autres sites dans le monde

 

Urgence

  • Gaza: 240.000 personnes ont besoin d’aide alimentaire et 1.2 million d'eau     

Récit de mission pour ACF au Burkina Faso

12.11.2012

Alexandre a travaillé plusieurs mois au sein de la mission d’ACF au Burkino Faso. Nous l’avons rencontré à son retour. Comment en est-il arrivé là ? Qu’a-t-il fait sur place ? Quelles expériences en retire-t-il ? Il nous livre ses impressions. 

Déjà petit, j’avais le désir de devenir diplomate. Après des études en sciences politiques, je me spécialise dans les relations internationales. Je fais un stage à New York pour la mission permanente d’Haïti auprès des Nations Unies qui me permet de me retrouver au cœur de la diplomatie internationale. J’y vois comment un état en développement essaye de tirer son épingle du jeu à la table des négociations. Je réalise surtout que cet univers est très éloigné des réalités du terrain.

Alors que je finis ma maitrise en réduction des risques, Haïti, mon pays d’origine, est frappé par un terrible séisme le 12 janvier 2010. Je pars sur place et rejoins le Programme Alimentaire Mondial (PAM) pendant 7 mois en tant que responsable du suivi et de l’évaluation des programmes. Ma mission est très intéressante mais elle ne favorise pas le contact avec les populations locales et l’absence d’observation sur les résultats de nos actions me frustre. Au même moment, je suis en contact avec les équipes d’Action contre la Faim qui m’impressionnent par leur professionnalisme et leur rigueur.

A mon départ d’Haïti, je cherche un poste sur le terrain, mais en contact direct avec les populations. Et c’est ACF qui m’en propose un au Burkina Faso !

 

Développer des stratégies pour atténuer les risques

Je dois réaliser une enquête de vulnérabilité en lien avec les risques de catastrophe. Le but est d’élaborer un calendrier des épisodes climatiques et des risques qu’ils représentent afin de préparer au mieux les populations. Je forme des enquêteurs qui accumulent les informations sur les pratiques en cas de catastrophes climatiques. Je mène des évaluations participatives de vulnérabilité et de capacité(EPVC) pour récolter ces informations dans 24 villages. Les gens sont de plus en plus habitués aux épisodes de sécheresse et ont développé des stratégies pour atténuer ces risques, mais ils se laissent souvent surprendre par les inondations. Ces phénomènes risquent de s’amplifier avec le changement climatique. Leur connaissance est donc primordiale afin de mettre en œuvre des moyens simples de les contrer tout en améliorant le rendement agricole.

Grâce aux enquêtes de terrain, on sait très rapidement si la récolte va être mauvaise. C’est ce qui se passe en septembre 2011. Nous pouvons alors anticiper la période de soudure (*) à venir par la mise en place d’un programme de prévention de crise. Trois mois plus tard, nous lançons un projet d’atténuation des risques de crise alimentaire et nutrionnelle sur deux régions (Gnagna et Tapoa). Nous ciblons les populations les plus vulnérables pour leur permettre d’avoir une couverture minimale de leurs besoins pendant la période de soudure, et ce, afin d’éviter que les taux de malnutrition infantile ne grimpent.

 

Agir de manière concrète

Ces 6 mois de mission m’ont permis de découvrir la réalité du terrain en étant au contact des populations. J’ai pu agir de manière concrète, en concertation avec les populations locales, en étant à l’écoute de leurs besoins. Rien ne leur est imposé, un projet se doit d’être contextualisé afin que les populations se l’approprient et qu’elles en assurent la pérennité.  

Le risque de l’urgence est que l’on arrive avec des œillères pour sauver des vies. Mais si on peut sauver des vies et aussi assurer la survie des populations pour l’année qui suit, l’objectif est atteint.

Grâce à mon travail, nous avons trouvé des solutions pour que des familles puissent continuer à vivre sur la terre de leurs ancêtres en ayant une réflexion sur le changement climatique et les meilleurs moyens pour y faire face.

Un autre point m’a particulièrement marqué : nous sommes très peu d’expatriés sur la mission ACF au Burkina Faso. J’apprécie beaucoup la nationalisation des postes. Trop souvent, les associations recrutent des expatriés, alors qu’il y a sur place des personnes très qualifiées. Mon rôle est celui d’un support technique, j’ai transmis mes compétences et les outils adaptés afin que les locaux se les approprient et puissent assurer le bon déroulement du projet.

Je reviendrais surement dans le Sahel, dans un autre pays pour la crise alimentaire qui arrive.

*La soudure est la période qui sépare la fin de la consommation de la récolte de l'année précédente avant celle de l'année en cours.

Crédits photo:  © Raphael de Bengy