du Sud. « Mais ce à quoi nous assistons là est dévastateur. La prévalence de la malnutrition aiguë a dépassé le seuil d'urgence dans tout le pays. Les conflits persistants – aggravés par l'instabilité économique et les changements climatiques – ont érodé les moyens d'existence des populations et contraint des millions de personnes à fuir. »
 
L’alerte IPC – lancée par le gouvernement du Soudan du Sud, par plusieurs agences des Nations Unies et par différents partenaires humanitaires, dont Action contre la Faim – avertit que 45 % de la population du Soudan du Sud risque de se trouver confrontée à une grave insécurité alimentaire pendant la saison des récoltes cette année. S’étendant d’octobre à décembre, c’est pendant cette période que la nourriture est normalement la plus abondante. Début 2018, la période de soudure (qui s’étend entre deux récoltes, au moment où les réserves alimentaires sont au plus bas) devrait commencer trois mois plus tôt que d’habitude et mettre encore plus en danger les personnes déjà vulnérables.  
 
Le regain d’aide humanitaire internationale survenu après la déclaration de famine faite plus tôt pendant l’année a amélioré la sécurité alimentaire et sauvé la vie d'enfants malnutris dans les États d’Unité, du Jonglei, et du Bahr el Ghazal du Nord, où la situation était la plus préoccupante. 
 
« Cette amélioration est très fragile et reste tributaire de l’aide humanitaire » affirme M. Halsey. « Nous avons besoin de ressources pour fournir des traitements permettant de sauver la vie des enfants atteints de malnutrition aiguë, mais aussi pour nous attaquer aux causes sous-jacentes de la faim. Les gens ont besoin d'aide pour rétablir leurs moyens d’existence et pour pouvoir disposer sur le long terme d’un accès fiable et abordable à la nourriture, aux soins de santé, à l'eau potable, aux installations sanitaires et aux marchés. »
 
De graves déficits budgétaires de l'intervention humanitaire internationale ont entraîné des retards, une couverture limitée des services, et des pénuries de produits de première nécessité. De fait, le financement des urgences humanitaires se fait souvent à court terme et ne permet pas d'établir des programmes durables qui aideraient les populations à se rétablir, que ce soit au Soudan du Sud ou dans tout autre pays connaissant une crise grave.
Il est urgent et prioritaire de mobiliser des moyens pour faire face aux problèmes immédiats, pour sauver des vies et pour travailler à un rétablissement durable au Soudan du Sud, mais Action contre la Faim avertit qu’il est encore plus urgent de trouver des solutions politiques viables pour mettre fin à la crise.
 
 
« Les interventions humanitaires ont permis d'éviter la catastrophe et de soulager des souffrances » reconnaît Hajir Maalim, directeur régional pour l’Afrique de l’Est chez Action contre la Faim. « Cependant, l’aide humanitaire ne peut pas venir à bout du conflit du Soudan du Sud. Sans solution politique, la faim va s’aggraver et persister, en dépit de tous nos efforts.
 
Action contre la Faim subvient aux besoins humanitaires urgents des populations du Jonglei, du Bahr el Ghazal du Nord et du Warab. L'organisation porte secours à plus de 580 400 personnes à l’aide de programmes d'alimentation et de nutrition d'urgence qui lui permettent de sauver des vies. De même, elle œuvre en faveur du maintien des moyens d’existence et d’interventions en matière d'eau et d'assainissement. L'équipe d'urgence multisectorielle d’Action contre la Faim contribue à des évaluations d'urgence et fournit une aide humanitaire vitale dans les régions du pays où les besoins sont les plus urgents, y compris les comtés d’Ayod et de Pagiur, dans l’État du Jonglei, où aucun autre acteur humanitaire n’est présent.